L'éclatante lumière de Morten Lauridsen

Le chef d'orchestre Jean-Marie Zeitouni
Photo: I Musici Le chef d'orchestre Jean-Marie Zeitouni

Les compositeurs contemporains Guillaume Connesson et Morten Lauridsen se partageaient la vedette du concert Lumière éternelle d'I Musici, mardi soir à la salle Bourgie. C'est Lux Aeterna, l'oeuvre de Morten Lauridsen qui laissera une empreinte mémorable.

Mesurons-nous notre chance ? Quatre jours après l'incroyable 2e Concerto pour violoncelle de Peteris Vasks présenté par Les Violons du Roy, l'autre grand orchestre de chambre du Québec nous proposait Connesson et Lauridsen. L'inventivité des uns (et on y ajoutera, dans un autre genre, celle du programme baroque français de Mathieu Lussier cette semaine à Arion) permet à d'autres programmateurs de la métropole de dormir au gaz. Mais ça, c'est un autre problème.

Une découverte totale, donc, avec ces Liturgies de lumière, pour choeur et orchestre de chambre de Connesson, créées au printemps dernier et dont, sauf erreur, il n'existe pas de trace sonore et une découverte relative avec le Lux Aeterna de Lauridsen, la version « complète » sous forme de Requiem en cinq volets avec orchestre d'une durée d'une demi-heure, partition déjà enregistrée et accessible.

Une musique d'hier

Connesson semble en roue libre dans Liturgies de lumière. Il a atteint un stade de développement de son langage tel que quelques notes suffisent à le classer instantanément dans la grande lignée française post Ravel et Debussy. À ce stade, c'est tellement Roussel-Poulenc-Honegger que même Dutilleux, trop complexe ou abstrait sans doute, est évacué, ce qui donne une curieuse sensation de « musique d'hier » plutôt que de « musique d'aujourd'hui ». Ironiquement, le choix de deux poèmes de Charles Van Lerberghe (1861-1907) rattache Connesson à Fauré qui a mis en musique dix poèmes de ce poète dans La Chanson d'Ève, opus 95. Entre Métamorphise et Mirage, un poème en latin de Hildgardevon Bingen, traité avec retenue, de manière plus hymnique.

Évidemment Connesson est un grand compositeur, mais il y a dans ses grands jalons tels que Supernova ou Flammenschrift une « nécessité exaltante » que nous n'avons pas ressentie hier soir en découvrant Liturgies de lumière. Nous nous sommes même demandé si Thierry Escaich n'aurait pas été plus inspiré par le sujet.

Peut-être aussi que, dans l'agencement du concert, brûler le « scoop » d'entrée et l'éteindre avec l'anachronisme complet d'une juxtaposition improbable avec le Dixit Dominus de Vivaldi était la plus mauvaise mise en contexte possible.

Empoigné avec ferveur et carrure, ce Vivaldi a vu les solistes féminines dominer leurs homologues masculins, sans que rien ne fût déshonorant. Tous ces solistes chantaient dans le choeur ce qui donnait au pupitre de sopranos notamment un cachet de grand luxe qui servit ensuite la musique de Lauridsen.

Après la pause, un bref choeur de Brahms, avec des voix bien fondues mit la table pour le clou de la soirée, Lux Aeterna de Morten Lauridsen. Ici pas de décalque de quoi que ce soit : on identifiait aisément le langage de l'un des compositeurs phares de la nouvelle musique chorale, celui que l'on connaît à travers les sublimes Chansons des roses d'après Rilke.

De longues lignes mènent de manière générale à la domination de sopranos cristallines. Sur une demi-heure on se dit que le procédé va être un peu récurrent, mais il faudrait un zeste de mauvaise foi pour prétendre qu'on ne se laisse pas avoir, ou bien que cela ne marche pas. Car Lauridsen est un orfèvre : il sait exactement quand détendre l'atmosphère (O Nata Lux – Veni, Sancte Spiritu), quand ne pas en rajouter.

La plastique des voix du choeur réuni ad hoc par Jean-Marie Zeitouni et l'abnégation d'I Musici, qui n'avait pas sur ses pupitres un texte musical de la hauteur de La nuit transfigurée, mais a tout joué consciencieusement, ont fait le reste.

Lux Aeterna de Lauridsen a donc abouti en séance d'hypnose vocale. C'est exactement l'effet visé. Chapeau, les artistes !

Lumière éternelle

Connesson : Liturgies de lumière. Vivaldi : Dixit Dominus RV 807. Brahms : Geistliches Lied op. 30. Lauridsen : Lux Aeterna. Myriam Leblanc et Magali Simard-Galdès (sopranos), Rose Naggar-Tremblay (mezzo), Jacques-Olivier Chartier et David Menzies (ténors), Choeur de chambre, I Musici, Jean-Marie Zeitouni. Salle Bourgie, mardi 15 octobre.