«Hommage à Félix Leclerc»: la bonne idée détournée

Bien sûr qu’elles chantent magnifiquement. «Ce matin-là» par Marie Denise Pelletier (à gauche), mazette ! «Sors-moi donc Albert», par Marie-Élaine Thibert, qui sait faire, ça cartonne forcément. Mais qu’ont-elles à voir avec l’idée maîtresse de l’affaire?
Photo: Antoine Saito Orchestre Symphonique de Montréal Bien sûr qu’elles chantent magnifiquement. «Ce matin-là» par Marie Denise Pelletier (à gauche), mazette ! «Sors-moi donc Albert», par Marie-Élaine Thibert, qui sait faire, ça cartonne forcément. Mais qu’ont-elles à voir avec l’idée maîtresse de l’affaire?

Pourquoi tout l’orchestre ? La question surgit après trois chansons. Ça leur allait si bien, le quintette à cordes de l’OSM, et rien que le quintette. Quelle exquise idée c’était ! En faire moins que plus, pour une fois. Ne pas essayer de remplir l’espace, pour changer. C’était l’une des raisons qui rendaient si différent l’album Héritage. Ce n’était pas qu’un énième hommage à « l’oeuvre immense, imposante, importante » de Félix Leclerc, pour reprendre les mots du chef d’orchestre Simon Leclerc, c’était un sain déshabillage, de la beauté embellie, parce qu’allégée de trop d’atours.

L’autre aspect heureux du projet, à l’initiative de l’animatrice Monique Giroux, était de changer radicalement la distribution, à partir d’un paramètre tout simple : n’inviter que des chanteurs et chanteuses pas encore nés quand Félix est parti. Héritage au sens plein du mot. Le disque paru en novembre 2018 réjouissait ainsi par sa fraîcheur, sa forme épurée, son parti pris de passage du flambeau.

Cahier des charges

Pourquoi donc Marie-Élaine Thibert et Marie Denise Pelletier sont-elles sur la scène de la Maison symphonique ce mercredi soir ? Bien sûr qu’elles chantent magnifiquement, Ce matin-là par Marie Denise, mazette ! Sors-moi donc Albert, par Marie-Élaine, qui sait faire, ça cartonne forcément. Mais qu’ont-elles à voir avec l’idée maîtresse de l’affaire ? Est-ce à la demande de ceux qui présentent la série OSM Pop, histoire d’ancrer une affiche que l’on aurait jugée un peu trop légère pour cet auditoire d’abonnés ?

Toujours est-il que ça mine un peu beaucoup l’idée de Monique. Même la présence de Pierre Parent, dont le jeu à l’harmonica sur Bozo et Y a des amours ravit la Maison jusqu’au plus haut balcon, semble incongrue dans le contexte. De la même façon que les arrangements pour quintette de Simon Leclerc, adaptés à l’OSM au grand complet, nous ramènent à quelque chose de convenu. C’est beau, de belle tenue, mais ce n’est plus la belle audace du dénuement volontaire et de la nouvelle génération privilégiée.

La question du terrain

Mais oui, mais oui, Marie Denise et Marie-Élaine ont l’envergure et le registre que demande Hymne au printemps. On le savait. La salve d’applaudissements est conséquente. Une Lydia Képinski n’est pas de taille, sur ce terrain. C’est précisément le problème : le disque rapprochait Félix de son terrain à elle, et du terrain des Sam Harvey, Mon Doux Saigneur, Matt Holubowski, Éric Charland, Lou-Adriane Cassidy.

Certes une Salomé Leclerc ou un Émile Bilodeau, plus émergés qu’émergents, parviennent à se démarquer, beaucoup parce qu’on les connaît au moins un peu, même ici. Charles Landry, le slameur Élémo ne bénéficient pas de ce commencement de familiarité. Le quintette leur faisait la part belle, l’orchestre les rapetisse, les vétérans les font paraître plus verts qu’ils ne le sont.

L’occasion manquée

Soirée de qualité néanmoins : Simon Leclerc est un champion arrangeur-chef pour grand orchestre autant qu’il l’est pour un quintette, et tout le monde fait son possible, et les gens aiment Félix de toute façon. Occasion ratée pourtant. L’album permettait une expérience neuve, inédite. Ce concert, gonflé artificiellement pour que tout l’orchestre puisse jouer et que des artistes consacrés puissent s’ajouter, ne laissera pas le souvenir étonnant que l’album promettait. Dommage. Dommage pour les interprètes, dommage pour Monique Giroux, dommage pour Simon Leclerc et l’OSM. Un conseil : allez écouter l’album. Tout naturellement, vous vous en souviendrez.