La «Storia di Orfeo», un compromis entre le récital et l’opéra

La star du chant Philippe Jaroussky
Photo: Loïc Venance Archives Agence France-Presse La star du chant Philippe Jaroussky

La salle Bourgie recevait mardi la star du chant Philippe Jaroussky, accompagnée de la soprano Amanda Forsythe et des musiciens du Boston Early Music Festival Chamber Ensemble. Jaroussky n’était pas la seule vedette sur scène puisque la direction musicale du spectacle était assurée par les luthistes Paul O’Dette et Stephen Stubbs, qui cumulent une discographie de plusieurs centaines de titres. Riche en découvertes, le programme n’en a pas moins été présenté sur un fil narratif quelque peu distendu.

La proposition que venaient défendre ces musiciens a pour titre La Storia di Orfeo. Développée par Jaroussky, qui en a fait un disque en 2017, elle explore l’idée de créer une nouvelle œuvre autour du mythe d’Orphée en réagençant des extraits de trois opéras de compositeurs italiens du XVIIe siècle : Claudio Monteverdi, dont on considère L’Orfeo comme le « premier » opéra, et les beaucoup moins connus Antonio Sartorio et Luigi Rossi.

Entre les airs s’intercalent des pièces instrumentales de musiciens de la même époque, poursuivant une formule popularisée ces dernières années par d’autres ensembles, tel L’Arpeggiata, venu présenter à Montréal en 2017 un projet très semblable articulé lui aussi autour de la figure d’Orphée… et de la musique de Rossi !

Dans sa version, Jaroussky ne conserve que les personnages d’Orphée et d’Eurydice, qu’il incarne sur scène avec Forsythe. Tel le barde descendant aux Enfers, Jaroussky/Orphée entend Eurydice sans la voir, placée qu’elle est derrière les musiciens. Pour Orfeo tu dormi ?, Forsythe, en ombre d’Eurydice, chante du balcon, un des temps forts du spectacle.

La Storia di Orfeo est-elle un mini-opéra, comme la décrit Jaroussky ? Si plusieurs se plaignent de la longueur et de la monotonie des récitatifs de l’opéra baroque, ces passages demeurent essentiels au récit, présentant les actes et les circonstances par la suite sublimés dans l’émotion et l’expressivité des airs. Sans ce contexte dramatique, il est plus difficile d’associer Jaroussky et Forsythe aux héros du mythe, d’autant plus que le tandem, en habits de concert, chante partitions en main.

Cela est notamment problématique dans le numéro central du spectacle, Possente spirito de Monteverdi. Cette pièce commande un réel déploiement dramatique et scénique tant elle campe avec acuité, dans sa conception musicale même, un lieu, un moment, une action. Toute virtuose que fût la performance de mardi, elle souffrait de l’absence des artifices du spectacle d’opéra, qui décuplent le potentiel expressif du morceau.

Sur le plan musical, La Storia di Orfeo aura notamment permis au public de faire la découverte d’œuvres audacieuses, raffinées et rares, données dans des interprétations convaincantes.

La Storia di Orfeo

Antonio Sartorio : «L’Orfeo» (extraits). Claudio Monteverdi : «L’Orfeo» (extraits). Luigi Rossi : «L’Orfeo» (extraits). Dario Castello, Biagio Marini, Johann Rosenmüller, Agostini Steffani : œuvres diverses. Boston Early Music Festival Chamber Ensemble, Paul O’Dette et Stephen (direction musicale), Philippe Jaroussky (contre-ténor), Amanda Forsythe (soprano), à la salle Bourgie, le mardi 19 novembre 2019.