Bach pour tous

Une visite d’importance marque la fin de semaine d’ouverture : l’Akademie für Alte Musik Berlin (Akamus) qui jouera les «Concertos brandebourgeois nos 1 à 5» le vendredi 22 novembre et trois des quatre «Suites pour orchestre» le samedi 23.
Photo: Uwe Arens Une visite d’importance marque la fin de semaine d’ouverture : l’Akademie für Alte Musik Berlin (Akamus) qui jouera les «Concertos brandebourgeois nos 1 à 5» le vendredi 22 novembre et trois des quatre «Suites pour orchestre» le samedi 23.

Dimanche, à l’oratoire Saint-Joseph, l’intarissable conteur Gilles Cantagrel racontera le voyage de Jean-Sébastien Bach à Lübeck, un parcours animé musicalement par l’organiste Olivier Vernet. Ce concert est l’un des préludes au Festival Bach qui se tiendra du 22 novembre au 7 décembre. Le Festival Bach, comme à son habitude, ne fait pas les choses à moitié.

D’un côté, il vient de faire parler de lui en invitant le pianiste chinois Lang Lang à jouer les Variations Goldberg, hors festival, le 29 mai 2020 à la Maison symphonique.

De l’autre, en forme de mise en bouche, lorsque le musicologue conteur Gilles Cantagrel narrera dimanche à 15 h 30 la rencontre entre le jeune surdoué Bach et Dietrich Buxtehude, le maître le plus réputé de la musique dans toute l’Allemagne du Nord, il le fera, à l’Oratoire, aux côtés du grand organiste français Olivier Vernet, qui a enregistré une intégrale de référence de l’œuvre d’orgue de Buxtehude.

La cofondatrice et directrice du Festival Bach, Alexandra Scheibler, qui sait dépister les artistes majeurs, ne rechigne pas à organiser ces manifestations satellitaires, comme s’il y avait un intérêt à démarrer sa manifestation avant l’heure.

« Nous ne sommes pas dogmatiques. Dans cette musique comme dans la vie, il faut être flexible : il y a des instruments anciens, il y a des instruments modernes. Et puis il y a les concerts qui peuvent s’avérer très pertinents et n’entrent tout simplement pas dans la période du festival, comme la Nuit des chœurs le samedi 16 novembre de 16 h à 22 h, ou le  Concert pour enfants dirigé par Nicolas Ellis, qui est d’ailleurs bien plus qu’un concert pour enfants. Par ailleurs, nous avons envie d’élargir la présence de l’orgue en périphérie du festival. Cela augmente l’attention sur le fait que le Festival Bach va bientôt commencer. »

Les Brandebourgeois

Dans cet esprit, l’édition 2019 comprendra pour la première fois un festival « off » avec des activités de jour entre le 20 novembre et le 5 décembre de 11 h à 18 h au 3487, boulevard Saint-Laurent, un espace de 3000 pieds carrés où se dérouleront minirécitals, discussions et prestations musicales impromptues. « Tout cela ne veut pas dire que nous voulons grandir à l’infini », prévient Mme Scheibler dans un entretien accordé au Devoir.

Une visite d’importance marque la fin de semaine d’ouverture : celle de l’Akademie für Alte Musik Berlin (Akamus) qui jouera les Concertos brandebourgeois nos 1 à 5 le vendredi 22 novembre et trois des quatre suites pour orchestre le samedi 23. Cet orchestre baroque d’élite était déjà venu en 2015, et ce que Le Devoir écrivait sous le titre « Bach en apesanteur » se heurte à une réalité assez crue : « Il faut espérer que le Festival Bach, qui a désormais amplement démontré sa cohérence, son excellence et ses ambitions pour Montréal, se verra allouer les subsides nécessaires à son développement. Si l’Akamus devenait un invité régulier de cette manifestation, un peu comme la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême au Festival de Lanaudière, nous en serions très heureux », pouvait-on lire ici il y a quatre ans.

Il faut espérer que le Festival Bach, qui a désormais amplement démontré sa cohérence, son excellence et ses ambitions pour Montréal, se verra allouer les subsides nécessaires à son développement

 

Akamus revient donc, alors que la Deutsche Kammerphilharmonie ne s’est plus jamais montrée au Québec. Et pourtant, le Festival Bach, qui a vu son sort minimalement bonifié, reste le laissé-pour-compte de la cohorte festivalière en matière de subsides : « Les soutiens publics représentent 9 % de notre budget — 3 % pour le Conseil des arts et lettres du Québec. C’est très peu. Avoir si peu d’aide, c’est être un peu comme une table à trois pieds », résume Mme Scheibler. Mais au-delà des chiffres, la fondatrice du Festival Bach est ébranlée : « Alors que nous avons tant de partenaires, avec de vrais partenariats artistiques québécois, alors que nous nous démenons, organisons nombre d’événements et avons un public en croissance, nous avons l’impression qu’après 13 ans, nous restons encore, aux yeux de certains, une sorte de corps étranger. »

