Qui sont ces femmes qui dirigeront l’Orchestre Métropolitain?

Très longtemps marginalisées, les femmes cheffes d’orchestre prennent aujourd’hui leur revanche.
Photo: Antoine Saito Très longtemps marginalisées, les femmes cheffes d’orchestre prennent aujourd’hui leur revanche.

Jeudi, sur la scène de la Maison symphonique de Montréal, la Symphonie du Nouveau Monde sera empoignée par une cheffe d’orchestre, Alondra de la Parra, à la tête de l’Orchestre Métropolitain. La présence massive des femmes au pupitre de l’orchestre cette saison est le signe d’une évolution rapide du métier de chef d’orchestre, qui attire de plus en plus de femmes. Qui sont celles que Yannick Nézet-Séguin a choisies ?

Très longtemps marginalisées, les femmes cheffes d’orchestre prennent aujourd’hui leur revanche. Elles ont, à la Philharmonie de Paris par exemple, leurs propres compétitions de direction et les agences d’artistes semblent désormais en signer davantage que de jeunes hommes, comme si ces officines qui dictent les tendances anticipaient une immense vague de féminisation du métier.

Figures de proue

En titrant, en février 2016, « Femmes chefs d’orchestre : la fin d’un tabou »,
Le Devoir avait anticipé ce mouvement. Avec trois ans et demi de recul, certaines considérations alors exprimées ne manquent pas de sel. Ainsi, on lisait : « On a attendu quelque temps que cette vague soit lancée par la Finlandaise Susanna Mälkki […] que l’on pensait appelée à de plus hautes destinées. » Confirmation depuis : Susanna Mälkki, la première testée dans le processus de sélection du successeur de Kent Nagano, fut l’un des deux grands flops dudit processus.

Nous avions identifié Mirga Gražinyte-Tyla, en poste à Birmingham, comme le laboratoire du succès : « Si Gražinyte-Tyla s’impose rapidement, une vague de fond déferlera, dont profiteront quelques artistes vraiment intéressantes… » Cette pression reste forte, au prix même de « fake news » farfelues pour entretenir « buzz » et mythe autour de cette artiste. On est allé jusqu’à lire qu’elle avait rejeté l’offre de l’OSM de succéder à Kent Nagano ! En général, dans ce genre de situations, il convient de comprendre l’inverse…

 
Photo: Oscar Turco Alondra de la Parra, Mexicaine de 38 ans, a été formée à la Manhattan School of Music et a émergé il y a une dizaine d’années dans le métier.

Au terme du tour d’horizon de 2016, nous écrivions : « La pression la plus effrénée se fait en ce moment sur l’Américaine Karina Canellakis, assistante à Dallas et atout de l’agence Askonas Holt qui lança Dudamel. La Mexicaine Alondra de la Parra, nommée à Aukland, les Polonaises Marzena Diakun et Patrycja Pieczara, les Finlandaises Anu Tali et Dalia Stasevska et des solistes reconverties, telles la violoncelliste Han-na Chang ou la chanteuse canadienne Barbara Hannigan, seront aux premières loges pour ce changement ».

Dans les faits, Canellakis a déjà remplacé Gražinyte-Tyla comme numéro 1 des jeunes cheffes. Elle est sur les rangs de tous les postes à pourvoir, mais, pour l’heure, un cran en deçà d’autres prétendants, à l’Orchestre de Paris comme à l’OSM. Quant à Alondra de la Parra et à Han-na Chang, elles font partie des artistes invitées par Yannick Nézet-Séguin, avec une cheffe apparue depuis 2016, Elim Chan, et une vétérante de la baguette, Jane Glover.

Portraits croisés

Pour illustrer l’ascension des femmes à la direction d’orchestre, que rêver de mieux que l’image d’Alondra de la Parra ? Cette Mexicaine de 38 ans, formée à la Manhattan School of Music, a émergé il y a une dizaine d’années dans le métier : un timing parfait, au début du changement des mentalités. Ses détracteurs mettent en relation cette éclosion avec son union avec le troisième fils de l’ancien président mexicain Ernesto Zedillo. Alondra de la Parra, divorcée, a refait sa vie, a eu deux enfants avec le musicien d’un groupe de rock et dirigé de nombreux grands orchestres. Elle est à une croisée des chemins où l’effet de curiosité et de sympathie doit faire place aux réinvitations par des institutions conquises par son talent. Son contrat initial de directrice musicale de l’Orchestre symphonique du Queensland n’a pas été renouvelé.

Photo: Morten Krogvold Han-na Chang

Han-na Chang n’a que 36 ans, mais on la connaît depuis longtemps en tant que violoncelliste, puisqu’elle a amorcé sa carrière à 12 ans. Dirigeant depuis 2007, elle fit les manchettes en prenant la direction de l’Orchestre philharmonique du Qatar en 2012, dont elle a démissionné en 2014. Elle est actuellement en poste à Trondheim, en Norvège, où son contrat a été renouvelé.

Photo: janeglover.com Jane Glover

Jane Glover, 70 ans, est depuis 40 ans une spécialiste reconnue du répertoire anglais et de la période classique, notamment depuis qu’elle fut directrice (1984-1991) des London Mozart Players. Musicienne très respectée, elle a écrit des ouvrages sur Mozart et Händel et une thèse de musicologie sur l’opéra vénitien au XVIIe siècle.

Photo: Willeke Machiels Elim Chan

Elim Chan de Hong Kong, 32 ans, apparaît comme la dernière comète en date. Elle est sans doute bien plus que cela. Celle qui a ouvert il y a un mois la saison de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam est la première femme lauréate du fameux concours Donatella Flick (2014). Elle est Première cheffe invitée de l’Orchestre national royal d’Écosse et vient de commencer un mandat de directrice musicale à l’Orchestre symphonique d’Anvers. Notre pari est qu’elle engrangera les réinvitations et dépassera bientôt ses consoeurs, Cannelakis incluse.

La Symphonie du Nouveau Monde

Copland : Appalachian Spring (suite). Sunabacka : Concerto pour cor anglais (création). Dvorak : Symphonie du Nouveau Monde. Mélanie Harel (cor anglais), Orchestre Métropolitain, Alondra de la Parra. Maison symphonique de Montréal, jeudi 10 octobre à 19 h 30. Le 11 octobre à Pointe-Claire (20 h), le 12 à Ahuntsic-Cartierville (20 h) et le 13 dans Rosemont-La Petite-Patrie (19 h 30).