Les éclats de Mister Payton

Nicholas Payton, l’un des musiciens les plus insaisissables du moment.
Photo: Monica Schipper Agence France-Presse Nicholas Payton, l’un des musiciens les plus insaisissables du moment.

S’il était possible de ranger le bipède dans la catégorie objet non identifié, alors Nicholas Payton y serait. À l’heure actuelle, il est probablement l’un des musiciens les plus insaisissables. Autrement dit, l’un des plus attachants. C’est probablement pour cela qu’il fait la une de Down Beat, occupe l’espace de Jazz Times, sans compter les louanges imprimées dans divers médias des États. Des louanges ? Elles concernent l’album de ce trompettiste-pianiste-chanteur, un double CD intitulé Relaxin’with Nickparu récemment sous l’étiquette Smoke Sessions Records. Détaillons.

Ses débuts ont été fondus dans la soupe de la poisse, du mauvais sort jeté par les « v.-p. » marketing de Verve qui avaient qualifié Payton de successeur de Louis Armstrong.

Tout au long des années 1990, il a traîné cette étiquette comme une torpille, et non comme un boulet. Pour s’en débarrasser, il prit le contre-pied de ce qu’avait fait maître Louis en jouant long, là où son ancêtre jouait court.

Ensuite, histoire de mettre entre parenthèses le qualificatif évoqué, il s’est politisé. Et pas à peu près. À telle enseigne qu’il est aujourd’hui ce que Lester Bowie ou Miles Davis, ou surtout Charles Mingus, furent en leur temps : le souffleur au poing levé. Payton est notamment à l’origine du mouvement Black American Music (BAM) dont l’un des principaux objectifs est celui caressé par Randy Weston : gommer le mot « jazz », aux origines vulgaires, pour le remplacer par « musique afro-américaine ».

Pour faire court, il y eut d’abord le long et patient labeur ayant consisté à se libérer du piège tendu par les « v.-p. » suivi, logiquement on osera ajouter, par le combat politique comme dans la foulée de Black Lives Matter. L’album qu’il nous propose aujourd’hui est la mise en relief de tout cela, de ces trente années de méditations musicales et d’observations politiques.

Afin de mener à bon port cette aventure enregistrée en mai dernier au Smoke Jazz Club de New York, Payton a fait appel à une rythmique d’enfer, une des plus respectées qui soit : Peter Washington à la contrebasse et Kenny Washington à la batterie, qui est également un historien du jazz.

Le programme ? Il est composé de pièces signées par le trompettiste et de standards comme Stablemates, When I Fall in Love, Tea for Two et I Hear a Rhapsody.

À la trompette, notre homme décline ce qui a fait sa réputation : un jeu scintillant, éclatant, puissant. Bref, il n’est ni timide ni méditatif. Au piano, il nous surprend passablement beaucoup, car il défend un style percussif qui rappelle à la fois Don Pullen et Ray Bryant. Pas une fois son jeu ne rappelle ce jazz universitaire, académique, qui distingue tellement notre époque. En un mot, on découvre un sacré pianiste.

Mais ce qui fait de ce disque une galette musicale très recommandable, c’est ce je-ne-sais-quoi d’intime, cette illustration du jazz « dans-un-petit-club » qui rappelle les enregistrements de Coltrane au Village Vanguard ou de Shelly Manne au Blackhawk. Même la pochette illustre cela : elle est aussi enfumée qu’une couverture de Blue Note des années 1950 ou 1960.

 

Respect à Jack Sheldon

Snif, snif, snif. Figure emblématique du jazz West Coast, le trompettiste Jack Sheldon est décédé le 27 décembre dernier à l’âge de 88 ans. Avec Shorty Rogers, Gerry Mulligan, Art Pepper, Monte Ludwig ou encore Chet Baker, il fut l’un des pivots de ce qu’on avait qualifié de cool jazz et donc des étiquettes Contemporary et Pacific Jazz. Ensuite, il fit pendant trois décennies ce que bien de ses confrères qui avaient décidé de rester en Californie faisaient : de la télévision. Des shows de Johnny Carson, de Merv Griffin et compagnie il fut. Ave !

Relaxin’ with Nick

Nicholas Payton avec Peter Washington et Kenny Washington, Smoke Sessions Records