Coltrane par LaBarbera et MacDonald

Sur tous les morceaux, LaBarbera et MacDonald dissertent avec un aplomb rare.
Cedar Live Sur tous les morceaux, LaBarbera et MacDonald dissertent avec un aplomb rare.

Il y a plusieurs mois de cela, le documentaire Chasing Trane, de John Scheinfeld, sur John Coltrane évidemment, était enfin distribué convenablement. Quelques semaines auparavant, un enregistrement inédit de cet immense artiste était publié sous le titre The Lost Album. Quelques mois plus tard, soit cet automne, un autre inédit était publié sous le titre Blue World. Il s’agissait de la bande sonore d’un film réalisé par Gilles Groulx. Et voilà qu’aujourd’hui, Coltrane se manifeste à nouveau sous la forme d’un album produit par cette excellente étiquette de Vancouver qu’est Cellar Live.

Il s’agit d’un hommage réalisé par deux ténors de Toronto, Pat LaBarbera et Kirk MacDonald, accompagnés d’une section rythmique qui a fait du « toujours à point » sa singularité, soit Brian Dickinson au piano, Neil Swainson à la contrebasse et Joe LaBarbera à la batterie. Oui, il est le frère de l’autre. Le titre ? Trane of Thought – Live at The Rex.

Cette aventure musicale comporte un fait très particulier qui la distingue de la majorité des hommages, pour ne pas dire de tous les hommages. Elle présente en effet un lien direct avec Coltrane. Lequel ? Tout au long des années 1970, LaBarbera fut le ténor de prédilection d’Elvin Jones, qui fut, faut-il le rappeler, le batteur de Coltrane. De leurs prestations au In Concert d’abord et au Soleil levant ensuite, on a gardé le souvenir d’une intensité très prononcée.

À ce fait très particulier, on va greffer ce qu’il faut bien nommer le devoir de mémoire. Oui, le devoir de mémoire. Car cet hommage au compositeur du poignant Stars Feel on Alabama, nos deux saxos l’ont amorcé en… 1992 ! Autrement dit, cela fait 27 ans qu’ils travaillent le « livre » de Trane. Et cela, cette ténacité empreinte d’une sensibilité appuyée, est l’un des traits majeurs de ce live au Rex de Toronto.

Sur tous les morceaux choisis, LaBarbera et MacDonald dissertent avec un aplomb rare. Il y a chez eux quelque chose, ou plus exactement une illustration musicale du « franc du collier » qui rappelle les grandes heures du ténor à deux. Celles déclinées par Dexter Gordon avec Wardell Gray, par Gene Ammons avec Sonny Stitt, par Johnny Griffin avec Eddie Lockjaw Davis.

Comme nos compères ont une fine connaissance du livre Trane, ils ont intercalé entre les grands thèmes de ce dernier des pièces beaucoup moins connues. Le programme débute par une interprétation de la seule composition non écrite par Trane, soit On a Misty Night de Tadd Dameron, qu’il avait enregistrée en 1956.

Ensuite ? Avant d’interpréter les canons de vous savez qui, notre duo joue deux oubliées : Village Blues et 26-2. Puis c’est Naima, Impressions et Acknowledgement / Resolution (Movements 1 et 2 from A Love Supreme). La majorité des pièces sont exécutées en 10 minutes, parfois moins, parfois plus. Pour ce qui est de la quête spirituelle que Coltrane avait dévoilée à la faveur de son Love Supreme, nos deux amis torontois lui accordent 17 minutes. Ce qui de nos jours est plutôt rare. Quoi donc ? Cette attention au temps.

C’est bien simple : ce Live at The Rex va ravir tous ceux qui aiment Coltrane, mais également ceux qui adorent le Sonny Rollins d’East Broadway Run Down. Cet album est une réussite. Pleine et entière.

 

Live at The Rex

Pat LaBarbera et Kirk MacDonald, Cellar Live