Merveilleuse puissance du Toronto Symphony

Le chef d'orchestre Andrew Davis dirigeait la «Symphonie n°10» de Chostakovitch mardi soir.
Photo: Jaime Hogge Le chef d'orchestre Andrew Davis dirigeait la «Symphonie n°10» de Chostakovitch mardi soir.

Après un concert, la veille, au Centre National des Arts d'Ottawa, l'Orchestre symphonique de Toronto effectuait sa visite annuelle à la Maison symphonique de Montréal. Parmi les concerts de ces dernières années, celui-ci fut le plus impressionnant, par sa cohésion, la qualité de sa finition et de son engagement, notamment dans la grande symphonie au programme : la Dixième de Chostakovitch.

Andrew Davis a eu beaucoup d'élégance de s'adresser au public en français pour le saluer et présenter la compositrice Emilie LeBel qui a baragouiné quelque chose sur sa composition en anglais. Ironie de la chose : LeBel, établie à Toronto, est née à Montréal !

Unsheltered est apparemment inspiré par des incendies en Alberta, la crise des migrants et les événements de notre temps. Les quelques sonorités intéressantes sont parasitées par des bruits percussifs récurrents faits par des petits tam-tam étouffés qui font penser à quelqu'un tapant sur des couvercles de casserole. C'est pénible, lassant et dommage.

Karen Gomyo a attaqué le 1er Concerto de Prokofiev avec un allant inhabituel, sans doute pour marquer le fait que ce ne devait pas être une oeuvre trop planante ou rêveuse. Elle a assumé cette démarche avec beaucoup d'assurance et une sonorité d'un moelleux superbe avant de détendre progressivement son approche. Son Stradivarius de 1703 est admirable et son Tango lent de Piazzolla en rappel un choix original.

Déflagrations spectaculaires

Les choix d'Andrew Davis dans Chostakovitch rappelaient un peu ceux d'Edward Gardner à l'OSM le week-end dernier ; un investissement forcené sur les gradations dynamiques, mais peu de travail foncier sur la couleur sonore, du moins hors des passages exaltés.

Par contre, toutes les exaltations et déflagrations étaient particulièrement spectaculaires et d'une tenue somptueuse avec un orchestre très impressionnant, notamment le pupitre de cors, des trompettes tranchantes mais pas braillardes, des flûtes magnifiquement typées, des violoncelles vraiment mordants et des 1ers violons formant une entité d'une superbe tonicité.

La relative placidité, le manque de suspense et d'aspérités des passages amenant aux fortissimos faisaient de ces passages des « temps morts » ou « tunnels » un peu esthétisant, en attendant la décharge d'adrénaline suivante. C'est le fait que l'adrénaline ne retombe jamais vraiment qui fait le lot des grandes interprétations comme celles, pourtant opposées, de Kurt Sanderling ou Yuri Temirkanov.

Dans l'ensemble ce furent d'agréables retrouvailles avec le TSO, rassurantes en tous cas après un décevant disque de la Symphonie fantastique paru chez Chandos.

Le TSO vous propose la 10e de Chostakovitch

Emilie LeBel : unsheltered (commande du TSO). Prokofiev : Concerto pour violon n° 1. Chostakovitch : Symphonie n° 10. Karen Gomyo (violon), Orchestre symphonique de Toronto, Andrew Davis. Maison symphonique de Montréal, mardi 12 novembre 2019.