Arion et Alexis Kossenko: l’année commence bien!

Le flûtiste et chef Alexis Kossenko
Photo: Aurélie Remy Le flûtiste et chef Alexis Kossenko

Contrairement à « Telemann à Paris », le concert d’ouverture de la saison d’Arion, essentiellement un programme baroque français rebondissant sur le nom de Telemann, ce « Mozart : l’ombre de la Révolution », qui débutait l’année classique 2020, naissait du terreau musical parisien inspirant, à l’ère classique, les deux grands compositeurs de la sphère germanique, Mozart et Haydn.

Dans la capitale française, le Concert spirituel et les Concerts de la Loge olympique suscitèrent des oeuvres de leur part. L’association de Haydn avec Paris sera marquée par les symphonies dites « parisiennes », dont fait partie « La Reine », ainsi nommée parce que Marie-Antoinette l’appréciait.

Le séjour de Mozart en 1778 fut plus mitigé, marqué, si l’on peut dire, par des oeuvres qu’on pourrait qualifier de « galantes », en l’occurrence, de manière archétypique, le Concerto pour flûte et harpe composé pour le duc de Guisnes. Il y a aussi cette étrange Symphonie concertante pour flûte, hautbois, basson et cor, écrite pour le Concert spirituel, mais perdue et réapparue dans une configuration avec clarinette à la fin du XIXe siècle. En résumé, on peut associer « Mozart à Paris » à la flûte, un instrument « décoratif » qu’il détestait cordialement.

Jumelages logiques

De ce point de vue, le programme avisé du flûtiste et chef Alexis Kossenko, successeur de Jean-Claude Malgoire à la tête de La Grande Écurie et la Chambre du Roy, associait à cette symphonie concertante, restituée à sa formation originale, un concerto pour flûte de Devienne (le « Mozart français ») composé quelques années plus tard.

Certes, le titre du concert jumelant Mozart et Révolution est un peu tiré par les cheveux, car de Gossec, un des fameux « musiciens de la Révolution » est présentée une symphonie très pré-Révolutionnaire (publiée en 1782). Ce qui est indiscutable, ce sont les liens entre Gossec et Mozart, évidents pour qui connaît les Requiem des deux compositeurs. Celui génial et visionnaire de Gossec (1760) influença autant celui de Mozart, qui l’a probablement entendu à Paris, que celui de Berlioz.

Dans la 2e Symphonie de Gossec, Alexis Kossenko a fait ressortir, à la française, les couleurs des vents (hautbois, cors) en les réunissant au centre et à gauche de l’orchestre et en plaçant les musiciens sur un petit podium. On notera que le chef a renforcé cette couleur en ajoutant une partie de basson non prévue par le compositeur. Dans son interprétation, Kossenko accentue les contrastes dynamiques comme dans une sorte de « Sturm und Drang » (Tempête et passion) à la française. La direction, très souple, chorégraphie littéralement les phrasés.

On retrouve cette sculpture musicale dans la Symphonie concertante de Mozart. La rétrocession à la flûte d’une partie « usurpée » par la clarinette (pas en vogue à Paris en 1778) n’est pas une première ou originalité. On y revient de plus en plus souvent depuis l’enregistrement avec Aurèle Nicolet et Neville Marriner et plusieurs enregistrements de la reconstitution de Robert Levin. C’est logique.

Les équilibres ne sont pourtant pas évident, surtout avec des instruments anciens (flûte peu puissante face au cor naturel). La principale originalité a été justement l’appariement des couleurs avec les prestations de Matthew Jennejohn au hautbois, Mathieu Lussier au basson, Pierre-Antoine Tremblay au cor et Alexis Kossenko à la flûte. On a noté dans la direction de ce dernier le bel appui sur les violoncelles et contrebasses dans l’introduction et le ton très pince sans rire de la succession de variations du Finale.

La seconde partie a mis encore davantage en relief les talents multiples d’Alexis Kossenko, flûtiste très virtuose dans un remarquable concerto de Devienne culminant dans un brillant 3e mouvement. Tout au long de cette oeuvre, tout comme dans Mozart, Arion a été précis et attentif cadré avec enthousiasme et solidité par Noémy Gagnon-Lafrenais.

En tant que chef, Kossenko a mené une 85e Symphonie de Haydn elle aussi très dynamique et contrastée, très fine aussi, par exemple dans le trio du Menuet. L’engagement de l’orchestre et sa cohésion faisait plaisir à entendre. On se réjouira à ce titre que Claire Guimond a su — certes un rien tardivement, mais à temps — régénérer l’ensemble qu’elle a fondé.

Un vent nouveau souffle sur Arion et les choix de musiciens dans le renouvellement des pupitres de violons, notamment, s’avèrent judicieux.

Mozart : l’ombre de la Révolution

Gossec : Symphonie n° 2 en mi bémol majeur. Mozart : Symphonie concertante pour flûte, hautbois, cor, basson et orchestre K. 297b. Devienne : Concerto pour flûte en mi mineur. Haydn : Symphonie n ° 85, « La Reine ». Arion, dir. Alexis Kossenko. Salle Bourgie, vendredi 10 janvier 2020.