Au tour de la famille à Louis-Jean

L’auteur-compositeur-interprète Louis-Jean Cormier dans son studio à Montréal
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’auteur-compositeur-interprète Louis-Jean Cormier dans son studio à Montréal

Il y a toutes sortes de familles dans notre monde collé serré de la chanson. C’était vrai au temps des Bozos, au temps d’Harmonium et de Beau Dommage, ça se vérifie encore aujourd’hui : les familles ont fait des petits. Il y a les compagnies de disques, la famille Grosse Boîte, la famille Audiogram… Il y a les relationnistes : la famille de Sonia Cesaratto, de Junior Bombardier, d’Élisabeth Roy, etc. Et il y a des familles qui se forment autour d’un artiste. Autour d’un Fred Fortin, la famille du Lac. Autour de Pierre Lapointe, une famille où il y a autant une Ariane Moffatt qu’un Philippe B.

Et il y a les cousines et cousins de Louis-Jean Cormier. Ce n’est pas en cela un hasard si les deux parutions majeures de la saison proviennent de cette famille-là. C’est son tour. Ça se côtoie, dans la parenté. Les tournées correspondent plus ou moins, les moments de création aussi, les sorties sont forcément rapprochées. Ainsi obtiendrons-nous fin janvier Des feux pour voir, le quatrième album de Marie-Pierre Arthur, où il est notamment question de… famille. Oui, Louis-Jean Cormier y a contribué.

C’est en mars qu’arrivera le disque nouveau dudit Louis-Jean. Un album piano plutôt qu’un album guitare, avec des chansons créées à Los Angeles : il faut parfois s’éloigner de la famille pour mieux l’apprécier, et le besoin de repenser l’appartenance à la grande famille des humains est plus que jamais criant. Au-delà des réseaux sociaux, comprend-on en écoutant l’extrait intitulé Je me moi, il faut aller vers les gens. Physiquement.

Alliés et aventuriers

Il y a bien sûr tout un tas d’autres propositions : des familles élargies, en quelque sorte. Ainsi un Joseph Marchand et une Émilie Proulx, dont l’esprit de famille est très inclusif, participent-ils au nouvel album de Maude Audet (intitulé Tu ne mourras pas). Pareil du côté d’un Matt Holubowski : il y aura son nouveau disque, et aussi le mini album du groupe Little Misty, dont le guitariste François Jalbert a joué avec Matt. C’est toujours un peu lié. Andy Shauf, The Franklin Electric ne sont pas loin non plus de ce terrain de jeu.

Et puis il y a les aventuriers, les explorateurs. Il y en a dans toutes les familles. Florence K tentera le coup en français pour la première fois, sur des textes de Moran et de David Goudreault, entre autres. Boîte aux lettres, le Hay Babies qui s’en vient à la fin de mars, promet une expérience de voyage dans le temps, à travers la fiction d’une correspondance retrouvée : un trip psych-pop assumé jusque dans la confection par Julie Aubé d’un véritable kaléidoscope vestimentaire.

Et s’il y a bel et bien une famille Dany Placard, c’est dans la pleine indépendance de son garage que son douzième (!) album a été soudé et carrossé. Ça s’intitule J’connais rien à l’astronomie. Pour la tenue de route, pas de souci. On verra s’il y a de la place sur la banquette pour la visite.

Le flot qui submerge

C’est le problème des plateformes d’écoute en flux continu : trop de débit, la plomberie fuit de partout. On cherche son air. Bien sûr qu’on a nos préférés, qu’on ne laissera pas passer
Tami Neilson et son Chicka Boom ! Pardi qu’on s’accrochera au nouveau James Taylor, un florilège de reprises élégantes (American Standard)… Mais sinon, simple échantillonnage, entre Selena Gomez, les Drive-By Truckers, Little Big Town, les Pet Shop Boys, Green DayTame Impala, Grimes, Basia Bulat, Weezer et… The Monkees, on a cette sensation de surnager dans une mer de radeaux à la dérive. Et ça déborde sur chaque embarcation, et les algorithmes nous noient dans ce que nous aimons déjà. Bonne plongée à tous, et gare aux otites.