La douce volubilité de Fernand de La Tombelle

Les meilleurs musiciens ont été convoqués pour la défense du compositeur, dont le chef d'orchestre Hervé Niquet. 
Photo: Eric Manas Les meilleurs musiciens ont été convoqués pour la défense du compositeur, dont le chef d'orchestre Hervé Niquet. 

Dans le cadre de sa série « Portraits » le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française consacre sa plus récente parution à Fernand de La Tombelle, autre oublié du courant romantique. Une heureuse découverte.

Le livre disque, renfermant trois CD, constitue le volume 5 d’une série de parutions qui nous a déjà fait redécouvrir les musiques de Théodore Gouvy, Théodore Dubois, Marie Jaëll et Félicien David, l’album consacré à l’Alsacienne Marie Jaëll ayant été le plus inattendu et positivement surprenant.

La parution dédiée à Fernand de La Tombelle (1854-1928) est tout aussi fascinante car, comme pour Jaëll, on ne connaît rien de sa musique. Il ne faut pas longtemps, dès l’écoute du premier des trois CD, pour se demander comment de si belles et luxuriantes oeuvres ont pu tomber dans l’oubli.

Touche française

Un très beau résumé de l’univers de Fernand de La Tombelle se trouve à la plage 9 du CD 1, le « Conte bleu » du Livre d’images (suite d’orchestre n° 2), qui nous plonge dans un univers très proche du Roméo et Juliette de Charles Gounod (1818-1898). Le lyrisme symphonique de Fernand de La Tombelle, comme de vastes aquarelles symphoniques, n’est pas sans évoquer non plus Vincent d’Indy (1851-1931), notamment le superbe disque regroupant le Poème des rivages,Istar et le Diptyque méditerranéen sous la direction d’Emmanuel Krivine paru chez Timpani.

On rappellera que cette seconde moitié de XIXe siècle a aussi été marquée par Emmanuel Chabrier (1841-1894) qui, lui, recherchera des couleurs plus wagnériennes à partir de 1880. Le livret, très documenté, nous apprend que Fernand de La Tombelle et d’Indy travaillèrent en très étroite collaboration à la Schola Cantorum.

Comme d’Indy, Gounod, et, évidemment, Camille Saint-Saëns (1835-1921), Fernand de La Tombelle est d’une clarté résolument française. Il faut une fois de plus affirmer haut et fort que le Palazzetto Bru Zane (qui ajoute Massenet dans la sphère des influences) ne fait pas de la redécouverte pour le plaisir de la redécouverte et pour ajouter des noms d’inconnus à une liste de compositeurs documentés : ces oeuvres remarquables peuvent être programmées demain au concert et faire l’étonnement et la joie des spectateurs.

La Fantaisie pour piano et orchestre (25 minutes) est une des meilleures compositions françaises de l’époque dans le genre après les concertos de Saint-Saëns, et les deux suites d’orchestre (Impressions matinales et Livre d’images) n’auraient jamais dû disparaître des radars.

Portrait complet

Comme les autres parutions de la série « Portraits », celle-ci vise à donner un portrait complet du compositeur. Les deuxième et troisième CD sont donc consacrés à la musique de chambre, aux mélodies et à quelques choeurs. On y repère notamment un Quatuor avec piano de premier ordre, le très beau choeur Au fil de l’eau, le cycle de mélodies Pages d’amour et une Sonate pour violoncelle et piano défendue par Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel. Car les meilleurs musiciens ont été convoqués pour la défense de cet intéressant compositeur : le ténor Yann Beuron, le chef Hervé Niquet par exemple.

Fernand de La Tombelle est mort en ne comprenant pas ce qui se passait autour de lui, médisant sur Honegger ou Milhaud. Il ne fait donc pas non plus partie, contrairement à Roussel ou à Durosoir, des créateurs qui ont tiré de la tragédie de la Grande Guerre leur plus profonde inspiration. Il reste ancré dans le XIXe siècle. À ce niveau de qualité, c’est déjà très bien.

Fernand de La Tombelle

Musique de chambre, chorale et symphonique. Yann Beuron, Jeff Cohen, Hannes Minnaar, Pascal Amoyel, Emmanuelle Bertrand, François Salque, Hermine Horiot, Adrien Bellom, I Giardini, François Saint-Yves, Nabila Chajai, Choeur de la Radio des Flandres, Orchestre philharmonique de Bruxelles, Hervé Niquet. Bru Zane BZ 1038 (distr. Naxos).