«Telemann à Paris»: un apéritif

En choisissant de garder les deux oeuvres de Telemann, Mathieu Lussier a opté pour la préservation des prestations solistes de Vincent Lauzer, plutôt que pour le maintien de la couleur française, aventureuse et originale de son programme.
Photo: Annie Éthier En choisissant de garder les deux oeuvres de Telemann, Mathieu Lussier a opté pour la préservation des prestations solistes de Vincent Lauzer, plutôt que pour le maintien de la couleur française, aventureuse et originale de son programme.

Arion entamait jeudi sa 39e saison, placée sous la direction artistique conjointe de Claire Guimond et Mathieu Lussier. Cette saison a aussi pour nouveauté, au poste de violon solo, une rotation entre trois violonistes, issues du processus de sélection de l’an passé : Chloe Myers, Noémy Gagnon-Lafrenais et Tanya LaPerrière. C’est cette dernière qui oeuvre à l’occasion de ce premier programme que le codirecteur artistique Mathieu Lussier a été invité à diriger.

Une dernière nouveauté est le passage de 19 h à 18 h du concert du jeudi, dit de la « Série des Premières ». Jusqu’ici, ce menu d’un peu plus d’une heure sans pause ne privait que très marginalement les (rares) mélomanes qui optent pour la formule. En effet, en général, une oeuvre mineure du programme complet était simplement mise de côté pour raccourcir le concert.

Dans le cas de « Telemann à Paris », pour la première fois, c’est tout l’équilibre, voire le sel, du concert, qui se trouve chambouler. Manquaient aux spectateurs du jeudi : le Concerto pour flûte op. 11 n° 5 de Jacques-Christophe Naudot, les Symphonies pour les fêtes grecques et romaines de François Colin de Blamont et l’ouverture de Scylla et Glaucus de Jean-Marie Leclair.

On peut considérer que c’est le coeur même de l’originalité du projet artistique qui passait à la trappe. En choisissant de garder les deux oeuvres de Telemann, Mathieu Lussier a opté pour la préservation des prestations solistes de Vincent Lauzer, plutôt que pour le maintien de la couleur française, aventureuse et originale de son programme. C’est un choix, mais on peut douter que ces notables privations vont aider à relancer la « Série des Premières », car jamais les mélomanes attirés par le concept n’avaient été ainsi pénalisés.

Dans l’ensemble, il n’y a pas de véritable thème « Telemann à Paris », car Paris n’a pas eu d’influence patente sur Telemann. D’un côté, il y a donc deux concertos pour flûte à bec de Telemann, dont un pour flûte à bec et basson, qui brillent par des mouvements vifs très réussis et permettent d’inviter le grand virtuose Vincent Lauzer qui n’a guère d’autres débouchés. De l’autre, il y a du baroque français choisi avec grande originalité. Nous en avons eu, jeudi, deux oeuvres sur cinq qui montraient bien, déjà, la proéminence des bois dans l’orchestre français (magnifiques hautbois) et ce « grand style » très reconnaissable.

Arion était en très belle forme. S’il ne s’était agi de commenter ce programme au plus vite avant les reprises du concert, nous aurions volontiers assisté aux représentations complètes.

Telemann à Paris

« Série des Premières », Francoeur : Ouverture des symphonies pour le festin royal du comte d’Arbois. Telemann : Concerto pour flûte à bec et basson en fa majeur TWV 52:F1. Concerto pour flûte à bec en do majeur TWV 51:C1. Rebel : La Fantaisie. Vincent Lauzer (flûte à bec), Arion, Mathieu Lussier (basson et direction). Salle Bourgie, jeudi 17 octobre. Reprises vendredi, samedi et dimanche.