«Fidelio», un luxueux projet

Cette production s’inscrit très clairement dans les retombées positives pour la métropole du rayonnement international grandissant de Yannick Nézet-Séguin (sur la photo) et de sa position au Metropolitan Opera.
Photo: François Goupil Cette production s’inscrit très clairement dans les retombées positives pour la métropole du rayonnement international grandissant de Yannick Nézet-Séguin (sur la photo) et de sa position au Metropolitan Opera.

L’alliance de l’Opéra de Montréal et de l’Orchestre Métropolitain nous vaut la présentation en version de concert de l’unique opéra de Beethoven, Fidelio, vendredi et dimanche à la Maison symphonique de Montréal. L’occasion est précieuse et rare.

Rare, d’abord, parce que l’opéra allemand est un parent assez pauvre de la programmation de l’Opéra de Montréal, qui, heureusement, a tout de même mis à l’affiche un Or du Rhin assez récemment. Précieuse, ensuite, parce que cette production s’inscrit très clairement dans les retombées positives pour la métropole du rayonnement international grandissant de Yannick Nézet-Séguin et de sa position au Metropolitan Opera.

Car ce n’est pas « juste » Fidelio que l’on va proposer à la Maison symphonique, mais un Fidelio avec une distribution de très grande maison d’opéra internationale, une « ligue » à laquelle l’Opéra de Montréal, malgré son louable travail, n’appartient pas. Ainsi, la venue à Montréal, dans le rôle de Leonore, de la Norvégienne Lise Davidsen, 32 ans, est tout simplement la visite de la plus convoitée des nouvelles grandes voix de sopranos de type « wagnéro-straussien » du métier. Michael Schade devrait avoir aujourd’hui la stature de roc qui convient à Florestan face au méchant Pizarro, campé par Luca Pisaroni, le Don Giovanni du Met, un baryton que toutes les scènes s’arrachent. Raymond Aceto sera la basse Rocco et il est particulièrement touchant de voir que Yannick Nézet-Séguin se soit souvenu de Kimy McLaren, son inoubliable Marie du projet Wozzeck à Orford il y a 15 ans déjà, pour le rôle de Marcelline.

Hymne à l’amour et au courage

Fidelio tel que nous le connaissons est le fruit d’un long processus créatif. L’opéra de 1814 est la troisième mouture d’une composition entamée au début de 1804 et achevée au milieu de l’année 1805. Le premier opéra, Leonore, créé en novembre 1805 fut immédiatement remanié et redonné en mars 1806. En 1814, de début mars au 15 mai, Beethoven révisa tout et composa une nouvelle ouverture. Il s’agissait d’un travail soigneux d’articulation pour renforcer le drame et sa cohésion, en passant pour cela par la révision du livret. Il s’agissait véritablement de faire du neuf avec un matériau existant.

Si Fidelio portait initialement le titre Leonore ou l’amour conjugal, c’est que le personnage central en est Leonore, la femme de Florestan, emprisonné par le cruel Pizarro, dont Florestan a démasqué les turpitudes. Leonore se déguise en homme, se fait passer pour un orphelin et se fait engager sous le nom de Fidelio comme aide-geôlier dans la prison où Florestan est incarcéré. Sous son accoutrement, Fidelio suscitera l’amour de Marcelline, la fille du geôlier Rocco. Le courage de Leonore parviendra notamment à sauver Florestan d’une tentative d’assassinat de Pizarro puis à le libérer. Pizarro démasqué, le ministre Don Fernando et le peuple salueront la sortie des prisonniers politiques et du couple glorieux sous l’égide de la liberté, de la fraternité et de l’égalité.

Ce Fidelio en version de concert sera la première coproduction entre l’OM et l’Opéra de Montréal. La direction de cette institution est bien consciente de l’occasion qui s’offre à elle. « Nous sommes toujours fiers de travailler avec Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain, notre orchestre principal, et nous nous réjouissons de recevoir à Montréal ces très grands noms de la scène lyrique actuelle », affirme Patrick Corrigan, directeur général de l’Opéra de Montréal dans un communiqué, ajoutant : « Nos deux organismes ont un réel désir de continuer à faire évoluer ce lien fort qui nous unit, afin d’emmener les Montréalais vers des sommets musicaux toujours plus hauts. »

Fidelio

Avec Lise Davidsen (Leonore), Michael Schade (Florestan), Luca Pisaroni (Pizarro), Raymond Aceto (Rocco), Kimy McLaren (Marcelline), Jean-Michel Richer (Jaquino), Alan Held (Fernando), Choeur de l’Opéra de Montréal, Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Coproduction Opéra de Montréal / Orchestre Métropolitain. À la Maison symphonique de Montréal, vendredi 25 octobre à 19 h 30 et dimanche 27 octobre à 15 h .