L’OM instille un air de jeunesse aux États-Unis

À Ann Arbor, l’habituelle prestation de 15 minutes a été prolongée à 30 minutes et trois groupes de trois classes d’âges différents se sont produits.
Photo: François Goupil À Ann Arbor, l’habituelle prestation de 15 minutes a été prolongée à 30 minutes et trois groupes de trois classes d’âges différents se sont produits.

L’Orchestre Métropolitain a saisi l’occasion de sa tournée américaine pour exporter l’une de ses plus heureuses initiatives : les Préludes de l’OM, confiés à de jeunes musiciens.

Le mercredi 20 novembre, le jeune flûtiste Keshav Patcheak ne l’oubliera jamais. Avec ses dix amis de la Scarlett Middle School, tous âgés de 11 à 13 ans, il est invité à jouer Mozart dans le foyer du Hill Auditorium d’Ann Arbor. L’initiative d’inviter des jeunes musiciens à se produire avant un concert symphonique est une grande première, suggérée par l’Orchestre Métropolitain dans cette ville universitaire du Michigan qui reçoit beaucoup d’orchestres en tournée.

Mais ce qui transporte encore davantage Keshav Patcheak, son petit frère et ses parents, c’est qu’il va assister dans quelques instants au premier concert symphonique de sa vie. Keshav, qui étudie le chant traditionnel de l’Inde du Nord et le piano, s’est mis à la flûte récemment. Son éducatrice, Caroline Fitzgerald, qui a repéré son talent et suggéré à ses parents de lui faire donner les leçons privées qu’il prend depuis deux mois, n’en revient pas d’être ici entourée de son groupe de jeunes musiciens : « Une large majorité de mes élèves pratique la musique, mais n’a jamais assisté à un concert symphonique. C’est une idée formidable », se réjouit-elle.

À Montréal, cela fait dix ans que l’Orchestre Métropolitain favorise ce contact des jeunes avec la musique.

Éducation et développement

Nous retrouvons Keshav après la soirée, heureux de son expérience. « Mon premier concert, je l’ai préparé en écoutant la symphonie à la maison » nous raconte-t-il, impatient avant l’ultime événement : la brève rencontre des jeunes musiciens avec Yannick Nézet-Séguin.

Photo: François Goupil Yannick Nézet-Séguin (à droite) en compagnie du jeune Keshav Patcheak.

Cette politique a été développée par Jennifer Bourdages, aujourd’hui en charge du développement artistique de l’Orchestre Métropolitain. Jennifer Bourdages, par ailleurs pianiste de l’OM, a passé le flambeau du volet éducatif à Laura Eaton pour s’occuper du développement artistique et des relations gouvernementales : « Ce n’est pas un hasard si l’OM a associé développement artistique et éducation parce que c’est dans notre vision d’’être un modèle pour les jeunes et, surtout, d’être là pour toutes les couches de jeunes. »

Une large majorité de mes élèves pratique la musique, mais n’a jamais assisté à un concert symphonique. C’est une idée formidable.

 

L’éventail va donc du plus jeune âge scolaire au conservatoire et aux universités avec un souci d’assurer un roulement des établissements et des profils.

« Lorsque les Préludes ont été créés, en 2008, des jeunes avec des carillons sonnaient et remplaçaient la cloche. Puis, nous nous sommes demandé pourquoi cela ne deviendrait pas une tribune », se souvient Jennifer Bourdages. Le regard du public sur ces Préludesa changé lui aussi : « En 2010, les gens se promenaient et parlaient. Maintenant, c’est comme une mini-salle, les gens s’assoient. D’autres se placent dans les escaliers et se penchent. » Tous les jeunes assistent ensuite au concert avec leurs parents.

