Heureuses retrouvailles avec Karina Gauvin

Karina Gauvin en 2015
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Karina Gauvin en 2015

Le concert de samedi à la salle Bourgie nous valait la visite du Pacific Baroque Orchestra, sorte d’Ensemble Arion venu de Vancouver. Un rapprochement était plus que pertinent puisqu’on reconnaissait sur scène plusieurs musiciens qui se produisent régulièrement ici : Chloe Myers, Laura Andriani, Sari Tsuji, Noémy Gagnon-Lafrenais, Jacques-André Houle, Mika Putterman, Matt Jennejohn et le corniste de renommée internationale Pierre-Antoine Tremblay.

Ce dernier aurait dû être délégué à la présentation de tout le programme, tant il a clairement introduit le très beau Divertimento pour sept instruments à vent de Paisiello. On remerciera toutefois Alexander Weimann d’avoir fait l’effort de s’adresser en français aux spectateurs. Cela dit, la veine du genre « concerts éducatifs » commence un peu à déborder et à agacer, à l’image du cours magistral de Mathieu Lussier avant chaque pièce au dernier concert d’Arion. Yannick Nézet-Séguin a eu beaucoup de succès en instaurant cette convivialité, mais il a toujours su trouver la bonne mesure, soit une synthèse en début de concert ou en début de partie. Pour s’aventurer à autre chose, il faut être Roberto Benigni ou sa déclinaison dans le monde musical : Lorenzo Coppola. Par essence, Coppola est unique.

Une chanteuse en forme

Ceux qui ne cherchaient pas à tenter de comprendre ce que marmonnait Weimann pouvaient se reporter sur la brillante notice du programme. Un niveau de qualité pareil est assez rare pour qu’on en cite l’auteure : Christina Hutten. Alexander Weimann est heureusement beaucoup plus clair et dynamique quand il dirige. Il l’a démontré dans les scènes où la fureur de la sorcière Armide devient grandissante. L’accompagnement de l’air « Le perfide Renaud me fuit » montre le génie de Gluck et à quel point c’est lui qui pave la voie à Berlioz. Auparavant, Weimann avait débordé d’énergie dans l’ouverture du Faucon de Bortnianski. Car le sel de la soirée, outre les retrouvailles avec Karina Gauvin, était un programme d’une originalité et d’une intelligence rares autour des compositeurs de la cour de Russie de la fin du XVIIIe siècle.

Alors que la littérature russe était influencée par l’Angleterre et, surtout, la France, la musique fut marquée par une domination italienne. Et ce furent parfois des Italiens qui s’expatrièrent pour faire semblant de mêler un peu de sang russe à leur oeuvre, à l’image de la Sinfonia Cossaca de Dall’Oglio, dont le titre promet plus qu’il ne tient. L’influence italienne ira (mais ce n’était pas l’objet de la soirée) jusqu’au début du XIXe siècle. Entre Rossini et Beethoven, la Russie avait choisi Rossini, comme le montre si bien l’oeuvre d’Alexander Aliabiev.

La prestation de Karina Gauvin samedi nous a fait très plaisir. Même si la ligne vocale semblait parfois plus « sèche » et que l’Alcide de Bortnianski et le Demofoonte de Berezovski n’exposaient aucunement la voix à quelque péripétie, la tenue dramatique fiévreuse et impeccable des scènes d’Armide de Gluck (Karina Gauvin a donné « Divinités du Styx » d’Alceste en rappel) a rassuré sur sa forme vocale.

Quant au Pacific Baroque Orchestra, dans un effectif très cossu pour une telle salle, il n’a pas témoigné de couleurs particulièrement affriolantes ou de nuances creusées (mais ça, c’est plutôt l’apanage du romantisme) et l’intonation était honorable, parfois un peu stressée (air « Enfin il est en ma puissance »). Plus que le groupe, qui n’apportait rien par rapport à l’offre montréalaise, l’attrait tenait surtout au programme et à la soliste.

Pacific Baroque Orchestra

Fomine : Les cochers au relais (ouverture). Bortnianski : Airs extraits d’Alcide. Ouverture et air du Faucon. Dall’Oglio : Sinfonia Cossaca. Hasse : Ouverture de La clémence de Titus. Berezovski : Airs de Demofoonte. Grave extrait de la Sonate pour violon et clavecin en do majeur. Paisiello : Divertimento. Gluck : Airs extraits d’Armide. Karina Gauvin (soprano). Alexander Weimann. Salle Bourgie, le 2 novembre 2019.