Terri Lyne Carrington en tête

Le disque <i>Waiting Game</i> de la batteuse Terri Lyne Carrington est en fait un manifeste.
Bennett Raglin Getty Images /  Agence FRANCE-pRESSE Le disque Waiting Game de la batteuse Terri Lyne Carrington est en fait un manifeste.

Houlala ! Ça devient compliqué. Quoi donc ? Les listes de fin d’année, les bilans. Parce qu’entre l’atomisation des réseaux de distribution traditionnels, les autoproductions facilitées par la quincaillerie informatique, les centrales d’achat qui, comme CD Baby, par exemple, font dans l’exclusivité ou presque et d’autres bizarreries induites par la présente révolution industrielle, il faut composer avec l’inflation tous azimuts. Bon, clarifions.

Il y a peu, les mensuels Down Beat et Jazz Times ont proposé leurs classements des meilleures galettes de l’année. Dans le cas du second, ses fantassins ont eu l’amabilité de dresser la liste des 50 meilleures productions, alors que dans le cas du premier, ils ont eu l’amabilité de faire la totale. Plus précisément ? Down Beat a fait l’inventaire des albums auxquels ses critiques ont accordé 5 étoiles, puis 4 étoiles et demie, et enfin 4 étoiles. Bref, il y en a « énormément beaucoup ». Déclinons.

Pour Down Beat, les meilleurs disques, sans qu’aucun classement ne distingue les uns des autres, ont été signés par Dave Douglas pour Live at the Jazz Standard, Eliane Elias pour Love Stories, Delia Fischer pour Tempo Mínimo, le Ted Nash Trio pour Somewhere Else : Songs From West Side Story, Santana pour Afrika Speaks et surtout, surtout, la batteuse Terri Lyne Carrington avec Social Science pour leur Waiting Game publié par Motéma. On insiste : ce disque est en fait un manifeste.

Comme Rhiannon Giddens, Carrington (ce sont deux femmes) est en effet une artiste dont l’engagement politique se conjugue au quotidien. Fait de deux CD, son album est une réflexion musicale du mouvement Black Lives Matter ainsi qu’une déclinaison, ou plutôt l’expression de la révolte que suscitent chez elle l’homophobie, le génocide des Indiens et l’exil de prisonniers politiques.

Parmi les albums qui ont récolté 4 étoiles et demie ou 4 étoiles, on a retenu les noms de Giddens, Chick Corea, Ethan Iverson avec Tom Harrell, Cory Weeds — oui, oui, le saxophoniste et producteur de Vancouver est dans la liste —, Andrew Cyrille, Jon Batiste et… Michael Jerome Browne.

Oui, oui, oui, le Montréalais et surtout encyclopédiste des blues des champs, des ballades anciennes, est également sur la liste pour son album That’s Where It’s At ! édité par Borealis.

Pour ce qui est des productions historiques, Various Artists – The Complete Cuban Jam Sessions (étiquette Craft) décroche la timbale, suivie d’Evans in England par évidemment Bill Evans (Resonance), Things Fall Apart par The Roots (Urban Legends), The Blues Came Falling Down – Live 1973 par Johnny Shines (Omnivore) et Various Artists – Down Home Blues : Chicago 2 – Sweet Home Chicago (Wienerworld).

Dans le cas de Jazz Times, les choses sont beaucoup plus simples. Les cinq meilleurs disques sont, dans l’ordre, les suivants : The Secret Between the Shadow and the Soul de Branford Marsalis (étiquette Okeh), qui ne figure nulle part dans le bilan de Down Beat, Good Hope de Holland/Hussain/Potter (Edition), Trilogy de Chick Corea (Concord), Camila Meza & the Nectar Orchestra (Sony) et Diatom Ribbons de Kris Davis (Pyroclastic).

Pour notre part, on ajoutera le magistral We Are on the Edge de The Art Ensemble of Chicago sur Pi Records, Inspirations & Dedications d’Al Foster sur Smoke Sessions Records, The Iron Man d’Harold Mabern également sur Smoke et Mingus – Jazz in Detroit sur Strata East.