Tout en haut, il y a Guy Bélanger

Ayant prouvé à la faveur de ses précédents disques qu’il était un virtuose, Guy Bélanger a abordé la réalisation de cet «Eldorado» avec un souci marqué pour une proposition musicale qui met en relief une palette sonore plus riche qu’antérieurement.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Ayant prouvé à la faveur de ses précédents disques qu’il était un virtuose, Guy Bélanger a abordé la réalisation de cet «Eldorado» avec un souci marqué pour une proposition musicale qui met en relief une palette sonore plus riche qu’antérieurement.

C’est bien simple. Tout en haut, à l’harmonica, celui du blues et non de la polka, les cadors actuels s’appellent Billy Branch, Jerry Portnoy, Joe Nosek, Kim Wilson et, bien évidemment, le vieux Charlie Musselwhite. Qui d’autre ? Guy Bélanger et personne d’autre ! Certain comme sûr ? Le choix vous appartient. On insiste : Bélanger n’est pas en dessous des susnommés, ni au-dessus, mais à leurs côtés ou parmi eux.

À preuve, son nouvel album intitulé Eldorado paru sous étiquette Bros et qu’il décline actuellement sur scène avec ses camarades à travers le Québec, notamment le 1er novembre, au Lion d’Or. Il va sans dire que cette production est une suite aux précédentes. Logique, la suite ? Ce n’est pas si simple.

Lorsqu’on a rencontré cet homme qui est l’amabilité même, il nous a confié que pour son avant-dernier album Traces & Scars « le scénario prévu consistait à proposer des couleurs différentes. Mais voilà, il y a eu la mort de Bob [Walsh]. Ce fut un coup dur. Tout naturellement, le scénario a pris une autre tangente, une autre couleur. »

Ceci permet de préciser cela : la maîtrise instrumentale de Bélanger étant achevée, l’homme ayant prouvé à la faveur de ses précédents disques qu’il était un virtuose, il a abordé la réalisation de cet Eldorado avec un souci marqué pour une proposition musicale se résumant à la mise en relief d’une palette sonore plus riche qu’antérieurement. CQFD : il est revenu au plan prévu pour Traces.

Bon. Entre-temps, il y a eu, c’est idiot à dire, l’expérience accumulée tout d’abord et méditée par la suite. « J’ai joué pour le Cirque du Soleil à Dubaï. Et comme je suis une éponge, je me suis imbibé des sonorités de l’endroit. Ensuite, sur le chemin du retour j’ai joué dans un club de blues à Londres. »

À ces parenthèses géographiques se sont greffées les bandes sonores qu’il a signées pour son frère, le cinéaste de Gaz Bar Blues, Louis de son prénom. « Pour lui, j’ai composé les musiques de Vivre à 100 milles à l’heure et des Mauvaises herbes. Je me suis retrouvé avec beaucoup de matériel qu’il n’a pas utilisé et que j’ai décidé d’utiliser à mon profit. »

On l’aura deviné, la palette musicale de cet Eldorado est riche, dans le sens le plus ample du terme. C’est d’ailleurs ce qui permet de qualifier cet album d’étonnant, voire de très séduisant. Car il ne s’agit pas là d’un énième disque de blues, mais bien d’une production que l’on pourrait ranger à la rubrique Americana, comme on dit souvent désormais.

Car les morceaux strictement blues s’intercalent avec des pièces qui rappellent les inclinations Tex-Mex de Calexico, à commencer par le titre, celles paresseuses de J. J. Cale sans oublier celles dont l’exécution est parfois une addition de clins d’oeil aux standards de jazz comme Wicked ou Four Little Words (We Need to Talk). À ces pièces, il faut ajouter son interprétation de Bright Side of The Road de Van Morrison — « Je l’adore ». Et Dubaï ? La capitale de la bourse mondiale de la perle — oui, oui, oui… — est la proposition principale de Ganga.

De ce disque, il faut souligner le boulot remarquable à tous égards de Marc-André Drouin à la basse, Michel Dufour à la batterie et Rob McDonald aux guitares. Ce diable d’homme a une maîtrise de la ponctuation qui rappelle souvent le jazzman Kenny Burrell.

Cela étant, Eldorado propose un morceau qui vaut à lui seul l’acquisition du tout : Hummin’. Pour ce blues de facture classique, Bélanger a eu l’idée géniale d’inviter le violoncelliste Eric Longsworth. Pour cette pièce, on dit bravo. Et pour les autres ? Chapeau.


Eldorado

Guy Bélanger, Disque Bros. En spectacle le 1er novembre au Lion d’Or. En tournée au Québec cet automne.