«Le fantôme de l’opéra»: instruments de l’amour

Hugo Laporte est éblouissant vocalement, mais peu convaincant en ce qui concerne le jeu, là où Anne-Marine Suire offre une interprétation honnête, mais un peu éteinte.
Photo: Patrick Beaudry Hugo Laporte est éblouissant vocalement, mais peu convaincant en ce qui concerne le jeu, là où Anne-Marine Suire offre une interprétation honnête, mais un peu éteinte.

Il fallait une bonne dose de courage, et peut-être aussi un peu d’inconscience, pour oser se mesurer au Fantôme de l’opéra, une oeuvre d’envergure, à la fois classique et populaire, qui suscite de nombreuses attentes et pose d’importants défis techniques, et qui s’est taillé depuis sa création en 1986 une place enviable dans l’univers de la comédie musicale : le spectacle inspiré du roman de Gaston Leroux est toujours à l’affiche à Londres et à New York, en plus d’être de retour ces jours-ci à Toronto.

Pour cette raison, mais surtout parce que la prise de risque a porté ses fruits, il convient de lever notre chapeau à Alexis Pitkevicht, directeur artistique, et au producteur du spectacle, Spectra Musique. Offerte dans la langue de Molière, une traduction remarquablement souple signée par le Français Nicolas Engel, la comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber et de Charles Hart est présentée au Théâtre St-Denis (avant de l’être au Grand Théâtre de Québec) dans une version concert, c’est-à-dire sans décor, mais avec accessoires et costumes, et surtout avec un orchestre de 40 musiciens dirigé avec brio par Dany Wiseman.

Bien qu’ils aient recours à une haie de micros sur pied plantés à l’avant-scène, les 20 interprètes, magnifiquement vêtus par Sylvain Genois, sont loin d’être immobiles. Dans un espace relativement exigu (le plateau accueillant également l’orchestre), Étienne Cousineau déploie un ballet d’entrées et de sorties où le moindre positionnement des corps est évocateur, où chaque déplacement est significatif.

À l’aide d’un large escalier de quelques marches, d’un épais nuage de fumée, d’un lustre étincelant ou d’une corde fatale, le metteur en scène nous entraîne, avec la complicité du concepteur d’éclairages Jean-François Couture, aux quatre coins de l’Opéra, de la scène au bureau des directeurs, des coulisses aux mystérieux souterrains. Si bien qu’on ne s’ennuie jamais pendant les quelque trois heures que dure la représentation et qu’on en oublie même souvent qu’il s’agit d’une version concert.

Alors que la distribution est sans maillons faibles, il faut reconnaître que les interprètes ne présentent pas tous autant d’aptitude en ce qui concerne le jeu que le chant. Exception à la règle : Éric Paulhus, dont le M. Firmin est aussi bien campé que chanté. Dans le rôle de l’outrancière Carlotta, un personnage qui lui va comme un gant, Frédérike Bédard est truculente, mais pourrait revoir le dosage ici et là.

Doté d’une voix chaude et puissante, Michaël Girard est un Raoul irréprochable. Dans le rôle-titre, Hugo Laporte est aussi peu convaincant en ce qui concerne le jeu qu’il est éblouissant vocalement. En Christine, Anne-Marine Suire offre une interprétation honnête, juste, mais un peu éteinte, pour ainsi dire dépourvue de ce supplément d’âme auquel on se serait attendu.

Le fantôme de l’opéra

Musique : Andrew Lloyd Webber. Paroles : Charles Hart. Traduction et adaptation : Nicolas Engel. Mise en scène : Étienne Cousineau. Chef d’orchestre : Dany Wiseman. Une production de Spectra Musique. Au Théâtre St-Denis jusqu’au 26 janvier. Au Grand Théâtre de Québec du 17 au 19 janvier. Version concert en français.