Dans la (splendide) cabane à Martha

Martha Wainwright accorde longuement sa guitare acoustique. Et puis offre une chanson pas connue des McGarrigle. Bien sûr que c'est magnifique. Elle la pousse à l'extrême: il y a toujours un peu de Patti Smith en elle.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Martha Wainwright accorde longuement sa guitare acoustique. Et puis offre une chanson pas connue des McGarrigle. Bien sûr que c'est magnifique. Elle la pousse à l'extrême: il y a toujours un peu de Patti Smith en elle.

L'Outremont à la bonne franquette. Avec Martha Wainwright, ça se peut. On est chez elle, après tout. Dans la plus belle cabane à jardin des alentours. Presque dans la cour de la maison qui était celle de Kate McGarrigle, pas loin de chez Luc Plamondon, pas loin non plus de chez les Furey-Laure. Dans ses pantoufles, quoi. Ce n'est pas Martha qui s'amène sur la scène, mais une amie à elle. « Il n'y a eu de présentation, alors je vais me présenter moi-même. Je m'appelle Ariel Engle, mais ce soir je suis La Force. » À la batterie, Andrew Barr.

Outremontaise elle aussi. Copine d'école de Martha, nous apprend-elle. Précision nécessaire : on reste dans la tribu McGarrigle-Wainwright-Lanken. La famille élargie. Impossible qu'il n'y ait pas de lien quand on partage une scène avec Martha. Les planches du Théâtre Outremont à plus forte raison. Elle est un peu brouillonne en ce mardi, La Force. Cherche ses paroles, tâtonne avec les réglages de son appareillage guitare-clavier. Pas surprenant. C'est le grain de folie des McGarrigle dans l'engrenage. La saine dose d'anarchie. C'est Martha la contagieuse. Un peu de dérèglement, c'est bon pour la santé. « L'humain est tellement meilleur que la machine, s'excuse Ariel. J'aurai dû fermer la machine. » Mais non, mais non : c'est permis dans la cabane à Martha. Ça fait mieux chanter, s'abandonner. C'est comme sauter à côté des lignes de marelle dans la cour de récré.

Martha sans filet

Elle arrive seule. Agrandie, on dirait. C'est les bottes de cuir aux genoux et les pantalons à carreaux écossais qui l'allongent. « J'avais pensé faire ce show solo, mais j'ai rencontré plein de monde cette semaine... dans la rue. » Ce sera « an experiment », promet-elle. « On va voir. » Elle se lance dans The Traveller, la plus reconnaissable chanson de son dernier album (Goodnight City, paru en 2016). C'est fort beau, mais elle est moyennement contente de son interprétation. « Je passe pas mal mon temps au café URSA que j'ai ouvert... j'aurais peut-être dû pratiquer un peu... » Around The Bend, du même album, est tout aussi réussie. Sacrée Martha. On se demande des fois si elle ne fait pas un peu exprès.

Elle accorde longuement sa guitare acoustique. Et puis offre une chanson pas connue des McGarrigle. Bien sûr que c'est magnifique. Martha la pousse à l'extrême : il y a toujours un peu de Patti Smith en elle. Entre cette chanson et la suivante (une nouveauté), la maman en elle parle à ses enfants, qui sont dans la coulisse, et qui vont se coucher un peu plus tard ce soir. « Ce n’est pas souvent que je chante à Montréal... », confie-t-elle. Oui, ce serait triste de ne pas les emmener.

Retrouvailles

Tom, son premier pianiste, la rejoint : ils jouaient ensemble au Café Sarajevo il y a vingt-cinq ans. Retrouvailles. Rapatriement des ouailles. Lily Lanken s'ajoute et on a un trio. Elles harmonisent comme elles respirent, ces cousines. « Let's have everyone up, the whole gang... », décide Martha. Les voilà, sept sur scène, dont Anna et Jane McGarrigle. « L'année prochaine, on va faire un grand spectacle pour les dix ans de la mort de ma mère Kate, alors ce soir... on va répéter un peu ! » Grand rire dans L'Outremont. Et ce soir, c'est pas un grand soir, alors ? Andrew Barr revient, pas tout seul. Ils sont neuf, maintenant. Et jouent et chantent Entre Lajeunesse et la sagesse. C'est à la fois approximatif et exquis. Comment peut-il en être autrement ?

Et ça vire jamboree de cuisine, comme d'habitude. Les chansons prennent forme sans qu'on sache trop comment. C'est un peu comme si chacune et chacun avaient lancé des semences et que quelque chose avait poussé là, devant nous. Un arbre à fleurs et à fruits, en pleine éclosion à la fin de novembre. « Est-ce que c'est amusant pour vous ? », s'enquiert Martha. La famille entonne Il est né le divin enfant. C'est déjà Noël chez Martha.