Une année musicale faite de réveils et de conquêtes

De la tirade coup de gueule de Pierre Lapointe à la consécration de Loud, 2019 en 12 clés.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir De la tirade coup de gueule de Pierre Lapointe à la consécration de Loud, 2019 en 12 clés.

La tirade de l’année

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Mi-septembre. La veille de la remise annuelle des prix de la SPACQ, Nelson Minville lance ses chiffres dans les réseaux sociaux. Le lendemain, dans la salle de réception de la Banque Nationale, sa bombe explose : « Pour Spotify, j’ai compilé quinze de mes titres les plus écoutés, sur trois mois. J’arrive à 465 687 écoutes pour des redevances de 32,81 $. » Un mois plus tard, au Gala de l’ADISQ, Pierre Lapointe y va d’une tirade enragée, dont le coeur du cri résonne depuis : « On se fait voler ! »

Sylvain Cormier

Eille, fait-tu frette ?

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Véritable ver d’oreille équipé de velcros superpuissants et de ventouses happeuses de cerveau, la chanson Coton ouaté a propulsé la formation Bleu Jeans Bleu au sommet. Parfaite représentation de nos changements de saisons, le tube a aussi été soulevé de terre par un clip simple et sa chorégraphie efficace. Finalement, Coton ouaté — qui s’était taillé une lointaine neuvième place sur l’album Perfecto — compte aujourd’hui plus de six millions de vues sur YouTube, et presque deux millions d’écoutes sur Spotify.

Philippe Papineau

La dégringolade de l’année

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Allégresse ! Céline et son album Courage catapultés en première position du « top 100 » de la bible Billboard ! Mais, mais… la semaine d’après ? Cent onzième. Chute record. Quid ? Ze word is bundle. Avec chaque billet de la tournée Courage, on obtenait le disque. La tournée terminée, les ventes ont dégringolé comme Wile E. Coyote dans le ravin. Notre reine des couturiers déjantés a déchanté, Billboard a révisé ses règles. Conclusion : le monde adore Céline, son show, son paquebot ; rien de nouveau.

 

Sylvain Cormier
 

Loud, la confirmation

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Et rebelote : une autre année record pour Loud ! Deux soirs au Centre Bell au printemps dernier, le Centre Vidéotron il y a quelques jours ; un rappeur québécois en tête d’affiche des plus grandes salles de spectacle au Québec, c’est l’image du plafond de verre d’une industrie musicale réputée frileuse volant en éclats, un exploit qui rejaillit sur toute notre scène hip-hop. Et qui confirme ce qui se dessinait déjà depuis deux ou trois ans : le rap est devenu la musique populaire dominante, même chez nous.

Philippe Renaud

Billie Eilish, l’artiste phénomène

Photo: Frederic J. Brown Agence France-Presse

L’Américaine Billie Eilish vient tout juste d’avoir 18 ans, mais son importance dans l’industrie de la musique est déjà immense. Par son approche esthétique en marge de ce qui est censé être la norme, la jeune femme se joue pas mal des codes de la pop tout en jonglant avec les vitrines que celle-ci lui apporte. Son premier disque complet, When We All Fall Asleep, Where Do We Go ?, a fait s’étourdir les compteurs des plateformes numériques : le titre Bad Guy a franchi le cap du milliard d’écoutes sur Spotify.

Philippe Papineau

Yannick Nézet-Séguin, l’année de la consolidation

Photo: François Goupil Orchestre Métropolitain

« Il voulait être pape. Il s’est contenté de diriger le Metropolitan Opera. » Ainsi titrait le New York Times son portrait du prodigieux chef d’orchestre publié le 13 décembre dernier. Entré en fonction au Met il y a un an, Nézet-Séguin a néanmoins signé un contrat « à vie » avec l’Orchestre Métropolitain, qu’il a dirigé lors d’une triomphale tournée américaine il y a quelques semaines — « Chicago bouche bée devant l’OM », titrait notre critique Christophe Huss, qui accompagnait l’Orchestre. Une légende est née.

