Symphonie «inachevée» de Schubert: la difficile quête du chant

Le chef d'orchestre Kent Nagano
Photo: Antoine Saito Le chef d'orchestre Kent Nagano

Tout au long de la semaine, Kent Nagano et l’OSM présenteront une intégrale des symphonies de Schubert avec des appariements originaux : Rossini pour les Symphonies nos 3 et 6, Mozart pour les nos 2 et 4, des valses viennoises pour la Première et la première moitié du Voyage d’hiver pour la 9e Symphonie.

S’agissant des Symphonies n° 5 et 8, la fameuse « Inachevée », le complément était une sélection habile du cycle La belle meunière, voyant le meunier longtemps enjoué puis en proie au doute et à la jalousie (succession essentielle des Lieder nos 13, 14 et 15) avant de sombrer dans le désespoir, incarné par le Lied Trockne Blumen (Fleurs séchées).

Les bonnes proportions

L’idée était a priori admirable d’instiller de la mélodie au milieu d’un concert d’un Schubert symphonique si scandé, si soupesé, si ponctué, mais aussi peu chanté. Les qualités du Schubert de Kent Nagano et de l’OSM, lors de ce concert qui débutait par une minute de silence à la mémoire des victimes du vol abattu au-dessus de Téhéran, tiennent tout d’abord aux proportions. Avec six premiers violons, six seconds, six altos, quatre violoncelles et quatre contrebasses, et des cuivres qui tempèrent leurs interventions (8e Symphonie), on obtient à la Maison symphonique une très belle balance cordes-bois.

D’ailleurs, le travail du chef a beaucoup porté sur les balances (magnifique accord final de L’inachevée, beau dosage des contrebasses à la 2e et 3e apparition de la phrase initiale de cette oeuvre), ce qui nous a valu le beau moment du concert : une 5e Symphonie très classique et pastorale, minutieuse, aux nuances ou tempos jamais outrés, avec des phrasés soignés notamment par de subtils relâchements en fin de phrases.

L’inachevée suscite plusieurs questions. Le vibrato très contingenté des cordes donne un son émacié alors que les vents s’épanchent normalement. L’expressivité des phrases devient alors un peu systématique. Le vibrato aurait pu être plus varié, la texture sonore très fine aurait pu être réservée au superbe (et unique) triple piano de la fin de l’oeuvre. Ce chant qui ne se déployait pas a aussi limité la portée du 2e mouvement de la 5e Symphonie.

L’autre question stylistique est de savoir si les nuances et inflexions ont plus d’effet si elles sont réalisées dans un flux inflexible (tempo constant) ou, comme ici, si elles doivent être « annoncées par le gars des vues » à travers des ralentis deux ou trois mesures avant ou des crescendos anticipés. Tout cela était intéressant et méticuleux, mais assez didactique et peu frémissant.

Quant à Dietrich Henschel il n’est, hélas, plus que l’ombre du chanteur qui donna en 2004 un inoubliable récital à la Société musicale André-Turp. Dimanche, Henschel a fait le maximum avec presque plus rien : une absence d’aigus et de ligne de chant par défaut de soutien du souffle. Il a donc scandé et énoncé les divers Lieder en « poussant la mélodie » et en incarnant le personnage du mieux possible, soutenu par un excellent pianiste dans une expérience méritoire, mais triste.

La symphonie inachevée de Schubert

Schubert : Symphonie n°8, Inachevée. Dix Lieder extraits du cycle La belle meunière. Symphonie n°5. Dietrich Henschel (baryton), Sholto Kynoch (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique de Montréal, dimanche 12 janvier.