Quelques bises bienvenues en attendant Noël

«Je voulais que l’album soit une main dans le dos, que l’on soit en famille, à deux ou seul à attendre Noël…», explique Isabelle Boulay.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Je voulais que l’album soit une main dans le dos, que l’on soit en famille, à deux ou seul à attendre Noël…», explique Isabelle Boulay.

Il y a ce moment d’une vertigineuse beauté, dans I’ll Be Home for Christmas, où Rufus Wainwright se déploie, s’envole, où Isabelle Boulay semble emportée dans le mouvement. On en a le souffle coupé. On se demande : jusqu’où iront-ils ainsi, lui tenant la haute harmonie, elle la basse, jusqu’à quelle hauteur montera le biplan majestueux ? « On le savait pas nous-mêmes ! », s’exclame Isabelle, rayonnante même au bout du fil. « Je me suis accrochée à ses ailes d’ange et j’ai vécu un rêve éveillé. Il y a des moments dans la vie où ça te prend par surprise. Ça t’élève, ça t’élève, c’est plus fort que toi. » Elle n’en revient pas encore. « Ça s’est fait dans le temps de le dire. Il n’est pas resté une heure au studio. Mais au fond, en trois minutes, c’était réglé. »

Combientième version d’I’ll Be Home for Christmas, depuis 1943 et Bing Crosby ? Un bon millier, estimation modeste. Miracle requis. En attendant Noël, le premier album du genre par Isabelle Boulay, arrive assez tard dans son exemplaire parcours. Notez qu’il y avait eu en 2009 le fort beau Chansons pour les mois d’hiver, qui couvrait toute la saison de son blanc manteau. Mais se frotter à White Christmas, emprunter Le sentier de neige, chanter à la fois Tino Rossi et une inédite des Soeurs Boulay (Même si tout autour change), mêler Le Labrador et L’enfant au tambour ? Elle a les yeux grands, Isabelle. « J’avais dans mon carnet une liste de titres, qui faisait plusieurs pages : j’aime ça pas à peu près, les chansons de Noël. J’en ai maquetté beaucoup plus qu’il m’en fallait, j’en voulais des américaines, des françaises, des québécoises, des nouvelles chansons aussi… »

Elles ont en commun la voix d’Isabelle, jamais plus belle que dans cet écrin de velours pas trop velouté. Justesse de ton, toujours. Équilibre et mesure. « À la fin, je voulais un climat, une chaleur, autant pour Blue Christmas [en léger country swing] que pour Le sentier de neige [très ralentie, piano-voix]. Je voulais que l’album soit une main dans le dos, que l’on soit en famille, à deux ou seul à attendre Noël… »

Damien Robitaille se fabrique un Noël

Depuis que Maryse Letarte a déblayé l’entrée, la porte est ouverte à l’idée d’un album de Noël entièrement composé de chansons neuves. C’est l’inénarrable Damien Robitaille qui s’y est mis, à sa manière à la fois décalée, candide et pétrie de ses années de chorale en Ontario. Le titre dit ce qu’il dit : Bientôt ce sera Noël. Il y a en Damien quelque chose de l’enfant qui, langue sortie, manie les ciseaux, la colle et les cartons de couleur. Un peu messe à gogo, un peu Boum Ding Band, drôle et tendre, soulful et réjouissant, original et familier. Tout lui, quoi.

« Tu m’emballes / Comme un cadeau », offre-il, tout bondissant de plaisir, un brin espiègle dans le ton : « Ouvre-moi le 25 décembre ». Mode rock’n’roll (Miss Christmas), façon Motown (Le dernier Noël), notre bel illuminé s’autorise même le Christmas in Prison de John Prine. « L’un des chanteurs préférés de mon père », explique Damien dans sa présentation, tout simplement.

Les jolités de Joli-Bois

Restons dans la confection maison. Joli-Bois est un duo fort et Vert forêt leur album de Noël. Un disque de jolités. Jolités n’est pas un néologisme. Ce sont de petites boîtes en bois délicat, joliment peintes. Une spécialité spadoise. C’est ce qui vient en tête quand on a été souvent aux FrancoFolies de Spa et que l’on écoute les chansons des comédiennes Raphaëlle Lalande et Sonia Cordeau, qui sont belles comme leurs titres : Console-moi Noël, Toi et moi longtemps, Un coin de lumière. De la belle ouvrage. « Pas besoin de sapin scintillant / Pour que ça brille en dedans », chantent-elles en harmonie dans C’est Noël ce soir, sur lit de banjo, de mandoline et de cor français. Ambiance feu de foyer sans les « chesnuts roasting » : Vert forêt, c’est le chalet à la campagne des disques de Noël. Pour tout dire, c’est enregistré au studio Madame Wood.

Dans la hotte…

Dear Santa, par Puss N Boots. Le retour de Norah Jones et de ses copines Sasha Dobson et Catherine Popper en lutines de lendemain de veille (c’est ainsi qu’elles se présentent sur la photo de pochette) : du country un brin rockabilly pour se remettre des abus en douceur. De Christmas Butt à Silent Night, c’est charnel et ça touche au ciel. Délicieusement irrévérencieux.

The Decca Christmas Recordings, par Brenda Lee. Mine de rien, c’était il y a 61 Noëls que la toute jeune Brenda Lee nous rugissait son Rockin’ Around the Christmas Tree. Oui, c’est une ressortie (en vinyle et en CD), et l’arbre en aluminium relève désormais de l’esthétique postmoderne, néovintage et autres étiquettes à la mode. Irrésistible est le bon mot.

Christmas EP, par Bryan Adams. Une relative nouveauté (Joe And Mary, une sorte d’If I Were a Carpenter en plus rock’n’roll), une reprise du Dylan de Noël (l’étonnante Must Be Santa, avec une chorale d’enfants), et quelques rapatriées de saison, dont un reggae des fêtes festif en pétard. Ça se prend, mais durant le party seulement.

En attendant Noël // Bientôt ce sera Noël /// Vert forêt

Isabelle Boulay, Audiogram / Sony // Damien Robitaille, Audiogram / Sony /// Joli-Bois, Chalet Musique