Les centenaires débarquent sur un air de jazz

«Bird at 100», qui réunit Bobby Watson, Gary Bartz et Vincent Herring, a été enregistré au club new-yorkais Smoke.
Photo: Jimmy Katz Smoke Sessions «Bird at 100», qui réunit Bobby Watson, Gary Bartz et Vincent Herring, a été enregistré au club new-yorkais Smoke.

Ça déboulait, ça déboule et ça déboulera tout au long de l’année qui commence. Après avoir souligné en 2019 le centenaire de l’une, on va fêter le centième de l’autre. Car il y a un siècle de cela, entre 1919 et 1920, venait au monde une cohorte de gamins et de gamines qui devaient rythmer l’histoire du jazz pendant des lunes : Charlie Parker, Art Blakey, Dave Brubeck, Shelly Manne et bien d’autres en étaient. Comme il se doit, il va y avoir avalanche, pour ne pas dire inflation, d’hommages.

Prenez Blakey : d’Autriche, de France, du Royaume-Uni avec Brexit consolidé, d’Allemagne, sans oublier les pays scandinaves, on nous promet la distribution d’albums enregistrés par des « locaux » en petites comme en grandes formations. Des États-Unis aussi, bien évidemment. Mieux, des États, Impulse ! annonce la publication d’un inédit. Mais aujourd’hui, on va traiter d’une récente parution consacrée à Charlie Parker.

Elle s’intitule Bird at 100. Elle a été enregistrée au club new-yorkais Smoke et a été éditée, tout logiquement d’ailleurs, par Smoke Sessions Records. À l’origine de cette aventure, on retrouve le saxophoniste alto Vincent Herring, un vétéran des Jazz Messengers de Blakey, qui a eu la bonne idée de faire appel à deux poids lourds de l’instrument, soit Bobby Watson et Gary Bartz. La formation rythmique regroupe David Kikoski au piano, Yasushi Nakamura à la contrebasse et l’excellent Carl Allen à la batterie.

Le programme est fait de pièces évidemment composées par Parker, notamment Yardbird Suite, mais aussi de pièces associées à sa personne comme Lover Man. L’exécution est à l’image du sujet traité : la virtuosité est dominante. Parfois un peu trop d’ailleurs.

Mais reste que Herring a eu la bonne idée de jouer Parker à trois. Plutôt que de dire la bonne idée, on devrait dire qu’il a eu l’intelligence de… Car, ainsi, il a évité le piège de l’imitation formelle. Autrement dit, on ne s’ennuie pas une seconde. Bref, hormis certains excès sur le flanc de la virtuosité, ce Bird at 100 amorce sous une bonne étoile le feuilleton des hommages qui va marquer l’année 2020.

Inflation

Il y a une quinzaine de cela, on vous a communiqué les palmarès annuels établis par les mensuels américains de jazz. Bien. À la lecture de ces bilans, on a été intrigué par le nombre de productions que l’on pourrait ranger sous la rubrique « inconnu ». Il est vrai que, l’inflation distinguant l’industrie musicale dans son ensemble, il est impossible de tout connaître. Reste que…

Reste qu’on a entrepris un travail de moine. Enfin, pas tout à fait, mais bon. Pour dire les choses simplement, on a fouiné du côté des chaînes comme Archambault-Renaud-Bray et surtout amazon.ca, amazon.uk pour savoir si les disques classés parmi les meilleurs de l’année, il faut le rappeler, étaient offerts à la vente et à quels prix.

On a été sidéré par le nombre de ces « meilleurs » disques qui étaient introuvables. Ou alors, lorsqu’ils étaient disponibles, par le prix imposé. En d’autres mots, on prend encore et toujours le consommateur pour un cochon de payant. Triste.

De jazz et de cinéma

Avis aux amateurs de cinéma : le numéro courant de Jazz Magazine est vraiment pour vous, car tout un dossier a été consacré à Eastwood père et fils. Des entrevues ont été réalisées avec le cinéaste, qui parle de sa passion pour le jazz et de lamusique de films, et avec son fils Kyle, excellent contrebassiste qui vit la plupart du temps en France et qui vient de publier un album — Cinematic sur Jazz Village — fait de bandes sonores. Au programme, Bullitt, Taxi Driver, La panthère rose, Gran Torino, Per le antiche scale d’Ennio Morricone…

Bird at 100

Bobby Watson, Gary Bartz et Vincent Herring, Smoke Sessions Records