De la musique pour les yeux à Igloofest

VJ Kitana (Charlotte Risch, à gauche) en sera à sa première expérience comme vidéo-jockey sur le site du Vieux-Port dans le cadre d’Igloofest. Catherine Turp, alias Cafrine, évolue pour sa part sur la scène VJ depuis déjà vingt ans.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir VJ Kitana (Charlotte Risch, à gauche) en sera à sa première expérience comme vidéo-jockey sur le site du Vieux-Port dans le cadre d’Igloofest. Catherine Turp, alias Cafrine, évolue pour sa part sur la scène VJ depuis déjà vingt ans.

Ils portent les noms de scène de Zab Laf, Binocle, BunBun, Videogirl ou Remoz et sont des stars tout aussi cruciales pour la réussite de l’Igloofest que les musiciens Kaytranada, Loud, Nina Kraviz et Noisia. Ils font partie de la cohorte de deux douzaines de vidéojockeys (VJ) qui illumineront les gros conteneurs blancs servant de décor au festival dans le Vieux-Port de Montréal à compter de jeudi. Lumière sur ce métier de l’ombre avec les VJ Kitana et Cafrine.

Igloofest est un fabuleux terrain de jeu pour les danseurs qui occuperont l’espace dès jeudi et pour les DJ eux-mêmes qui auront enfin la chance de « réchauffer » — au sens littéral — le plancher de danse enneigé à coup de rythmes house, techno, hip hop, breakbeats et Cie. C’en est aussi un pour les vidéojockeys qui disposent durant l’événement d’une des plus spectaculaires toiles de fond en ville.

« La plupart des VJ vont créer du contenu sur mesure pour Igloofest », assure Catherine Turp, chargée par le festival d’élaborer l’affiche d’environ vingt-cinq VJ, qui manipuleront en direct leurs animations visuelles pendant les performances des musiciens. « Comme c’est un événement à grand déploiement, les surfaces [de projection] sont hyper-intéressantes. Pour la communauté des VJ à Montréal, Igloofest est vraiment un événement chouchou. »

Directrice de création au studio Moment Factory, Catherine Turp évolue sur la scène VJ depuis déjà vingt ans. Son nom de scène : Cafrine. « Montréal est une niche de créativité pour la conception visuelle de spectacles », l’une des spécialités de Moment Factory, la firme qui a créé les visuels des tournées de Nine Inch Nails, Arcade Fire, Madonna (entre autres), en plus d’avoir illuminé le pont Jacques-Cartier. « Beaucoup de compagnies à travers le monde font affaire avec des entreprises montréalaises ; on est chanceux, car plusieurs artistes qui travaillent chez Moment Factory ou [la jeune firme] Silent Partners sont aussi des VJ. »

Une extension à la musique

Pour la VJ Kitana — Charlotte Risch, conceptrice d’animations graphique, ou motion designer, chez Silent Partners —, ce sera une première expérience sur le site du Vieux-Port. « Le métier qu’on occupe le jour et l’art du VJ sont complémentaires », explique-t-elle. « Là où ça devient intéressant, c’est qu’à partir du moment où on nous informe du musicien avec lequel on sera associé, on peut commencer à étudier son style [musical]. Notre but est de créer une extension visuelle de la musique qui sera fidèle à l’ambiance [que le DJ installe], avec une compréhension de l’architecture propre aux scènes d’Igloofest. »

Ce qui est exceptionnel pour un événement de la sorte, ajoute Kitana, c’est que « le travail des VJ y est promu ». Certes, le public se déplace d’abord pour aller entendre tel ou tel musicien, ou simplement pour profiter de l’ambiance de boîte de nuit polaire, mais le nom du vidéojockey est mis en évidence dans les communications du festival. Surtout, son travail est glorifié par le décor immense, « cette formidable toile blanche sur laquelle on peut s’exprimer » ajoute la VJ, près des quais du Vieux-Port.

Autrefois confiné aux raves et autres rassemblements nocturnes de l’underground, le travail du VJ a aujourd’hui de la visibilité dans de nombreux domaines, le design et l’architecture, par exemple. « À l’époque, rappelle Catherine Turp, c’était quelque chose de plus expérimental ; aujourd’hui, on voit le travail des VJ au théâtre, à l’opéra, dans les domaines publics, etc. ». Pour certains, cette passion est devenue même un métier, ajoute-t-elle, plusieurs artistes montréalais partant en tournée pour mettre en images, et en direct, les concerts de stars de la musique populaire.

« Il y a plusieurs aspects au travail du VJ : l’esthétique visuelle, la musicalité — le rythme qu’on donne aux images — et la maîtrise de l’architecture des surfaces sur lesquelles on projette nos images, explique Charlotte Risch. Bien maîtriser ces trois aspects, c’est ça la clé pour créer la bonne atmosphère ; ce n’est pas simplement une question de faire jouer des vidéos, autrement tout le monde saurait le faire ! »

La crème de la techno au féminin

Le plus remarquable sur l’affiche 2020 de l’Igloofest est la présence de trois artistes appartenant à l’élite mondiale de la techno, de surcroît trois femmes : l’icône allemande Ellen Allien (sur scène le 6 février), fondatrice du label Bpitch Control et active depuis le début des années 1990, la Russe Nina Kraviz (25 janvier), l’une des plus brillantes têtes de techno à avoir émergé ces dernières années à qui St. Vincent a récemment confié la direction artistique d’un album de remixes de ses chansons et la Belge Charlotte de Witte (8 février), l’une des DJ les plus demandées sur le circuit depuis deux ans. Toutes compositrices, remixeuses et DJ, trois incontournables d’Igloofest auxquelles il faut ajouter les talents des musiciennes d’ici, Silktits (16 janvier), Melek (qui, avec son collectif Musik Me Luv, promeut les musiques de basse, dubstep, drum & bass et Cie, sur scène le 23 janvier), Odile Myrtil (24 janvier), CMD et Alya V (25 janvier), DJ Kelly (du collectif Rap Mommies, 1er février) et Kris Tin (8 février).

Igloofest

Du 16 janvier au 8 février à Montréal.