Michel Louvain au Cabaret du Casino: la belle sortie

Son public est venu pour voir Michel Louvain, lui, chic et «swell» et en forme, mais aussi pour se rappeler des moments où leur propre «belle vie» a coïncidé avec la sienne.
Photo: Laurence Labatt Son public est venu pour voir Michel Louvain, lui, chic et «swell» et en forme, mais aussi pour se rappeler des moments où leur propre «belle vie» a coïncidé avec la sienne.

En file, dans l'étroit hall ou l'on débouche, en fin de parcours du combattant (aller au Casino de Montréal pour une autre raison que le jeu constitue un sacré défi), une dame est dépitée. Son «Michel», lui apprend-on, ne se prête plus à la séance de dédicaces. Elle a apporté une photo d'elle à seize ans «avec Michel». Ça doit dépiter l'artiste aussi, qui a toujours tenu à rencontrer son monde. Eh! Pas le choix, Michel Louvain doit un tant soit peu s'économiser, «tout donner au spectacle», comme dit le préposé à la table de marchandises (qui propose quelques exemplaires de La belle vie, le plus récent album, et de Crooner, celui d'avant).

«Merci de venir entendre mon nouveau tour de chant», dit Michel Louvain vraiment content. Il y a de la gratitude et de la fierté à parts égales dans le ton. Sa tournée, qui n'a que trois soirs de rodage dans le corps, va le mener jusqu'en 2021: les gens font «aaaaah» quand il le précise. Se projeter dans l'avenir, contempler la suite d'une carrière ravit autant les fans que leur idole. Ça veut dire que ça se peut à 82 ans comme ça se pourra à 84: durer. Mieux, durer ensemble.

Le renouvellement et la continuité

L'effort de renouvellement du répertoire est notable. Plaire, c'est l'impératif, le seul patron. À la demande de Michel Louvain sur sa page Facebook, certains titres ont été suggérés par les gens: ainsi obtient-on Les roses de Picardie (Dansons la rose), qui lui va parfaitement. On a aussi droit à C'est mon coeur qui chante clair: reprendre du Ginette Reno est un peu trop hardi. Pas grave. Quand il se mêle dans les paroles, il se dénonce lui-même. Son public rit gentiment: leur Michel a des oublis, quoi de plus naturel, ça les rapproche encore plus.

Arrive le premier de plusieurs «medleys» prévus au programme: c'est très gagnant, ces pots-pourris, ça permet d'inclure plus d'une trentaine de titres, par thèmes et genres. On a le bon goût de ne pas trop écourter les chansons, de sorte que le public se sent comblé. Il ne s'agit pas d'expédier la soirée, mais de sentir au contraire qu'elle s'allonge. «Vous amusez-vous, au moins?», demande le chanteur de charme, d'une candeur encore et toujours irrésistible.

Des audaces et des récompenses

Les rendus varient, selon les choix. Besame Mucho, c'est parfait. Plus difficile de revisiter Monique Leyrac. Pas évident de suivre le phrasé de C'est toute une musique. Le transparent Michel Louvain l'admet volontiers. «Excuse-moi, Monique, j'ai bafoué ta chanson...» Les gens, indulgents, lui répliquent: «Non! C'était beau!»

«Avec la musique, on s'ennuie jamais, on n'est jamais seul», résume-t-il. C'est le but du «medley» de grands succès d'hier et d'avant-hier: ce ne sont pas ses succès à lui, mais ça fait plaisir aux gens, c'est l'essentiel. Encore là, notre cher crooner sait faire: il cartonne avec C'est la faute au bossa nova (popularisée par Margot Lefebvre), N'oublie jamais (Raymond Berthiaume au temps des Three Bars), Tu te souviendras de moi (Marc Gélinas), Un baiser de toi (Robert Demontigny). Ici et là il s'égare (Salut les amoureux, Chante la vie chante, vraiment?), mais qui s'en soucie? Faire le Gilles Girard des Classels (oui, il ose interpréter Ton amour a changé ma vie) est une sacrée commande, mais le plaisir que prend Louvain à chanter la fameuse ballade justifie «toutes les fautes» (c'est lui qui le dit).

Ses succès à lui

Tout ça est bien plaisant. Le retrouver avec La dame en bleu n'est pas moins bienvenu. Et chanté par tous. On veut qu'il fasse ses propres succès, quand même! Le «medley» country n'est pas inintéressant (du Neil Diamond, du Anne Murray, du Carpenters, du Patrick Norman...), mais dilue un peu la sauce. Cela s'entend quand, dûment acclamé, il lance ses Buenas Noches Mi Amor, Ay! Mourir pour toi, et surtout quand il aligne ses «chansons à prénom»: Lison, Louise, Linda , Sylvie, imparables et adorées.

Son public est venu pour le voir, lui, chic et swell et en forme, mais aussi pour se rappeler des moments où leur propre «belle vie» a coïncidé avec la sienne. Le public sortira du Casino avec Un certain sourire, sur les lèvres et dans les coeurs: au Québec, cette chanson appartient à Michel Louvain plus qu'à Johnny Mathis. Et à celles et ceux qui, depuis plus de six décennies, ont fait de «leur» Michel un ami pour la vie.