Lorenzo Viotti, le souffle d’air frais

Avec Lorenzo Viotti, le talent est là. Ce Zemlinsky souple, libre, chantant, creusant de vraies nuances, trouvait les véritables couleurs de la musique viennoise de cette époque.
Photo: Antoine Saito Avec Lorenzo Viotti, le talent est là. Ce Zemlinsky souple, libre, chantant, creusant de vraies nuances, trouvait les véritables couleurs de la musique viennoise de cette époque.

Alors que sa « course à la direction » a connu un tournant important la semaine dernière avec la signature d’Alain Altinoglu à Francfort et à Bruxelles, qui le rend indisponible pour Montréal, l’OSM recevait mercredi soir le jeune Suisse Lorenzo Viotti, 29 ans.

On classait a priori Viotti parmi les curiosités de ce processus de recherche. Après cette semaine (on espère que le comité de sélection sera au rendez-vous en fin de semaine), il risque d’être propulsé, aux côtés de Rafael Payare, au rang de possibilité, parmi les « beaux risques ».

Nous ne disons pas cela par jeunisme ou effet de mode, mais parce que, d’évidence, il se passe quelque chose sur scène cette semaine à la Maison symphonique. Le résumé peut se faire en une phrase : si vous voulez entendre de quoi l’OSM est capable, si vous voulez découvrir des sonorités qui la plupart du temps restent cachées ou que d’aucuns répriment, bref du son nourri et gorgé de couleurs, allez voir ce concert.

Un processus bien conçu

Il est très étonnant de constater comment, en quelques jours de répétitions, ce jeune chef parvient à faire sonner cet orchestre. En entendant La petite sirène (Die Seejungfrau), cette fantaisie orchestrale de Zemlinsky (1905), on pense d’un coup aux Strauss de Franz Paul Decker ou aux Bruckner de Herbert Blomstedt (la 2e en 2007) et de Claus Peter Flor (la 8e en 2001). On se dit que l’art de la direction d’orchestre tient parfois de l’alchimie. On songe aussi (comme contre-exemple) à la tapageuse Symphonie alpestre de Juraj Valcuha, pour rire du fait que ce chef ait pu être considéré un jour comme un candidat crédible.

On se dit aussi que désormais, ce processus de sélection fort bien conçu doit aller à son terme. Sachant que Louis Langrée dirigera Pelléas et Mélisande de Schoenberg en mars, soit une partition très directement comparable et voisine de celle-ci, nous aurons des balises très précises pour juger. Par ailleurs, dans le même ordre d’idées, on comparera le Zarathoustra de Jérémie Rhorer, en mai, au récent Heldenleben de François-Xavier Roth.

Évidemment, le bémol s’agissant de l’engagement d’un jeune chef est le manque de répertoire (qui est à bâtir), de connexions et d’expérience. Mais, avec Viotti, le talent est là. Ce Zemlinsky souple, libre, chantant, creusant de vraies nuances, trouvait les véritables couleurs de la musique viennoise de cette époque. Les auditeurs les retrouveront en prolongeant l’écoute par la 2e Symphonie de Franz Schmidt, œuvre postérieure de quelques années, dans la version de Semyon Bychkov avec le Philharmonique de Vienne chez Sony.

En matière de tempérament, la cause était positivement entendue dès l’ouverture Ruy Blas de Mendelssohn, dirigée avec fièvre. On notait l’excellente idée de ramener les cors vers le milieu pour créer plus de cohésion entre les cuivres. Petite erreur cependant : il aurait fallu excentrer la timbale plutôt que de la faire marteler directement dans les tympans du 1er cor, ce qui est extrêmement désagréable et déstabilisant pour un musicien jouant d’un instrument aussi sensible et délicat.

L’entente entre le jeune Viotti et le vétéran Yefim Bronfman a été excellente dans un Mozart limpide et décapé, confirmant l’air pur qui soufflait sur la soirée grâce à la brillante initiative de l’invitation de ce chef surprenant.

Yefim Bronfman interprète Mozart

Mendelssohn : Ruy Blas, ouverture. Mozart : Concerto pour piano n° 24, K. 491. Zemlinsky : Die Seejungfrau. Yefim Bronfman (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Lorenzo Viotti. Maison symphonique de Montréal, mercredi 11 décembre. Reprises samedi à 20h et dimanche à 14h30.