Gala de l'ADISQ 2019: le coeur au piano

Alexandra Stréliski, a remporté deux statuettes, celles de l’auteure-compositrice de l’année et de la révélation de l’année.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Alexandra Stréliski, a remporté deux statuettes, celles de l’auteure-compositrice de l’année et de la révélation de l’année.

Si Les Louanges avait brillé mercredi lors du Premier Gala de l’ADISQ en remportant trois statuettes, Vincent Roberge est pourtant reparti bredouille dimanche soir lors de la grande fête de la musique. Ce sont plutôt les deux auteures-compositrices et pianistes Alexandra Stréliski et Cœur de Pirate qui se sont illustrées avec deux trophées chacune lors d’une soirée marquée aussi par la pétillante scène rap du Québec.

Stréliski, une des principales figures de proue de la tendance néoclassique qui a secoué les palmarès musicaux et les bilans de ventes des derniers mois, a gagné le Félix de l’auteure-compositrice de l’année ainsi que celui de la révélation de l’année. Deux statuettes, disons-le, rarement attribuées à des créateurs de musique instrumentale. L’exploit n’est pas mince et la pianiste s’est montrée aussi touchée qu’étonnée. « Il ne faut pas sous-estimer la force de la douceur, a lancé Stréliski après avoir été élue révélation de l’année. Je suis une femme qui joue de la musique instrumentale. Les filles : bravo, continuez à briller, on en a besoin. »

Dans cette soirée où six des douze prix ont été remportés par des femmes, Cœur de Pirate est aussi repartie à la maison avec deux Félix en main. Son dernier effort, En cas de tempête, ce jardin sera fermé, a gagné le trophée de l’album pop de l’année, et Béatrice Martin a aussi été couronnée interprète féminine de l’année. Son disque aux chansons très personnelles, ancrées dans une époque post-#MeToo, aura frappé dans le mille. Comme Alexandra Stréliski, la chanteuse s’est montrée fort surprise de ses deux gains. « Je suis juste contente d’être encore là », a-t-elle laissé tomber avant de remercier sa fille. « J’espère être une bonne interprète féminine surtout pour elle, »

L’édition 2019 marquera un autre jalon pour le rap québécois à l’ADISQ, dont les membres ouvrent de plus en plus leurs bras au genre. D’abord, plusieurs artistes hip-hop sont montés sur la scène en ouverture de soirée : Loud, Koriass, FouKi, Sarahmée et Souldia. Les deux derniers étaient même installés au balcon de Wilfrid-Pelletier, où se tenait la remise du prix.

Plus tard, Loud, dont le flot et les rythmes séduisent à la fois le Québec et la France, a été élu interprète masculin de l’année. Il est ainsi devenu le premier rappeur à remporter un prix dans cette catégorie où la chanson et la pop sont reines depuis des lunes.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Loud est le premier rappeur à obtenir le prix d’interprète masculin de l’année.

Quant au Félix du disque rap de l’année, remis depuis quelques années lors du grand gala du dimanche, il a été remis au groupe Alaclair Ensemble pour Le sens des paroles. La formation avait déjà gagné dans cette catégorie en 2017.

Louis-José Houde, encore le grand meneur de la fête musicale québécoise — c’est sa 14e présence à l’animation —, a livré un monologue d’ouverture efficace autour du thème de la rançon de la gloire, jouant aussi sur l’impact de la forte scène de l’humour sur les concerts. Après quelques petits jabs sympathiques, il a conclu avec une belle déclaration d’amour aux musiciens : « Les jeunes, vous êtes chanceux, les vieux, vous êtes mines d’or. » Au fil du gala, il s’est révélé presque plus drôle avec des sketchs sur FouKi et Musique Plus — en piano nostalgique.

Comme il l’avait déclaré en amont de la soirée, Houde n’a pas évoqué le cas d’Éric Lapointe, qui fait face à des accusations de voies de fait contre une femme. Lapointe, qui a annulé ses activités du moment en plus de laisser tomber son rôle de coach à l’émission La voix, avait fait un passage mercredi au Premier Gala de l’ADISQ mais était absent dimanche. Le chanteur était un des finalistes dans la catégorie de l’interprète masculin de l’année.

Parmi les faits marquants de la soirée, il faut mentionner la prise de parole de Pierre Lapointe, qui a profité de sa présence sur scène pour haranguer les politiciens nouvellement élus au sujet des géants du numérique, notamment Spotify.

« On se fait voler depuis plusieurs années par des multinationales qui viennent faire de l’argent au Canada et qui sont comme par magie exemptées d’impôts. » Il a noté que pour un million d’écoutes de Je déteste ma vie, dont il a écrit paroles et musique, il n'avait reçu que 500 $.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Pierre Lapointe a profité d'un temps de parole pour demander aux politiciens d'agir au sujet des géants du numérique, comme Spotify.

Ce 41e Gala de l’ADISQ aura aussi été une soirée d’équilibre entre les recrues et les vétérans. Michel Rivard, par exemple, a gagné un 13e trophée en carrière, cette fois dans la catégorie du spectacle de l’année pour un auteur-compositeur-interprète, pour son exercice flirtant avec le théâtre documentaire, L’origine de mes espèces.

La grande Ginette Reno, qui a poussé la note avec les Petits chanteurs du Mont-Royal, a gagné une statuette dans la catégorie du meilleur album adulte contemporain. « J’ai regardé dans le dictionnaire — contemporain, ça veut dire vieux, je pense, a lancé Reno. Je suis très émue, je suis comme une vraie petite fille ! »

Fred Pellerin est quant à lui reparti avec le prix du meilleur album folk, qu’il comptait bien aller porter « au bureau de poste de Saint-Élie-de-Caxton, parce que les fiertés partagées sont ben plus grandes que celle qu’on garde pour nous autres. »

Pour une première fois, l’ADISQ remettait un trophée pour l’artiste autochtone de l’année. Tandis que plusieurs voyaient Elisapie comme favorite — son disque ayant été finaliste au prix Polaris —, c’est plutôt le patriarche Florent Vollant qui a vu son nom gravé sur cette toute première statuette. Après avoir pris la parole en innu sur les ondes du diffuseur public, Vollant a fait rire la foule en disant : « Soyez sans crainte, nous venons en amis. » Qualifiant cette première occurrence d’un prix autochtone, le musicien a remercié l’ADISQ « de nous avoir fait cette place. Soyez sans crainte, on va la prendre parce qu’on n’est pas ici juste parce qu’on est autochtones, on est ici parce qu’on est bons ! »

Les dernières catégories, dont le gagnant est en partie issu d’un vote populaire, ont permis de récompenser Bleu Jeans Bleu en tant que groupe de l’année — et la foule a chanté à tue-tête leur tube Coton ouaté —, alors que Des p’tits bouts de toi, de Roxane Bruneau, a été élue chanson de l’année.

La soirée a été ponctuée de nombreuses performances musicales, dont plusieurs doublés porteurs, comme Ariane Moffatt avec Les Louanges et Alexandra Stréliski avec Elisapie. Marie-Mai a aussi livré une chanson dans un décor et des éclairages imposants.

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