Claudio Monteverdi, La Tempête, Simon-Pierre Bestion

Jusqu’où peut aller l’interprétation sans virer à la complète trahison ? Il faut ici trancher sur la proposition la plus osée jamais tentée dans les Vêpres de Monteverdi. Mais trois critères dominent : la sincérité absolue, l’absence de compromis sur la qualité artistique et le pouvoir de conviction, voire de fascination, qui se dégage. Si vous vous souvenez de Venise millénaire de Jordi Savall, vous savez à quel point Venise a été un carrefour des cultures méditerranéennes et orientales. On retrouve cela ici avec des faux-bourdons (sortes de litanies) rappelant le chant corse, des mélismes orientalisants et un instrumentarium foisonnant en cuivres. Les Vêpres de la Vierge sortent de la basilique Saint-Marc et gagnent les rues en une sorte de rituel sacré marial, entre procession et feu d’artifice sonore. Il ne s’agit pas de retrouver des racines, mais de recréer quelque chose de neuf, quitte à chanter deux fois le même texte, juste pour exulter avec ses tripes. Le pari était risqué, le résultat est renversant.

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Claudio Monteverdi Vespro

★★★★ 1/2
Classique

La Tempête, Simon-Pierre Bestion, Alpha, 2 CD, 552