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Touffu et éclectique, le nouvel album de Brown Family est d’abord marqué par la pop et le rap.
Photo: JF Sauvé Touffu et éclectique, le nouvel album de Brown Family est d’abord marqué par la pop et le rap.

La clé de Brown Baby Gone, nouvel album de la famille Brown, c’est sa pochette : la photo d’un garçon tout sourire, en mouvement nattes au vent, croqué par la caméra au crépuscule. « L’image symbolise l’album ainsi que notre travail ces dernières années », suggère le rappeur Greg Beaudin. Ce garçon, c’est comme si le Brown Baby évoqué en musique sur le premier album du trio « avait vieilli, presque arrivé à l’adolescence. L’album exprime une quête de liberté, l’envie de fuir et de s’affranchir », dit le musicien qui, accompagné de son frère Jam et de son père Robin Kerr, présentera sur scène vendredi ces chansons nouvelles, pendant M. pour Montréal.

Tomorrow Night, le premier extrait tiré du second album de la famille Brown, arrive avec un très beau vidéoclip réalisé par Jean-François Sauvé. Comme il l’avait fait pour la chanson Dagues de Safia Nolin, Sauvé rehausse les rouges et les bleus dans ses images pour donner un caractère surréel aux scènes du clip, filmé au bord de la mer des Caraïbes.

« C’était la première fois que j’allais en Jamaïque », raconte Greg Beaudin, encore emballé par son trop bref séjour là-bas. « On a tissé des liens là-bas, fait des contacts ; on a même rencontré Bobby Digital dans son studio », ajoute-t-il en professant son admiration pour le travail du célèbre compositeur et réalisateur jamaïcain, pionnier de l’ère « digital » du reggae et du dancehall à partir du milieu des années 1980.

Depuis le début du projet, notre plus gros défi a toujours été de nous trouver un terrain musical commun pour faire en sorte que mon frère et moi n’ayons pas l’air de faire un pastiche de reggae, et que notre père n’ait pas l’air d’en faire un de rap

C’était la toute première fois en Jamaïque pour Greg — qu’on a découvert au sein de Dead Obies et sous le nom de scène Snail Kid — et pour son frère Jam. Pour papa Kerr, il s’agissait d’un premier retour sur son île natale en vingt ans. Tout ça grâce à la musique, explique le rappeur : ils ont économisé sur les cachets reçus depuis la parution du premier album en 2016 pour s’offrir ce voyage en forme de retour aux sources auprès de la famille Kerr qui réside dans les environs de Montego Bay. « J’ai rencontré mon grand-père pour la première fois », dit Greg Beaudin.

Brown, le premier disque du trio, était naturellement imbibé de musique populaire jamaïcaine. De soul, de R & B, de funk et de rap, aussi : une belle découverte que l’on ne rangeait pas trop loin des albums de Nomadic Massive, The Roots et autres grands explorateurs du groove afro-américain.

Comme sur le premier album, les compositeurs et réalisateurs Toast Dawg et VNCE Carter sont venus donner un coup de main au trio, qui a ouvert les portes de leur studio à plein d’autres camarades, dont DJ Manifest, Quiet Mike et FouKi, Mike Shabb et les frères des Dead Obies.

Or, curieusement, le séjour en Jamaïque n’a pas poussé Brown Family dans les basses reggae et dancehall : ce nouvel album, touffu et éclectique, est d’abord marqué par la pop et le rap.

« Depuis le début du projet, notre plus gros défi a toujours été de nous trouver un terrain musical commun pour faire en sorte que mon frère et moi n’ayons pas l’air de faire un pastiche de reggae, et que notre père n’ait pas l’air d’en faire un de rap. Surtout, nous voulions d’abord servir les compositions ; ça donne un disque où le reggae est simplement une saveur, ne serait-ce que par la présence de notre père » qui, avant de fonder Brown avec les fistons, a longtemps joué au sein de l’orchestre reggae local Uprising. « Il incarne le reggae jusque dans le grain de sa voix, c’est particulier et quelque chose de propre à la culture jamaïcaine », estime Beaudin.

Avec pour résultat un disque encore vissé dans le rap, certes moins soul que le précédent, cette fois fixé sur un idéal pop, « ce qui ne veut plus dire grand-chose, reconnaît Greg, sinon que c’est la musique qui touche le plus de gens. On a traversé une période où on a été inspirés par la culture populaire » et qui a provoqué la sortie du EP Popluv, à l’été 2017. Jam et lui étaient « fascinés par la musique pop qu’on avait pourtant toujours dédaignée ; or, je ne sais trop comment on a fini par comprendre quelque chose là-dedans, sans doute à cause de certains albums qui sont sortis à ce moment-là ».

Il donne en exemples les albums récents des rappeurs Drake et surtout Chance the Rapper, « une influence certaine, dans sa manière d’être universel, de pouvoir s’adresser à plus de gens. C’est assez récent que la culture rap soit devenue méga-populaire ; en conséquence, ça donne plein de rappeurs qui chantent beaucoup et font des chansons appréciées par tout le monde, même ceux qui n’aiment pas le rap. »

Brown Family lancera Brown Baby Gone au Ministère le vendredi 22 novembre, pendant M. pour Montréal.