Le plaisir simple et grisant de Bon Enfant

Le groupe  Bon Enfant  est composé  de Daphné Brissette  (au centre),  Mélissa Fortin, Étienne Côté (2e à gauche), Guillaume Chiasson  (à gauche)  et Alex Burger (à droite).
Valérian Mazataud Le Devoir Le groupe Bon Enfant est composé de Daphné Brissette (au centre), Mélissa Fortin, Étienne Côté (2e à gauche), Guillaume Chiasson (à gauche) et Alex Burger (à droite).

Le groupe Bon Enfant, étonnante mais magnifique fusion des univers de la chanteuse de Canailles et d’un des rockeurs de Ponctuation, a mis au monde vendredi un premier disque. Le résultat assez pop et rempli de références seventies sonne comme une tonne de brique et gonfle le cœur de l’auditeur d’un plaisir simple mais grisant.

Au centre de ce nouveau projet livré à cinq musiciens, il y a le noyau dur composé de Daphné Brissette et de Guillaume Chiasson, deux amis de longue date, maintenant presque voisins, mais dont les affiliations musicales peuvent sembler incompatibles.

« J’imagine que les gens vont se dire : “Hein, Daphné et Guillaume qui jouent ensemble ?” », dit en riant le grand guitariste frisé. C’est un peu vrai, même pour ceux qui suivent de près la scène alternative d’ici. Lui a fait sa marque avec des sons assez bruts, distordus et baignés d’effets divers. Elle est plutôt associée à un folk-bluegrass qui fait craquer les planches de bois.

« Chaque fois qu’on se voyait, on se disait qu’un jour on ferait de la musique ensemble, explique Guillaume. Et quand j’ai quitté Québec pour déménager à Montréal, il y a trois ans, c’est devenu possible pour vrai. »

L’amitié est donc au centre de la création de Bon Enfant, mais Daphné précise que, malgré les apparences, les deux partageaient de nombreuses références musicales. « Quand on a parti ça, on se disait que ça serait le fun de faire un western spaghetti, Nancy Sinatra-Lee Hazelwood-ish, québécois », raconte la chanteuse dont la voix peut évoquer celle de Janis Joplin.

« Mais, finalement, les tounes qu’on écrivait, c’était pas tant ça, dit Guillaume en rigolant. Et même qu’à un certain point, ça nous tentait plus de faire ça. C’est devenu quelque chose de plus pop, et ça nous faisait du bien à tous les deux de créer ça. »

Bon Enfant est effectivement un disque pop, mais pas dans le sens commercial du terme. Les titres se basent sur des refrains forts, des structures simples, et des références très québécoises dans le chant, mais souvent ancrées à la fois dans une réalité actuelle et enracinées dans un sol américain plutôt seventies.

Les guitares bluesées, voire funk, prennent une belle place, mais les claviers volent la vedette, et créent un écrin idéal pour que la voix de Brissette s’éclate. On entend du Queen (Aujourd’hui), du CCR (Liste noire), voire le son un peu inquiétant de Malajube sur Faux pas. Cette dernière flirte même, dans ses premières notes, avec le jingle du Barbies Resto Bar Grill — mais ça, c’est peut-être vraiment juste nous, chacun porte ses démons.

Guillaume s’étonne encore de la place que prennent les claviers sur Bon Enfant, notamment parce que sa collègue n’a jamais été chaude à leur présence. Elle fait un peu la moue. « Après, c’est une question de nuance et d’arrangements. Dans la musique que j’écoute, il y en a tout le temps, mais j’haïs ça quelqu’un qui se pogne un synthé et qui tripe avec son nouveau jouet. Mais où est la musique ? C’était tout le temps cette question-là qui revenait au final. »

Le guitariste se souvient d’avoir fait écouter les premières chansons à Jonathan Robert, du groupe Corridor. « Il m’a dit : “Criss, ça fait penser à Corbeau et Fleetwood Mac ensemble.” Il avait tout compris. »

Donc, selon la comparaison, Daphné serait un genre de Marjo moderne ? Dans le rapport aux mots et au chant, oui. « Ces chansons-là, pour moi, c’est un beau terrain de jeu. J’ai quand même une grosse voix qui porte, alors je suis allée écouter du Diane Dufresne, du Marjo. Arriver avec une toute nouvelle manière de chanter, un nouveau son, c’est toujours délicat. Moi, je suis très queb assumée, alors il fallait trouver une façon de faire qui soit cohérente et pas quétaine. »

Métier

Bon Enfant est complété par Mélissa Fortin et Étienne Côté (aussi dans Canailles) ainsi que par Alex Burger, qui s’est démarqué aux dernières Francouvertes. Les chansons, signées par les deux meneurs du groupe, sont pour la plupart assez joyeuses, mais les textes restent empreints de doutes, de questionnements, par la peur aussi de rester immobile.

« C’est mon angoisse personnelle de tous les jours, de trentenaire ! avoue en riant Daphné. Ça parle de moi qui est une artiste, qui fait ça de sa vie, même si souvent c’est bizarre et que c’est pas toujours stable. […] Musicien, c’est pas la pire des jobs, mais c’est celle qui me fait le plus de mal à quelque part. Et c’est celle que j’aime le plus. C’est très confrontant. »

Bon Enfant devient donc le projet principal des deux musiciens et de leurs trois collègues. D’autant que, pour Canailles, « je te dirais que le char est dans le garage ! » explique Daphné. C’est un peu la même chose pour Ponctuation, dit Guillaume, qui joue aussi avec Jesuslesfilles et The Blaze Velluto Collection.

« Moi, j’aime garder mes attentes très basses ; c’est de la musique au Québec, dit Daphné. Mais, c’est sûr que j’ai envie de faire des spectacles. Je suis tellement motivée par les tounes, le projet et le band, que je vais aller chercher le monde un par un s’il le faut ! »

Alors, si ça fait « Ding dong » à la porte, c’est peut-être Bon Enfant. Ouvrez donc.

Bon Enfant

Bon Enfant, Ambiances ambiguës. Déjà en magasin.