Rysanov, un très grand!

Dans ce concert si parfaitement conçu, Maxim Rysanov œuvrait comme altiste et chef au début de chaque partie («Lachrymae» et «Erlkönig»), puis comme chef à part entière.
Photo: Laszlo Emmer Dans ce concert si parfaitement conçu, Maxim Rysanov œuvrait comme altiste et chef au début de chaque partie («Lachrymae» et «Erlkönig»), puis comme chef à part entière.

Le programme proposé par Maxim Rysanov jeudi avec I Musici était très raffiné. Au-delà de la juxtaposition Britten-Schubert planait l’idée de réflexion sur une œuvre du passé. Lachrymae de Britten se veut ainsi une « réflexion sur un chant de John Dowland ». En écho, au début de la seconde partie, une très ardente vision orchestrale du Roi des aulnes, par Sergeï Akhunov (né en 1967), s’affranchissait de la mélodie de Schubert, mais en préservait le climat haletant, alors que dans une étonnante composition de Dobrinka Tabakova (née en 1980) émergeaient des bribes de la Fantaisie D. 934 pour violon et piano d’un tapis sombre et flottant.

Dans ce concert si parfaitement conçu, Maxim Rysanov œuvrait comme altiste et chef au début de chaque partie (Lachrymae et Erlkönig) puis comme chef à part entière. Tout comme lors de sa première présence à Montréal, lors d’un concert diurne d’I Musici, la fascination qu’exerce ce musicien est exceptionnelle. En matière de concerts uniques, on mettra sur un pied d’égalité les venues au Québec de Jean-Christophe Spinosi, de Leonardo García Alarcón, de Lorenzo Coppola et de Maxim Rysanov.

Un chef hypnotique

Cet ascendant, une quasi-hypnose, Rysanov semble aussi l’exercer sur les instrumentistes, qui le suivent avec générosité dans une quête de la précision. Il suffit de voir leur attention dans l’œuvre contemporaine d’Akhunov, afin que les accents de tel ou tel instrument de l’orchestre relayent impeccablement ceux du soliste. Tel fut aussi le cas dans des Lachrymae de Britten, d’une grande profondeur de son de la part de Rysanov, qui fait partie, faut-il le préciser, du carré d’as des altistes solistes en activité.

Rysanov chef d’orchestre n’en est pas moins passionnant. On notera tout d’abord, dans Lachrymae, à quel point il est un soliste-chef élégant, sobre et efficace, qui n’en rajoute jamais. Une fois que Rysanov est délesté de son instrument, la Sinfonietta ne laisse aucun doute sur ses aptitudes. On retrouve le bonheur et la hargne de sa première rencontre avec I Musici, notamment dans une Tarentelle musclée. Tout le monde a tellement de plaisir sur scène qu’on se croirait à un concert de Yannick Nézet-Séguin !

La 5e Symphonie de Schubert montre que Rysanov fait passer le contenu musical avant la rhétorique. Il y a beaucoup de musicalité dans les échanges entre les pupitres de vents, par exemple dans le Finale, là où tant de chefs raisonnent uniquement en termes de tempo.

Maxim Rysanov est un très grand musicien. Il serait temps que le public s’en rende compte et vienne en masse à ses concerts.


I Grandi Concerti

Britten : Lachrymae. Sinfonietta op. 1. Akhunov : Der Erlkönig. Tabakova : Fantasy Homage to Schubert. Schubert : Symphonie n° 5. I Musici, Maxim Rysanov (alto et direction). Salle Bourgie, jeudi 5 décembre