Leif Vollebekk montre des signes d’ouverture

«Mon précédent disque n’était que ça, des ballades. [...] J’ai réalisé qu’il me manquait quelque chose, comme un autre côté de la médaille. D’où cet album», confie l’artiste.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Mon précédent disque n’était que ça, des ballades. [...] J’ai réalisé qu’il me manquait quelque chose, comme un autre côté de la médaille. D’où cet album», confie l’artiste.

« C’est drôle, dans ma tête, le précédent disque était plus serein, et ce nouveau, vraiment triste », dit Leif Vollebekk, rencontré dans les bureaux tout neufs de la maison Secret City, juste en face du parc Jarry. Contre un mur de la cuisine repose un vieux piano droit ; il y a dans cette grande pièce des fenêtres partout, mais peu de lumière y entre en cette journée grise. Arrivé en retard, Vollebekk a la broue dans le toupet, mais toujours son large sourire. « Quand je pense à l’album d’avant, j’ai le feeling d’être tout seul dans mon appartement à ressasser plein de souvenirs de ma vie ; certains plus tristes, avec lesquels j’ai sereinement écrit des chansons… »

Ce sont les titres des deux albums, alors, qui nous donnaient cette première impression. Twin Solitude, avouez que ça sonne morose. Alors que le nouveau s’intitule New Ways. Ça donne de l’espoir. « J’écoute des albums et ensuite, je me fais des listes de lecture dans lesquelles je ne garde que les ballades, raconte Leif Vollebekk. Mon précédent disque n’était que ça, des ballades. Conséquemment, mes concerts étaient ballade après ballade, après ballade… J’ai réalisé qu’il me manquait quelque chose, comme un autre côté de la médaille. D’où cet album », qui paraît deux ans seulement après le précédent.

Leif n’a pas chômé : certaines de ces nouvelles chansons ont été composées alors qu’il finissait le boulot de mixage sur Twin Solitude. « J’ai juste recommencé à écrire et je savais comment sonnerait mon prochain disque. » Encore une contradiction : « Je suis un grand fan de Gregory Alan Isakov — je sais pas si tu connais ? Une sorte de Leonard Cohen du Colorado », en plus jeune, faut-il le préciser, l’auteur-compositeur-interprète folk (d’origine sud-africaine) n’ayant que quarante ans.

« Greg, ses textes sont juste parfaits. On a fait deux tournées ensemble. » Durant lesquelles ils ont notamment discuté de leurs méthodes de travail respectives. « Lui tournait avec un disque sur lequel il a travaillé trois ans ; moi, je venais d’en lancer un, se rappelle Leif. Je suis plus instinctif, Greg prend beaucoup de temps à fignoler chaque mot, chaque syllabe, pour que tout soit parfait. Il a peut-être raison… Enfin, j’ai vite fait un autre disque quand même », dit-il en riant.

Leif Vollebekk repart ces jours-ci en tournée. Dès mercredi à Bristol, en première partie de Half Moon Run, qu’il retrouvera à plusieurs reprises au cours de cette tournée européenne, le 9 novembre à Manchester, le 13 à Amsterdam, le 19 à Berlin, le 22 à Vienne. Cette fois avec les chansons qui groovent de New Ways, un album baignant dans la chanson pop-rock des années 1970, la chaleur du piano électrique et les moelleuses orchestrations de cordes. Une brise qui souffle de la première à la dixième pièce, une impression de mouvement, sans doute le rappel que la majorité des chansons de New Ways furent écrites en tournée.

Bousculer les chansons

New Ways est un disque « sans aucun souvenir d’enfance », insiste Vollebekk pour mieux marquer la rupture avec Twin Solitude, disque qui avait été retenu dans la présélection du prix Polaris en 2017. « Si l’autre album était plus une réflexion personnelle et solitaire, celui-ci touche plutôt les relations avec les autres, plus ouvert », notamment sur de nouvelles influences musicales, moins folk qu’auparavant.

Comme celle de Bill Withers, l’élusif chanteur soul connu pour Ain’t No Sunshine et Lean on Me, entre autres perles. « Bill Withers, lorsque je l’écoute, je n’ai pas l’impression d’écouter un musicien, commente Vollebekk. J’ai plutôt l’impression d’écouter un oncle chanter… Pour une raison étrange, on dirait que Bill Withers apparaissait partout autour de moi en faisant ce disque. Une chanson à la radio, ses disques qui jouent chez des amis. Une fois, j’écoutais une chanson de Kendrick Lamar et j’aimais le son de sa batterie, je voulais ça pour ma chanson Hot Tears. En fouillant, j’ai réalisé que c’était un échantillon d’une chanson de Withers ! »

Pour le mieux, New Ways est sanguin, voire impulsif en comparaison avec le folk précieux que Leif Vollebekk nous offrait jusqu’à présent. Lui-même sentait qu’il fallait bousculer ses chansons. « Je croyais être parvenu à quelque chose sur mon précédent album, j’avais même une belle petite arrogance, avoue-t-il, candide. Je pensais que j’avais trouvé une formule, d’une certaine manière. Plutôt un bon spot pour aller à la pêche [aux chansons] — je n’ai pas une recette pour trouver des poissons, mais je suis capable de reconnaître un endroit, une zone, où je peux aller en pêcher. Mais je réalise que la surpêche, c’est vrai — je sentais le besoin de changer d’endroit. »

New Ways

Leif Vollebekk, Secret City Records