Opéra: Titus dans l’arène politique

Photo: Tam Photography

Opéra McGill entame sa saison avec le dernier opéra de Mozart, La Clémence de Titus, oeuvre qui reste négligée malgré sa grande beauté. Le metteur en scène Micael Hidetoshi Mori rappelle à juste titre que Vespasien, le père de Titus, fut l’un des premiers empereurs à mener une campagne de propagande de grande envergure pour établir sa dynastie. Qui plus est, « il accorda un soutien financier à des écrivains tels que Flavius Josèphe et Pline l’Ancien. »

Tito ou Tideau ?

De là, si les biographes ont été à la solde du pouvoir, que croire réellement ? Michael Hidetoshi Mori note que « Titus n’avait pas l’étoffe d’un saint dans les années précédant son règne », mais qu'une fois empereur, il fut un « homme intéressant et complexe », défini « par des idéaux auxquels il n’adhérait pas dans son passé ».

Dans cette production le choeur est costumé dans des vêtements contemporains. Les actes de Tito (son nom dans le titre original) sont donc jugés et (bruyamment) applaudis par une foule de groupies juvéniles et enthousiastes y compris lors qu'il pardonne à ceux (Vitellia et Sesto) qui ont tenté de l'assassiner et ont mis le feu à Rome. L’empereur à la légendaire mansuétude entre dans l’arène politique.

Se pose donc la question : Tito est-il un vrai miséricordieux idéaliste ou un homme politique invertébré ne prenant pas de décisions tranchées et prêt à tout excuser ? Le grain de sel induit par cette proposition scénique vire à la farce ultime, lorsque dans les gradins s'insinue à l'Acte II à l'avant-plan un clone contemporain, en faveur duquel les groupies finissent dans l'ultime minute par brandir des affiches au patronyme de « Tideau » sur fond rouge… La distraction assez gratuite est amusante et semble indiquer qu'il ne faut pas prendre la Clemenza, qui beurre épais pour que le souverain qui a payé la commande à Mozart puisse se comparer favorablement à son Romain devancier, trop au sérieux.

L'opéra à moindres frais

Autre travail surprenant, sur le papier : celui du jeune chef Stephen Hargreaves qui nous informe dans la notice remettre en cause l'édition Bärenreiter et, partant des manuscrits de Mozart, construire sa propre édition, notamment en termes d'articulation et de nuances. Il est sûr qu’à en juger par le déluge de notes du premier continuo au clavecin, et d'autres surprises harmoniques, le jeune homme ne manque pas d’idées. Si, au final, à l'orchestre on remarque davantage les problèmes d’intonation que de stupéfiantes révélations sur l’articulation, l’impression générale sur la façon de Hargreaves de mener le spectacle, sur le plan dramatique, est excellente.

De la même manière cette Clémence de Titus est aussi un beau moyen d’aller voir un opéra à moindres frais dans de très bonnes conditions. À part Publio, il n’y a pas dans cette distribution que l’on retrouvera dimanche, d’irritants particuliers. Il n’y a pas non plus le chanteur ou la chanteuse qui donnent le sentiment d’avoir fait la découverte de l’année.

Sans être spectaculaire, le Sesto de Maddie Studt est très raffiné, sûr, juste, égal et très musical. La chanteuse avec le plus de moyens est sans conteste Avery Lafrentz en Vitellia. Si tout s'unifie et se canalise, comme à la fin du spectacle, cela peut devenir vraiment impressionnant. Olivier Gagnon est un ténor un peu barytonnant, un fin musicien auquel il manque un éclat dans l'émission vocale. On aimerait pour lui qu'il puisse allier sa musicalité et la voix de Frédéric Antoun. Ce n'est hélas pas le cas.

Élisabeth Boudreault a peu à faire en Servilia. Elle a beaucoup de présence dans les récitatifs et semble se composer une voix ample quand elle chante. Elle est à revoir dans un autre rôle. L'Annio d'Éva-Marie Cloutier est dramatiquement impliqué, mais vocalement assez fruste.

Rentrée réussie donc. Avec une proposition artistique sympathique.

La Clemenza di Tito

Opéra de Mozart. Olivier Gagnon (Tito), Avery Lafrentz (Vitellia), Maddie Studt (Sesto), ÉvaMarie Cloutier (Annio), Elisabeth Boudreault (Servilia), Paxton Gillespie (Publio), Choeur d'Opéra McGill. Salle Pollack, vendredi 8 novembre. Reprises samedi (autre distribution) et dimanche (mêmes chanteurs).