David Giguère, la constance du passionné

L’auteur-compositeur-interprète David Giguère dans le studio du «Devoir».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’auteur-compositeur-interprète David Giguère dans le studio du «Devoir».

À un certain moment de la discussion avec David Giguère sur son troisième et nouveau disque Constance, il était difficile de savoir si l’on parlait de ses réflexions amoureuses et personnelles ou bien du long processus qui a mené au disque. Au croisement de tout ça se trouve l’idée de chercher à retrouver une certaine intensité sans y parvenir. Et de devoir faire du ménage pour arriver à ses fins.

David Giguère, que l’on peut voir aussi au petit et au grand écran ainsi que sur les planches (Les Simone, District 31), a laissé écouler presque cinq ans entre Constance et Casablanca, disque qui était arrivé rapidement après son premier disque, Hisser haut.

Casablanca, explique David Giguère, « ç’a juste mis la barre vraiment haut ». Créé comme un tourbillon, rapide et intense, le disque était porté par un sentiment d’urgence, suivi d’un grand bonheur. « C’est un truc que j’avais envie de ressentir à nouveau, en termes d’émotion, de me sentir autant connecté avec ce que je propose. » Et c’est là que le boulot et la réflexion ont commencé.

À écouter parler le musicien, on comprend pourquoi on ne sait plus trop si l’entrevue porte sur la création ou sur la passion. « On compare souvent la sortie d’un album à une naissance, dit Giguère. Moi, je pense que mon rapport aux albums est vraiment plus comme une relation amoureuse. C’est comme si j’avais été amoureux ben raide, dans la passion, et après, quand ça finit, tu veux revivre cette passion-là. »

Je me dis que la manière avec laquelle je peux avoir le plus d’échos dans la vie des gens, c’est si j’en ai une dans la mienne

D’un point de vue plus personnel, ce désir fort mais tortueux de vouloir toucher à nouveau à une émotion forte malgré le temps qui fuit trouve son chemin dans ces 13 morceaux aux titres majoritairement en anglais malgré des textes en français. Il y a de la peur, des valses-hésitations, des faux-semblants et de l’incompréhension sur Constance.

« Si tu veux vivre des affaires nouvelles, crée ton propre changement, dit David Giguère. Il faut trouver d’autres chemins, et ça veut dire tasser des affaires, faire le ménage. Ça veut dire aussi mettre le bordel dans ton appartement, parce que si tu fais un vrai ménage, il faut accepter que pendant un temps ce soit le fouillis. Et c’est ça, cet album-là : accepter que ça va être le bordel un temps pour pouvoir après en profiter. »

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Un peu partout sur ces nouvelles chansons, une voix féminine presque robotique revient comme un mantra pour laisse tomber un « constance » implacable, qui se lit comme un remède aux montagnes russes des chansons.

Embrasser son côté pop

Sur Constance, David Giguère a donné un coup de balai à son écriture, optant pour une approche très franche, frontale, plus loin des métaphores. « C’est un désir de rejoindre les autres, de voir comment ça fait écho chez eux. La chanson The Abyss, par exemple, commence en disant : « J’ai pas su comment faire / J’ai voulu tout dire en même temps / Regardez-moi, de quoi j’ai l’air / Dites-vous que c’est pire par en dedans ». Il n’y a pas d’images, tout ça devient humain et l’fun à partager. »

Créé en bonne partie avec le réalisateur Jonathan Dauphinais et le guitariste Joseph Marchand, Constance met en avant ce que l’artiste appelle des « guitares alternatives », dont les riffs portent des chansons enrobées de plusieurs habits, parfois plus acoustiques, ailleurs plus synthétiques.

« En début de processus, en vrai newbie, j’ai découvert Sonic Youth, que je ne connaissais pas du tout. Et il y avait quelque chose dans la recherche des sons de guitares, cristallins, qui était important pour moi. Et après, il y a quelque chose de fondamentalement pop chez moi que j’embrasse. »

Au fil des cinq années de création, Giguère et sa petite équipe ont trimé dur pour arriver à ce résultat. « Ça m’a forcé à trouver des assises que je n’avais pas autrement. »

Et alors, ce ménage nécessaire, a-t-il été fait dans sa vie personnelle ? « Plus que jamais auparavant, mais je suis loin encore du but, dit-il en rigolant. Je me dis que la manière avec laquelle je peux avoir le plus d’échos dans la vie des gens, c’est si j’en ai une dans la mienne. Le disque sort et j’espère que des gens vont être happés, touchés. Au final, c’est juste ça, [le but], c’est que ça les rejoigne. »

Trois segments divisés par deux interludes

Constance n’est pas un album concept, souligne David Giguère, mais il est structuré en trois segments divisés par deux interludes. « C’est une
façon de trouver le meilleur chemin pour que quelqu’un qui écoute puisse passer à travers différentes étapes d’émotions », dit-il.

 

Le premier interlude est fait d’une capsule audio de l’astrologue Rob Brezsny, qui parle des Sagittaires et de leur année 2019 qui sera sous le signe de la réinvention — tiens, tiens. Le second, une pièce à la guitare, a trouvé son chemin grâce à une amie de Giguère, qui lors d’une séance d’écoute de Constance s’est souvenue de cette piste créée quatre ans plus tôt.

 

« Je l’ai cherchée, on l’a retrouvée. C’était un démo enregistré sur mon cell. On l’a fait jouer et les gens qui étaient là m’ont dit : “Si tu ne la mets pas sur l’album, t’es un idiot.” C’est touchant, simple, c’est trois phrases. Je suis allé déterrer ça et on a l’a mis dessus ! »

Constance

David Giguère, Mo’fat Productions, déjà en magasin