Sur un air de famille

« Cela fait dix ans qu’à l’OM nous avons une entente de partenariat avec la Commission scolaire de Montréal et il y a dix ans une telle entente était audacieuse », juge Jennifer Bourdages, heureuse de voir le milieu de l’éducation et le milieu culturel travailler ainsi ensemble. « L’idée était de donner des projets significatifs aux jeunes. Les conseillers pédagogiques sont nos meilleurs alliés. Nous travaillons avec les personnes significatives qui nous donnent de bonnes pistes et nous évitent de faire des faux pas. Quand nous imaginons un projet, l’idée peut être très bonne, mais l’application du projet doit s’intégrer dans un cursus et répondre à des besoins. »

Dans le cadre de l’entente, des billets de concert sont réservés pour les jeunes et leurs parents. Des liens directs impliquent aussi directement les éducateurs tel ce professeur de primaire qui a tissé des liens avec l’orchestre, choisi un concert par saison et y prépare ses enfants de 6 ans qu’il emmène à une répétition. En ce qui concerne les musiciens de la relève, l’École Joseph-Francois-Perrault, à Montréal, est un vivier intéressant. Yannick Nézet-Séguin a même récemment dirigé l’orchestre de l’école à la Maison symphonique dans le Finale de la 5e Symphonie de Tchaïkovski (« c’est l’exemple parfait de ce qu’on veut faire ; les jeunes en rêvent et en parlent encore », dit avec émotion Jennifer Bourdages). Avec le Conservatoire ou les universités, ce sont des rencontres avec les solistes invités qui cimentent les relations avec les jeunes musiciens.

Ann Arbor n’était pas la seule ville américaine à découvrir les ambitions missionnaires de l’Orchestre Métropolitain envers le futur public : Chicago a organisé un prélude pour la première fois avant un concert du soir et à Philadelphie aussi, ce sera une première. Ann Arbor, par contre, a apporté une idée en prolongeant la prestation de 15 à 30 minutes et en amenant trois groupes de trois classes d’âges. Keshav a été très inspiré par le quatuor à vents universitaire qui jouait 20 minutes après lui. Il a instantanément compris ce qu’il peut viser dans cinq ans s’il se surpasse.

L’OM, qui multiplie les initiatives, a fait du développement d’auditoire jeunesse une priorité. Les concerts « Airs de jeunesse » ont été créés par Denise Lupien et Yannick Nézet-Séguin il y a dix ans, aussi, pour donner aux jeunes la chance de jouer seuls ou en groupe avec l’orchestre. À cela s’est ajouté en 2019 le Concours OMNI.

« Son but est d’offrir une expérience de concours à des jeunes de 7 à 17 ans dès les débuts de leur parcours musical », nous dit Laura Eaton. La responsable des programmes éducatifs a contribué à un Prélude il y a quelques années quand elle était élève à Joseph-Francois-Perrault. Elle souligne l’important du suivi tous azimuts. « Nous tentons de garder contact avec les enseignants. Mais pas seulement. Grâce au concours OMNI, nous avons rencontré une centaine de jeunes. Parmi eux, deux trompettistes nous avaient marqués. Nous les avons invités lorsque Stéphane Beaulac, notre trompettiste, a joué un concerto. Les parents étaient très touchés qu’on pense à eux et qu’on les invite au concert. »

La prochaine édition du Concours OMNI aura lieu en avril 2020. L’inscription s’effectue avant le 28 février et un concert gala à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Des liens se font déjà entre le concours et la série de concerts Airs de jeunesse puisqu’une lauréate du 1er Concours OMNI s’y produira cette année.

Par ailleurs, souligne Laura Eaton, « nous ferons des liens entre les lauréats de cette année, de l’an passé et nos musiciens pour le concert de gala à travers des oeuvres de musique de chambre. Il ne faut surtout pas laisser tomber les lauréats de l’an passé. » « C’est une de nos forces de créer ainsi des liens. », dit Jennifer Bourdages en souriant.

Les familles, ça sert à ça, aussi.

Christophe Huss est l’invité de l’Orchestre Métropolitain lors de sa tournée aux États-Unis.