Mme Scheibler n’en revient pas encore « des questions et remarques très blessantes » entendues cette année. Par exemple ? « Pendant un rendez-vous avec la personne de la Ville de Montréal responsable de l’examen de notre demande de subvention, il nous a été dit qu’une des raisons pour lesquelles nous ne recevions pas davantage d’argent était que nous étions anglophones. Non seulement dire cela explicitement est un pur scandale, mais en plus c’est faux, puisque je suis Allemande, donc allophone. J’ai la double nationalité canadienne, dans nos bureaux, il n’y a pas un anglophone et la présidente de notre conseil d’administration est Québécoise. Lors d’un autre rendez-vous, au cabinet de la ministre de la Culture à Québec, cette fois, on nous a demandé : “ Que faites-vous pour les Québécois ? On ne nous a même pas demandé ce que nous faisons pour les artistes et les musiciens québécois, mais ce que nous faisions pour les Québécois. J’ai un peu de mal à percevoir que cela ne se voit pas… »

Un feu roulant

Sans se laisser décourager, comme chaque année, le Festival Bach élabore un savant cocktail du meilleur des artistes d’ici et des visites d’artistes internationaux. L’ultime contribution de Kent Nagano, qui a soutenu le festival depuis ses débuts, se matérialisera par les cantates I à III de l’Oratorio de Noël. Les ensembles québécois qui contribueront à l’édition 2019 sont Clavecin en concert, dans une formation inusitée (Luc Beauséjour, Kerson Leong, Stéphane Tétreault, Aline Kutan), Pallade Musica, La Schola de l’Oratoire et les Idées heureuses. Le projet majeur revient au tandem formé par Arion et le Studio de musique ancienne de Montréal, qui aura le privilège de croiser la route du remarquable Andrea Marcon dans la Messe en si le 29 novembre à Saint-Jean-Baptiste. Autre grand chef, Reinhard Goebel dirigera l’Orchestre du Festival en clôture.

Par ailleurs, comme un vrai festival qui se respecte, les grandes visites et événements se succèdent pendant deux semaines. Les traditionnelles Variations Goldberg données pendant le festival le seront par le claveciniste Jean Rondeau. Excellente idée puisque cela fera un contrepoint de premier ordre à la version pour piano à venir en mai. Les Suites pour violoncelle nos 3 et 5 seront interprétées par Christian-Pierre La Marca, violoncelliste vedette de Sony, dont le programme, qui inclut une œuvre de Thierry Escaich, est un de ceux qui reflètent le thème du festival, « Bach et la musique d’aujourd’hui », fil conducteur que l’on retrouve chez le célèbre duo Tal et Groethuysen, avec des Études sur l’Art de la fugue du contemporain Reinhard Febel.

Nous serons heureux, le 1er décembre, d’accueillir à Montréal le flûtiste Maurice Steger, en compagnie de la gambiste Hille Perl et du claveciniste Diego Ares. Quant aux découvertes, ce seront celles du pianiste Aaron Pilsan dans le 1er livre du Clavier bien tempéré, le 30 novembre, et du violoniste Johannes Pramsohler, qui, le jeudi précédent, vient nous visiter avec l’excellent claveciniste Léon Berben.

Même si, selon l’analyse d’Alexandra Scheibler, les gros projets du type Yo-Yo Ma ou Lang Lang ont sur le festival un impact en matière de notoriété davantage qu’en matière d’élargissement d’audience des concerts réguliers, cette notoriété ne peut que se refléter positivement sur l’élargissement du public de base noté ces dernières saisons. « C’est, avec les moyens réduits dont nous disposons, notre défi au quotidien », résume cette combattante de la culture. Pour les Québécois !

Les concerts de la semaine

Toronto Symphony. L’Orchestre symphonique de Toronto est en visite mardi, toujours avec son chef intérimaire, Andrew Davis, en attendant l’arrivée de son nouveau directeur musical Gustavo Gimeno. Les oeuvres au programme sont Unsheltered de la Montréalaise Emilie LeBel, le 1er Concerto pour violon de Prokofiev avec Karen Gomyo et la 10e Symphonie de Chostakovitch. À la Maison symphonique de Montréal, le mardi 12 novembre à 20 h.

Frenergy. L’Orchestre national des jeunes du Canada et l’Orchestre des jeunes de l’Union européenne s’allient dans le cadre de « Frenergy », tournée commune placée sous la direction de Sascha Goetzel. Montréal, jeudi, fera partie des quatre étapes. Frenergy est le nom de la pièce de John Estacio placée en ouverture. Blake Pouliot jouera Introduction et Rondo capriccioso de Saint-Saëns, et Tzigane de Ravel. Le menu inclut aussi les ouvertures de Tannhäuser de Wagner et Guillaume Tell de Rossini, ainsi que la suite de L’oiseau de feu (1945) de Stravinski. À la basilique Notre-Dame, le jeudi 14 novembre 19 h 30 (entrée avec don pour La musique aux enfants).

Festival Bach

Du 22 novembre au 7 décembre. 5 rendez-vous à ne pas manquer : Akamus. Concertos brandebourgeois (nos 1 à 5) et Suites (nos 1, 2, 4), 26 novembre. Jean Rondeau joue les Variations Goldberg le 29 novembre. Andrea Marcon dirige la Messe en si avec Arion et le SMAM le 1er décembre. Maurice Steger, Hille Perl et Diego Ares les 3 et 4 décembre. Le dernier concert de Kent Nagano au Festival.