On ne résiste pas à Stefie Shock

Stefie Shock en répétition durant les Francos de Montréal, en juin 2019
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Stefie Shock en répétition durant les Francos de Montréal, en juin 2019

Tout le temps bon, Stefie Shock. Invariablement efficace. Chaque fois qu'on le retrouve sur scène (ou derrière des tables tournantes, c'est pareil), on vit en sa compagnie survoltée un happening mémorable. Stefie voudrait saboter un spectacle qu'il échouerait lamentablement : le beat en dedans prendrait le contrôle, et l'effet Shock ne serait pas moins électrisant.

Ça se vérifie une fois de plus vendredi soir au chic Lion d'Or, à la première montréalaise du spectacle de l'excellent dernier album du gaillard, intitulé Le fruit du hasard. Irrépressibles rythmes, enchaînement parfait des reprises, nouveautés et belles de son vaste répertoire. Rien n'est laissé au hasard, justement. Tout en Stefie intègre, compresse et condense l'usufruit d'une vie de fou fini de musique. Est-ce son degré extrême d'anxiété qui nous garantit la plus-value, la coche supérieure de la folle bringue ? Ça catalyse, ça décuple, c'est certain.

Sa meilleure place

C'est aussi qu'une fois sur scène, Stefie Shock est à sa meilleure place, cesse de penser à ce qui va se passer, parce que ça se passe ! Le courant passe. Les mots font mouche. La sensibilité d'écorché vif transperce la carapace coolissime et nous éclabousse : la joie, les angoisses, les désirs, tout exsude, tant Stefie devient poreux, transparent, heureux. Au service de la performance, corps et âme.

Ah ! c'est qu'il sait faire ! Comme ça, vlan dans les dents, il a asséné Want You To Want Me d'entrée de jeu. Version disco rock de fin de soirée (façon Heart of Glass de Blondie), pour commencer ! Après, c'était gagné, on voulait seulement que l'intensité soit maintenue. Le lascar en a ajouté une couche. Un peu d'Aznavour pulsant ? Pour chauffer la salle, elle chauffait chaud, sa version de Je te réchaufferai.

Pas le moindre temps mort

Autour de lui, quelle équipe de choc ! Vincent Réhel aux claviers, maître des synthés old school (pensez Rod Argent), pas n'importe qui !. L'alliance basse-batterie n'aura pas toléré le moindre temps mort : martèlement manière Motown, attaque punk, virevolte latino, tout groovait pour la bande à Stefie, êtes-vous surpris ? « Je me rappelle pas mon dernier show à Montréal devant un public acheteur de tickets, ça fait chaud au coeur ! J'ai passé les dernières heures à me demander s'il y aurait du monde... » Sacré Stefie.

On ne peut rien contre l'anxiété. Sinon tout donner. Et tout aura frappé fort et dans le mille ce soir : Scalpel Blues, Le pied dansant, la reprise d'As-tu deux minutes, l'adaptation en français du Bye Bye Bye de Plants And Animals, et ainsi de suite, sans répit jusqu'à Un homme à la mer et L'amour dans le désert. Il était beau à voir, Stefie Shock, avec sa nouvelle coupe de cheveux, ses angoisses conquises et son public retrouvé. J'irais jusqu'à dire qu'il rayonnait. Ouste le doute, la joie l'a emporté.