L’OSM ne tolère plus les «incivilités»

Un différend entre le chef András Schiff et l’OSM a perturbé la présentation de deux concerts en octobre.
Photo: OSM Un différend entre le chef András Schiff et l’OSM a perturbé la présentation de deux concerts en octobre.

Engagés dans une discussion pour l’élaboration d’un protocole permettant d’éviter les dérapages lors des répétitions, la direction et le comité des musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) ont pris la plume vendredi afin de tracer une ligne claire. « Les insultes et autres formes d’incivilités » sont « dépassées et inacceptables », écrivent-ils, et l’OSM entend défendre sa nouvelle politique de « tolérance zéro » en la matière.

À travers une mise au point dont Le Devoir a eu copie, les deux parties évoquent leurs démêlés avec le pianiste et chef hongrois András Schiff, dont les concerts des 23 et 24 octobre n’ont pu avoir lieu comme prévu en raison d’un différend entre l’OSM et son invité. Cosignée par Madeleine Carreau, cheffe de la direction, Stéphane Lévesque, président du comité des musiciens, et Marc Béliveau, son vice-président, la lettre précise que le « malaise initial » dénoncé à demi-mot cette semaine résulte en fait de « l’attitude inutilement abrasive de M. Schiff, qui a tenu des propos désobligeants et irrespectueux envers une partie des musiciens, ce qui a nui à l’émergence d’une atmosphère de collaboration et de respect ».

András Schiff

En entrevue au Devoir plus tôt cette semaine, András Schiff attribuait plutôt le problème à un manque de préparation musicale de l’Orchestre dans l’oeuvre de Bartók. Pour le chef, « rien n’allait, il y avait des problèmes rythmiques plus ou moins grands […]. J’ai recommencé, trois, quatre, cinq, six fois. Rien n’évoluait. L’Orchestre était si mal préparé pour le Bartók, c’était sans espoir. »

Ce manque de préparation a été réfuté dans notre article par les musiciens comme par la direction. À la suite de la sortie avec fracas d’un musicien qui s’était levé en pleine répétition, le chef avait quitté la scène et n’avait eu, à ses yeux, d’autre choix que de renoncer à Bartók eu égard aux circonstances. Il accusait au surplus l’OSM d’avoir forcé une heureuse solution de compromis, contexte qu’il refuse maintenant d’entériner.

Dans leur lettre, direction et musiciens disent « se dissocier totalement des propos erronés du pianiste et chef d’orchestre ». La solution de compromis était le résultat d’un commun accord entre lui, son agent, la direction de l’OSM ainsi que le comité des musiciens, écrivent-ils. « Il est pour le moins étonnant que, dans l’article du Devoir, il donne désormais l’impression qu’il en a été une victime. »

Tolérance zéro

Quant au « malaise » dénoncé en début de semaine par le chef comme par l’OSM, il trouvait sa véritable source dans des « insultes et autres formes d’incivilités » que les musiciens et la direction souhaitent maintenant dénoncer à haute voix. « Ce ne sont pas les meilleurs moyens pour amener un groupe de musiciens à s’amender, à évoluer et à se dépasser, lit-on. Cette méthode n’est plus adaptée à la réalité d’aujourd’hui et n’est pas compatible avec les valeurs de respect, de dépassement de soi, de recherche d’excellence et de collaboration qui constituent le fondement des activités de l’Orchestre. »

L’OSM dit préférer un « leadership mobilisateur faisant travailler les gens ensemble vers un but commun à celui qui divise les troupes par l’intimidation et l’imposition de diktats péremptoires ».

Il rappelle avoir récemment adopté « une politique de tolérance zéro quant à ce type de conduite tout à fait dépassée et inacceptable ». Cette politique s’applique « à ses chefs invités […] peu importe leur statut ou leur réputation à l’international ».

La direction et le comité des musiciens ont tous deux décliné vendredi nos demandes d’entrevue afin de discuter ouvertement des points exposés dans la lettre, estimant que cette dernière résume parfaitement leur pensée.

M. Schiff, qui est en Asie avec son orchestre, a de son côté répliqué : «Lors de cette première répétition avec Bartók, je n'ai rien dit de mal ou d'erroné. Quand les cuivres ont mal interprété un passage pour la énième fois, avec un mauvais rythme, toujours en retard, sans parler de l'intonation, j'ai alors déclaré qu'un musicien ne devait jamais jouer un son sans le sens des responsabilités. C’est mon credo et je n’ai jamais été impoli.» 

Le chef, qui avait déjà reconnu dans notre article du 31 octobre avoir été « dur », ajoute : «Mes idées de responsabilité — un rythme précis, une intonation claire, une bonne préparation – ne sont pas partagées par les mandarins de l'OSM, a-t-il ajouté. Nous avons différentes conceptions de l'éthique musicale.»