L’énergique Beethoven chinois

Le chef de l'Orchestre symphonique de Shenzhen, Daye Lin, a remporté le Concours Georg Solti en 2012.
Photo: Courtoisie Le chef de l'Orchestre symphonique de Shenzhen, Daye Lin, a remporté le Concours Georg Solti en 2012.

L’Orchestre symphonique de Shenzhen est l’une des formations symphoniques chinoises qui retiennent l’attention, d’autant plus qu’elle est dirigée par le chef Daye Lin, lauréat 2012 du Concours Georg Solti. Ce vainqueur de compétitions a montré lors de ce premier concert d’une tournée américaine de son orchestre qu’il méritait largement ces honneurs.

Il est dommage que Montréal n’ait eu, pour de tels invités venus d’aussi loin, que des égards minimaux : une salle de troisième catégorie peu adaptée à un grand orchestre et un public en partie dissipé, certains membres semblant fascinés par leur téléphone portable, d’autres se croyant au bar ou au Centre Bell et bavardant sans gêne. On n’en admire que davantage l’engagement remarquable dont ont fait preuve les musiciens de cet orchestre.

Le cœur à l’ouvrage

Assurément, les instrumentistes de l’Orchestre symphonique de Shenzhen mettent du cœur à l’ouvrage et démontrent que le niveau des orchestres asiatiques va croissant. Le mordant, l’articulation et l’accentuation des cordes méritent de grandes louanges. Il y a relativement peu de bémols : les contrebasses ont moins d’impact que les violoncelles (mais c’est peut-être l’acoustique qui les handicapait), les cors sont moyens et les trompettes assez raides, et les bois manquaient dans l’ensemble de chaleur.

Mais comment évaluer un orchestre à la salle Pierre-Mercure ? Ce que l’on peut dire, par contre, c’est qu’au moment du raccord acoustique, la sécheresse de la salle aurait dû être mieux prise en compte et le chef aurait dû demander aux musiciens de faire vivre les notes davantage, de soutenir les fins de note presque outrancièrement. Il aurait aussi fallu rehausser les pizzicatos en pianissimo et les nuances des bois, défavorisés par la salle et donc couverts par le piano dans le concerto.

Cela posé, le concert nous a offert beaucoup de belle musique. Daye Lin est un excellent musicien qui a choisi les bonnes options : rectitude de Coriolan avec un 2e thème qui ne ralentit pas trop ; un Empereur ferme avec un tempo très juste et allant dans le 2e mouvement ; une 7e Symphonie avec les deux premiers mouvements enchaînés et un Finale tourbillonnant, célébrant une vraie exaltation et la joie de jouer.

Le pianiste Haochen Zhang a suscité quelques craintes au début du concerto en ralentissant les phrases liées. Le chef l’a ensuite rallié à une conception plus rectiligne et cadrée au sein de laquelle le pianiste a fait preuve d’un toucher raffiné et d’un bel art du trille. Le vainqueur du Concours Van Cliburn 2009 a aussi été très solide instrumentalement, livrant une prestation sans fausses notes, contrairement au piano dont l’accord s’est déglingué dans le registre le plus sollicité, au centre du clavier, dès la fin du 1er mouvement. Zhang a joué La fille aux cheveux de lin de Debussy en rappel, toujours avec la même finesse.

Une belle visite, donc, qui méritait meilleur et plus large accueil. C’est à se demander si ces orchestres classés « B » dans l’échelle des réputations de leurs pays ont vraiment intérêt à faire une halte à Montréal et s’il ne faudrait pas envisager de les présenter à Québec, où leur visite serait, on l’espère, vue comme une curiosité, un honneur et un événement.

Orchestre symphonique de Shenzhen

Beethoven : Ouverture Coriolan. Concerto pour piano n° 5, « Empereur ». Symphonie n° 7. Haochen Zhang (piano), Daye Lin (direction). Salle Pierre-Mercure, jeudi 16 janvier 2020.