GAMIQ 2019: incubateur de talents

Les Hôtesses d’Hilaires et leur coloré leader Serge Brideau ont animé la soirée avec toute la vibrante spontanéité qu’on leur connaît, récoltant aussi deux prix, ceux de l’Artiste de l’année et de l’Album de l’année — hors Québec (pour l’album-concept «Viens me voir»).
Photo: Shanti Loiselle Les Hôtesses d’Hilaires et leur coloré leader Serge Brideau ont animé la soirée avec toute la vibrante spontanéité qu’on leur connaît, récoltant aussi deux prix, ceux de l’Artiste de l’année et de l’Album de l’année — hors Québec (pour l’album-concept «Viens me voir»).

Le quatorzième Gala de l’alternative musicale indépendante du Québec (GAMIQ) se tenait hier soir au Café Campus au même moment que se déroulait au Microsoft Theatre de Los Angeles l’American Music Awards, dont il est antithèse absolue. Pas de champagne ni de tapis rouge, surtout pas de Shawn Mendes. Plutôt une sympathique et déglinguée célébration des talents d’ici et sur lesquels les projecteurs ne sont pas assez braqués. À eux, les trophées Lucien, décernés hier aux Hôtesses d’Hillaire, Marie Davidson, Robert Nelson, Choses Sauvages et autres innovateurs de notre scène musicale.

Comme lors de l’édition 2017, cette soirée de gala s’est cependant encore vécue avec un pincement au coeur : le prix Hommage, remis l’an dernier à Grimskunk, a été hier décerné aux gestionnaires de la coopérative Les Katacombes, salle de spectacles devenue le quartier général des scènes punk et métal. Ses patrons ont récemment annoncé devoir cesser leurs activités le 31 décembre prochain, après 2000 spectacles présentés en treize ans de loyaux services. Ils sont aujourd’hui incapables d’encaisser la hausse du loyer des locaux situés au coin du boulevard Saint-Laurent et de la rue Ontario, où poussent les condos comme des champignons.

Une tape dans le dos

Les Katacombes sont pourtant un incubateur de talents où se développent les artistes « qui un jour rempliront le Club Soda ou le Métropolis » disait hier l’une des gestionnaires des lieux. Deux ans après la fermeture du Divan Orange, une autre petite salle de spectacles importante pour la vitalité de notre scène musicale disparaîtra. « C’est paradoxal que l’on perde une salle de spectacles dans le Quartier des spectacles », déplorait Patrice Caron, organisateur du GAMIQ, durant son discours. Insistant sur l’importance de ces petits diffuseurs, le gala a aussi récompensé l’Auberge festive Sea Shack de Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, du Lucien de la Salle de spectacles de l’année.  

Une salle justement où les Acadiens des Hôtesses d’Hilaires ont beaucoup joué, proximité aidant. Le groupe et son coloré leader Serge Brideau ont animé la soirée avec toute la vibrante spontanéité qu’on leur connaît, récoltant aussi deux prix, ceux de l’Artiste de l’année et de l’Album de l’année — hors Québec (pour l’album-concept Viens me voir). Le gala, diffusé sur le web, fut également ponctué de solides performances, notamment celles de Bon Enfant (qui vient de lancer son premier album), Enfants Sauvages, la rappeuse Naya Ali et Les Shirleys.

Autres grandes gagnantes de la soirée, ces dernières ont remporté les Lucien de la Révélation de l’année et du EP rock de l’année, un enregistrement paru au printemps dernier. Les tout premier du trio, qui n’existe que depuis un an. Il fallait voir le sourire dans leurs visages en allant récolter ces premiers prix en carrière. C’est beaucoup ça, le GAMIQ : une tape dans le dos, une manière de pousser les musiciens de la scène underground à ne pas lâcher, un gala pour « inscrire dans la suite des choses », comme l’affirmait hier Patrice Caron, ces artistes qui habitent la scène musicale québécoise. On peut entre autres nommer The Flaying (Album métal de l’année pour Angry, Undead), Choses Sauvages (Album indie rock de l’année), Fuudge (Album rock de l’année pour Les Matricides), Marie Davidson (Album électronique de l’année pour Working Class Woman) et Kid Koala (Album expérimental de l’année pour Music to Draw To : Io).

D’autres heureux gagnants : le collectif Alaclair Ensemble, qui a lancé vendredi dernier un mixtape surprise (AMERICA Volume 2), a laissé son empreinte sur les catégories rap du GAMIQ, avec Robert Nelson remportant le Lucien de l’Album hip-hop de l’année (pour Nul n’est roé en son royaume) et son collègue Eman, récipiendaire du EP hip-hop de l’année grâce à Maison. Le duo Beat Market est monté chercher le prix du EP électronique de l’année (pour All Good), Jesuslesfilles celui du Vidéoclip de l’année (pour Hôpital), et il en a été de même pour Enfants Sauvages (Album punk), Bleu Nuit (Album post-punk) et Benoit Paradis, reparti avec celui de l’Album jazz de l’année (Quintessence du cool).

Élisapie a remporté celui de l’Album folk de l’année pour The Ballad of the Runaway Girls alors qu’Antoine Corriveau repartait avec celui de l’EP folk de l’année pour Feu de forêt. Lou-Adrianne Cassidy a envoyé Hubert Lenoir chercher son Lucien pour l’Album pop de l’année (C’est la fin du monde à tous les jours), mais Camille Poliquin de Milk Bone était au Café Campus pour récupérer celui du EP Pop de l’année (Dive), tout comme De.Ville (EP world de l’année pour Sables), Lucill (EP indie rock de l’année) et Carotté (Choix du public). Dans les catégories corollaires, Le Canal Auditif s’est valu le prix du Média numérique de l’année, CISM celui de la Radio de l’année et le Festival de musique émergente d’Abitibi-Témiscamingue celui du Festival de l’année.