Étienne Cousineau, ange de la musique

Étienne Cousineau a été formé en chant classique au cégep Lionel-Groulx et à l’Université de Montréal.
Marie-France Coallier Le Devoir Étienne Cousineau a été formé en chant classique au cégep Lionel-Groulx et à l’Université de Montréal.

« Dans l’âme, je suis un chanteur pop », lance Étienne Cousineau avant d’expliquer que sa voix est aussi classique que ses références musicales sont populaires. Contre-ténor, c’est-à-dire que sa voix couvre une gamme plus étendue vers le haut que celle du ténor, à un point tel que sa tessiture se rapproche de celle de la soprano, le jeune homme a été formé en chant classique au cégep Lionel-Groulx et à l’Université de Montréal.

« Je ne tiens pas à faire de hiérarchie entre l’opéra, l’opérette et la comédie musicale, explique-t-il, mais je dois admettre que j’ai une véritable passion pour l’opérette. C’est selon moi le meilleur moyen de s’initier à l’art lyrique. C’est drôle, vivant et dynamique. »

Il faut préciser que l’enfance de Cousineau a été bercée par les airs d’Offenbach, sa mère étant alors chanteuse d’opérette.

En 2013, le talent d’Étienne Cousineau est révélé au grand public grâce à La voix. Après avoir pris part à de nombreux spectacles, enregistré deux albums (Ma voie et Un Noël pas comme les autres) et chanté aux quatre coins du Québec et dans plusieurs villes d’Europe, l’artiste, aujourd’hui au seuil de la quarantaine, s’apprête à dévoiler sa mise en scène du Fantôme de l’opéra : « Cette belle aventure a commencé en 2018, quand Alexis Pitkevicht, directeur général de l’Orchestre de la Francophonie, m’a demandé de mettre en scène une version concert de la célèbre comédie musicale. »

C’est cette première version, majoritairement étudiante, présentée deux fois seulement au Monument-National sous la baguette de Jean-Philippe Tremblay, qui a convaincu les dirigeants de Spectra Musique de produire le spectacle.

Une nouvelle version

Traduite en français par Nicolas Engel, initialement pour une production du théâtre Mogador, à Paris, qui n’a jamais eu lieu, la comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber et Charles Hart sera donc présentée, toujours dans une version concert, d’abord au théâtre Saint-Denis, dès le 8 janvier, puis au Grand Théâtre de Québec, à compter du 17 janvier.

« J’ai repris le travail que j’avais accompli pour le peaufiner, explique Étienne Cousineau. Les concepteurs ont bénéficié de plus de temps, de plus d’argent et de plus de ressources. » Les éclairages sont signés Jean-François Couture, les costumes Sylvain Genois, les perruques Marie-Josée Corneau et les maquillages Virginie Bachand. Sur scène : 20 chanteurs et 40 musiciens sous la direction de Dany Wiseman.

À vrai dire, je ne me suis jamais senti aussi concentré sur ce que j’ai à accomplir

Le metteur en scène, dont l’essentiel du travail concerne la direction d’acteur, reconnaît qu’une version concert présente certaines contraintes, des règles qui sont imposées par les détenteurs des droits. « Le plus grand défi, explique-t-il, c’est de faire en sorte qu’on oublie les micros fixes. Ceux qui ont vu les concerts des Misérables à l’O2 Arena et du Fantôme de l’opéra au Royal Albert Hall savent que c’est possible. J’ai tout de même réussi à obtenir trois dérogations, trois moments-clés où les interprètes pourront s’affranchir du micro fixe. »

Un succès monstre

Inspirée par le roman de Gaston Leroux, paru en 1910, la comédie musicale aurait conquis plus de 140 millions de spectateurs dans le monde entier depuis sa création en 1986. Toujours à l’affiche à Londres et à New York, The Phantom of the Opera sera présenté au Princess of Wales Theatre de Toronto du 8 janvier au 2 février.

L’action se déroule en 1881, à l’Opéra de Paris, résidence d’un fantôme au visage déformé qui fait la pluie et le beau temps. L’œuvre est une réflexion sur la beauté, la laideur, l’exclusion et la différence. C’est aussi une célébration de l’acte de création. Mais c’est d’abord et avant tout une histoire d’amour, un terrible triangle amoureux.

Bien que son cœur appartienne à Raoul, le jeune aristocrate, Christine, la célèbre chanteuse, est fascinée par le charme sombre du fantôme, celui qu’elle appelle l’ange de la musique, si bien qu’elle ne peut s’empêcher de le suivre dans son royaume souterrain. Les rôles principaux ont été attribués à la soprano française Anne-Marine Suire (Christine), au jeune baryton québécois Hugo Laporte (le Fantôme) et au chanteur Michaël Girard (Raoul), redécouvert en 2017 grâce à La voix.

Catherine Sénart, Éric Paulhus, Frédérike Bédard, Étienne Isabel, Sylvain Paré, Lucie St-Martin et 10 choristes complètent la distribution.

Plus encore que le récit, c’est la musique qui semble susciter l’engouement de Cousineau : « À mon avis, c’est la richesse de la composition qui explique le succès de l’œuvre, son extraordinaire longévité. Grand mélodiste, auteur de thèmes sublimes et entêtants, Andrew Lloyd Webber amalgame à merveille le classique et la pop. Il faut voir de quelle façon il glisse le jazz sous les airs classiques, de quelle manière il rend hommage à l’opéra tout en le pastichant, comment il célèbre sa beauté tout en se moquant de sa grandiloquence. »

Si ce n’est pas la première expérience de mise en scène d’Étienne Cousineau, c’est certainement sa plus exigeante : « C’est le plus grand plateau de ma carrière, ça ne fait pas de doute. C’est un véritable défi. Mais, en même temps, alors que j’ai l’habitude de porter plusieurs chapeaux, cette fois, je ne me consacre qu’à la mise en scène. À vrai dire, je ne me suis jamais senti aussi concentré sur ce que j’ai à accomplir. »

Un horizon musical

La comédie musicale occupe une place de choix dans la programmation des mois à venir. Après Le fantôme de l’opéra, qui ouvre le bal au Saint-Denis et au Grand Théâtre, ce sera au tour de Nelligan d’être présentée au TNM avant de partir en tournée. Suivront We Will Rock You à Montréal et à Québec en février, puis Cats à la Place des Arts en mars. En avril, on pourra apprécier Fun Home chez Duceppe et Fiddler on the Roof à Wilfrid-Pelletier. En mai, René Richard Cyr et Benoît McGinnis dévoileront Hedwig et le pouce en furie à L’Astral avant de partir en tournée. Finalement, en juin, Serge Postigo offrira sa relecture de Kinky Boots au Saint-Denis pour ensuite visiter Québec.

Le fantôme de l’opéra

Musique : Andrew Lloyd Webber. Paroles : Charles Hart. Traduction et adaptation : Nicolas Engel. Mise en scène : Étienne Cousineau. Chef d’orchestre : Dany Wiseman. Une production de Spectra Musique. Au théâtre Saint-Denis du 8 au 12 janvier, puis du 23 au 26 janvier. Au Grand Théâtre de Québec du 17 au 19 janvier. Version concert en français.