La Simone, le Batiste et le branché

En tant qu’actrice et chanteuse, Lisa Simone a été acclamée dans plusieurs productions célèbres de Broadway.
Photo: Yohan Bonnet Agence France-Presse En tant qu’actrice et chanteuse, Lisa Simone a été acclamée dans plusieurs productions célèbres de Broadway.
Au cours des récents mois, les magazines de jazz, les américains pour être précis, ont fait ce qu’il se fait régulièrement : mettre en relief les talents prometteurs, les artistes à surveiller. On a donc fait ce que doit : l’acquisition de trois nouveautés dont l’une devrait se négocier en roupies de sansonnet tellement elle est… inutile !
 

Les trois productions sont les suivantes : In Need of Love de Lisa Simone, paru sur Elektra France, Chronology of a Dream de Jon Batiste, publié par Verve, et enfin Star People Nation de Theo Crocker, produit par Masterworks. Allons-y avec Lisa Simone.

Oui, elle est la fille de l’immense Nina Simone. C’est elle qui a produit le documentaire consacré à la pianiste et militante inlassable des droits civiques qui est salué aux quatre coins de la planète. Le titre : What Happened Miss Simone ? En tant qu’actrice et chanteuse, Lisa a été acclamée dans plusieurs productions célèbres de Broadway : Jesus Christ Superstar, Aida, Le roi lion, etc.

Cela rappelé, une bonne partie de son apprentissage musical s’est faite lorsqu’elle était dans l’armée de l’air. Soit dit en passant, cette femme de 57 ans aujourd’hui est une vétérante de la guerre du Golfe.

À titre de militaire, elle a vécu ici et là de par le monde. Lorsqu’on greffe cette réalité au fait que sa mère, avec laquelle elle eut des rapports passablement conflictuels, l’a trimballée tout au long de son enfance et son adolescence en Afrique, en Europe et en Amérique, on retient que la géographie de sa vie est très fournie.

Un coup de chapeau

Ceci explique cela : son album en est le reflet. Réalisé et enregistré en France, où elle demeure, In Need of Love n’est pas tellement un disque de jazz, mais plutôt un album fait de chansons qui ici empruntent aux rythmes africains, là au gospel, ou là encore aux canons de la pop la plus riche qui soit. Il y a surtout que tout le disque est fait de pièces écrites et composées par Simone et son complice Herve Samb.

Juste ça, ça mérite un coup de chapeau quand on pense à l’inflation d’hommages qui caractérisent l’industrie d’aujourd’hui à des fins que l’on sait strictement financières et non artistiques.

À cet égard, les pages économiques du New York Times fourmillent de vérités la plupart du temps déprimantes. Il y a donc l’originalité de son propos et il y a d’abord et avant tout sa voix. Et alors ? Elle est aussi profonde que celle de sa mère avec en plus un souci pour la clarté, la précision, qui rend le tout splendide !

Du pianiste Jon Batiste, on sait qu’il est le directeur musical de l’orchestre maison du Late Night Show animé par Steven Colbert. Là, il nous propose un album enregistré live au Village Vanguard en compagnie de huit musiciens, dont quatre souffleurs. De la première à la dernière note, Batiste et ses amis nous promènent dans les rues de La Nouvelle-Orléans.

À l’évidence, notre homme a pris un malin plaisir à malaxer les recettes de Fats Domino, Professor Longhair et Allen Toussaint avec celles de Duke Ellington. C’est joyeux, sympathique, bon vivant de bout en bout. Cette Chronology of a Dream est le complément musical parfait pour les Fêtes qui s’en viennent.

On n’en dira pas autant de Star People Nation de Theo Crocker, qui n’a absolument rien à voir avec le jazz, mais plutôt avec les productions de Massive Attack ou de Portishead sans la richesse, la subtilité de celles-ci. En fait, cet album est parfait pour les commerces de la branchitude. Pfff !