Spectacles: la première saison de l'empire Live Nation-Evenko

Rien de notable en janvier. Dans le calendrier du site d’Evenko, c’est le 1er février au MTelus que ça démarre: on y verra Rex Orange County.
Photo: Cindy Ord Agence France-Presse Rien de notable en janvier. Dans le calendrier du site d’Evenko, c’est le 1er février au MTelus que ça démarre: on y verra Rex Orange County.

Rien de notable en janvier. Dans le calendrier du site d’Evenko, c’est le 1er février au MTelus que ça démarre : on y verra Rex Orange County. Ce n’est pas le signal de la déferlante pour autant : il y aura bien Metronomy au même ex-Métropolis, et des supplémentaires de Céline Dion au Centre Bell, et The Beaches au Corona, mais on ne peut pas dire que l’alliance entre Evenko et Live Nation secoue l’industrie du spectacle. Pas encore.

Il n’y a pourtant pas plus significatif changement dans le paysage. Les 49 % de Live Nation, les 51 % d’Evenko, ça change la donne. Comment ? On nous promet que les gros noms de la planète pop viendront nous faire risette, et que le temps du one-Canadian-date-only (à Toronto) est révolu. Les tournées majeures passeront désormais par Montréal et Québec, nous assure-t-on. Encore faudra-t-il y mettre le prix.

 

Dans l’empire Live Nation, il y a aussi Ticketmaster : le géant exerce ainsi un quasi-monopole sur la billetterie. L’observateur Market Watch citait il y a quelques jours Michael Rapino, grand patron de Live Nation, pour qui on est loin d’avoir atteint le plafond. Bien au contraire : le consommateur bénéficierait d’une véritable « aubaine ». Mine de rien, précisons que le dernier quart de siècle a vu le prix moyen du billet bondir de… 250 % !

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des supplémentaires de Céline Dion sont prévues au Centre Bell.

Affaire d’offre et de demande, comme toujours : les forfaits VIP, incluant la rencontre avec l’artiste et l’accès privilégié à l’avant-scène, font florès. Comme dans le reste du monde, l’écart se creuse entre les riches et les autres. Il y a un Osheaga des confortables et un Osheaga des sardines à l’huile. À quoi s’attendre, donc ? À un fossé qui deviendra gouffre : à quelques artistes la manne (Elton John qui vient redire adieu, The Lumineers, Miranda Lambert, Harry Styles), aux autres les miettes.

La solution de la Cinquième Salle

Quels autres ? Les artistes d’ici, qui feront ce qu’ils pourront. Quel sera le lieu le plus occupé cette saison ? Je vous le donne en mille : la Cinquième Salle de la Place des Arts. Question de dimension, de rentabilité, c’est de plus en plus le bon plan. Autant pour un Jean-Pierre Ferland que pour le tandem Lindsay-De Larochellière, autant pour la série des « Cartes blanches colorées par… » (voir encadré) que pour le très gagnant trio Marie Denise Pelletier-Marie Carmen-Joe Bocan (Pour une histoire d’un soir), autant pour une Brigitte Boisjoli qu’une Lynda Lemay, c’est un risque bien calculé. Seul un Robert Charlebois (qui reprend son formidable Robert en CharleboisScope), une Lara Fabian ou un Patrice Michauden mode symphonique se permettront Wilfrid-Pelletier.

 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Luc De Larochellière et Andrea Lindsay seront à la Cinquième Salle de la Place des Arts.

Autrement, c’est le règne de la débrouillardise et de la proposition originale : aller voir un Pierre Lapointe à L’Usine C, une Eli Rose à L’Astral ou célébrer les 50 ans de la Nuit de la poésie avec Bori à L’Outremont, voire se présenter en coton ouaté au Club Dix30 pour Bleu Jeans Bleu, voilà de l’événementiel à prix raisonnable.

Première montréalaise ou lancement-spectacle ?

Et les bonnes vieilles « premières montréalaises » dans tout ça ? Certaines et certains s’y prêtent encore, même si la mode est — par la force des choses ! — au spectacle-lancement. Matt Holubowski aura droit au MTelus, Alexandra Stréliski, Rufus Wainwright et Fred Pellerin s’offriront Maisonneuve, Salomé Leclerc, Florence K et le duo Saratoga seront bien servis à l’Outremont, Pomme ira à La Tulipe, Geoffroy se rabattra sur le Corona, Elliott Maginot se contentera du Ministère, Joseph Edgar présentera ses « tounes à part » au Verre Bouteille.

Chacun son antre idoine, chacun sa solution, comprend-on. Pour Half Moon Run, c’est à L’Olympia que ça se passera. La Maison symphonique accueillera Bruno Pelletier, un hommage à Plamondon et Agnès Obel. Paul Piché célébrera la fin de la célébration de ses 40 ans de carrière à la Place Bell de Laval. Les Blasters feront leur bon bruit au Petit Campus. Et le Gesù conviendra tout autant à Émile Proulx-Cloutier qu’à… Shirley Théroux. Comme on disait chez nous, à chacun sa chacune.

La bonne idée colorée de Monique Giroux

Carte blanche, c’est vieux comme le monde du spectacle. Mais « carte blanche colorée » ? Fallait Monique Giroux pour y penser. Voici comment elle présente la chose : « Le concept ? Chaque artiste coloriste aura quelques défis à relever. Faire découvrir un créateur émergent. S’entourer d’un artiste ami ou aimé et d’un proche, connu ou pas. Présenter un titre sur 33 tours qui aura marqué sa vie. Ressortir un grand moment des archives de notre chanson. Cette soirée promet aussi des chansons de son répertoire, une chanson-jalousie, des duos, des découvertes, de la poésie, de l’émotion, de l’étonnement. » Émile Proulx-Cloutier, Catherine Major, Samian, Daniel Boucher, Marie-Élaine Thibert et Beyries ont dit oui. Nous aussi.