Les Indes galantes: Rameau en manque de public et de voix

L'opéra baroque est parfois quasiment inchantable, et la représentation des «Indes galantes» de vendredi a été moyenne sur le plan vocal.
Photo: Julien Perron-Gagné L'opéra baroque est parfois quasiment inchantable, et la représentation des «Indes galantes» de vendredi a été moyenne sur le plan vocal.

La présentation de deux des quatre Entrées (ou actes) des Indes galantes de Rameau à l'Université de Montréal a commencé par une annonce fort encourageante : celle de l'association d'Arion à la Faculté de musique dans un projet de mentorat en faveur de l'opéra baroque. Un « Fonds Claire-Guimond » a été créé pour l'occasion, favorisant l'embauche de musiciens professionnels encadrant les étudiants intéressés par la musique baroque, dans l'optique de la présentation d'un opéra baroque annuellement.

Cette initiative de Mathieu Lussier est très remarquable et louable. La soirée Rameau, qui sera redonnée ce samedi avec une distribution différente, marque un point de départ résumant assez bien le chemin à parcourir. Beaucoup d'expertises (Luc Beauséjour, Mathieu Lussier et ses musiciens, Marie-Nathalie Lacoursière, Robin Wheeler et bien d'autres) sont mobilisées et il faudra lever deux points d'achoppement apparents vendredi soir. D'abord, un pouvoir d'attraction moindre de l'opéra baroque sur le public par rapport au répertoire bien connu, un fossé si important que le balcon de la salle Claude-Champagne n'avait pas été ouvert. Ensuite, un matériau vocal peu aguerri au genre, voire fruste ou manquant. D'ailleurs un chanteur en carrière, Philippe Gagné remplissait des rôles de ténor des Incas du Pérou et des Sauvages. On peut s'étonner qu'Emmanuel Hasler, prévu dans le rôle d'Adario ce samedi n'ait pas été sollicité pour Don Carlos vendredi.

Une grande satisfaction vocale

Une chanteuse a vraiment dominé le sujet de la tête et des épaules : Juliette Tacchino, la Phani courtisée par le grand prêtre Huascar dans l'acte des Incas. Impeccable projection, voix bien placée, prononciation, style… Si c'était un examen, il a été passé avec brio et mention.

Pour le reste, c'était un spectacle vocalement fort moyen. Certes à son meilleur, l'opéra baroque est parfois quasiment inchantable, comme le rôle de Huascar (mais pas à ce point avec des défauts à tous les niveaux de la voix). Mais les autres incarnations (toutes les interventions du Prologue, les graves de Don Alvar et les aigus d'Adario) ne sont pas si insurmontables qu'elles en avaient l'air. Il y avait heureusement de belles choses dans la simple Zima d'Élise Guignard, mais le timbre tend à s'assécher (ou à se rétrécir) un peu dans l'aigu, chose qui n'est pas irrémédiable et est donc à réentendre.

À écouter l'orchestre, on se dit que le mentorat est une condition sine qua non de la présentation de ces opéras et fera beaucoup de bien aux jeunes musiciens, Luc Beauséjour animant le tout avec ferveur, et même de la rage dans l'explosion du volcan péruvien. Comme elle nous y habitue désormais, Marie-Nathalie Lacoursière a encore fait assaut de bonnes idées. Sa réflexion semble porter sur la question : qui est l'étranger et quel est l'exotisme aujourd'hui, alors que tout est à notre portée avec les voyages en avion ? Les Indes galantes sont donc une sorte de chronique de voyages, où l'oeuvre elle-même devient une forme d'exotisme. Les idées amusantes sont nombreuses, par exemple quand le choeur mime un avion sur « Volez, Amour ».

Les étudiants choristes ont très bien joué un rôle essentiel de musiciens et d'acteurs et on remerciera la chorégraphe d'avoir préservé une danse cultivée d'époque alors que la mode est au mélange de danse contemporaine et de musique baroque à l'image de l'hérésie des Indes galantes avec breakdance de Clément Cogitore et Bintou Dembélé à l'Opéra de Paris qui sera projetée, à vos risques et périls, dans les cinémas d'ici la semaine prochaine.

Les Indes Galantes

Opéra-ballet de Jean-Philippe Rameau – Entrées 2, Les Incas du Pérou, et 4, Les Sauvages. Choeur de l'Atelier d'opéra, Atelier de musique baroque de l'Université de Montréal, Luc Beauséjour. Mise en scène, chorégraphie et danse : Marie-Nathalie Lacoursière. Salle Claude-Champagne, vendredi 15 novembre. Reprise ce soir avec d'autres chanteurs.