Philippe Renaud

Ne plus souffrir en silence

Illustration: Aless MC

Ç’aura été l’année du réveil en matière de santé mentale. Ces deux derniers mois, trois stars de la pop coréenne (K-pop) se sont enlevé la vie. Cette industrie particulière a besoin de faire un examen de conscience que d’autres, ici et ailleurs, ont déjà amorcé : la question de la santé mentale des musiciens est aujourd’hui une préoccupation dans le milieu. Signe qu’il y a du progrès, la société de perception américaine ASCAP vient d’inaugurer TuneUp, un programme destiné au « bien-être physique et mental des membres pour soutenir leur créativité, leur équilibre de vie et leur longévité ».

Philippe Renaud

La bonne idée de l’année

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Circulez, y a rien à voir ! Le flot continu des Spotify et compagnie avance à l’aveugle vers un avenir flou, alors que le livre se rit des algorithmes, bastion papier de la liberté. D’où cette idée palpable : et si on mettait le disque dans le livret ? Mieux, dans un livre ! Ainsi a-t-on pu lire en écoutant — ou écouter en lisant ! — Michel Rivard (L’origine de mes espèces), Lydia Képinski, notre photo (Premier juin), le duo Saratoga (Ceci est une espèce aimée), domlebo (ENSEMBLE) et Navet Confit, entre autres artistes.

Sylvain Cormier

Old Town Road sur ses grands chevaux

Photo: Steve Jennings Getty Images / AFP

À tout juste 20 ans, Lil Nas X a frappé un sacré coup de circuit avec Old Town Road. Lancé officiellement en décembre dernier, le titre a tout brûlé sur son passage, se hissant durant pas moins de 19 semaines au sommet des palmarès américains — un record. Old Town Road met en vedette le vétéran Billy Ray Cyrus (Achy Breaky Heart), soulignant ainsi le côté hybride de la pièce, qui oscille entre rap et country. Lil Nas X aura certainement profité de la force de frappe des deux grands genres américains.

Philippe Papineau

Osheaga, le retour en demi-teinte

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Après avoir dû déménager pendant deux éditions sur l’étroite île Notre-Dame en raison des travaux sur le « Parterre » de l’île Sainte-Hélène, le grand festival Osheaga a réinstallé ses pénates sur son site d’origine. Après des travaux de 70 millions de dollars, le lieu est maintenant capable d’accueillir 65 000 spectateurs, soit 20 000 de plus qu’avant. Osheaga n’a toutefois pas pu mettre à l’épreuve l’endroit, car le festival n’a pas écoulé tous ses billets, obtenant un achalandage semblable à celui des éditions précédentes.

Philippe Papineau

Taylor Swift à la conquête de ses droits

Photo: Kevin Winter Agence France-Presse

Après s’être longtemps dressée devant Spotify et les maigres redevances versées aux créateurs, Taylor Swift mène désormais une cabale contre le manager Scooter Brown (et son « privilège de mâle toxique ») qui a acquis l’été dernier des bandes maîtresses de ses premiers albums. En exigeant de les récupérer, l’artiste remet dans l’actualité un problème — la propriété morale d’un enregistrement — autrefois soulevé par Prince et qui, à l’ère de la consommation numérique, apparaît crucial dans la recherche d’un équilibre des redevances.

Philippe Renaud

1969, année prolifique

Photo: Mychèle Daniau Agence France-Presse

C’est pas pour des prunes que les éditions cinquantenaires se sont bousculées au portillon des disquaires : l’an de grâce 1969 aligna tant d’essentielles galettes que le « classic rock » y semble gravé pour l’éternité. Le Let It Bleed des Stones, l’Abbey Road des Beatles (Yoko Ono et John Lennon en 1969 sur notre photo), le Led Zep II, le premier Crosby, Stills and Nash, le premier d’Iggy et ses Stooges, l’opéra rock Tommy des Who, le pionnier prog In the Court of The Crimson King… c’est sans fin. De quoi hurler, de joie ou de dépit : « OK boomer ! »

Sylvain Cormier