La solide application du Quatuor Hermès

L’équilibre des disques du Quatuor Hermès ne s’est traduit sur la scène de la Sale Pollac, bien que leur niveau fût excellent.
Photo: François Sechet L’équilibre des disques du Quatuor Hermès ne s’est traduit sur la scène de la Sale Pollac, bien que leur niveau fût excellent.

Avant le concert du Quatuor Hermès, dimanche après-midi à la salle Pollack, second événement de la 128e saison du Ladies' Morning Musical Club, nous devisions avec quelques spectateurs sur « l’art » de mettre des mots sur des sensations que l’on a parfois beaucoup de mal à exprimer.

Le sujet de cet échange était le dernier disque de Charles Richard-Hamelin, ces Ballades et Impromptus de Chopin dont il est si difficile de décrire l’exceptionnalité. En fait, on n’y entend plus un pianiste ou du piano. Charles Richard-Hamelin parvient à faire de son art une immense respiration musicale : toutes ses inflexions semblent naturelles et organiques.

Interprétation séquentielle

Cette conversation vient comme un hasard éclairer a contrario très exactement ce qui manquait au quatuor Hermès, dimanche, et qui s’est cristallisé dans l’exécution certes impressionnante mais creuse du Quatuor américain de Dvořák, sommet supposé du programme. À l’exception heureuse et notable d’un second mouvement bien tenu et chantant, ce quatuor était dans les faits une suite de séquences d’interventions travaillées avec une solide application et mises bout à bout.

Les nuances étaient ainsi en place. Mais comment ces nuances s’intégraient-elles dans une respiration musicale ? Comment ces subtils agencements faisaient-ils fuser une source mélodique profuse s’abreuvant à la source des folklores d’Europe centrale ? Comment équilibres, tempos prenaient-ils vie dans ce qui aurait pu ressembler à une phrase ou à un élan dvorakien ?

L’impatience et l’urgence distillées par Omer Bouchez (car, dans ce Quatuor Hermès, il y a un premier violon et trois comparses) se convertissaient-elles en flux musical, comme chez Charles Richard-Hamelin dans Chopin ? Non. Et certainement pas davantage dans le 3e mouvement, qui n’est pas qu’un raide exercice. La qualité intrinsèque du 4e volet, toujours si prémédité, nous montre à quel point nous sommes gâtés à Montréal en matière de quatuors à cordes en visite pour qu’un tel groupe nous déçoive.

Un de moins, une de plus

À ce titre, un autre grand quatuor originaire de la ville de Lyon, le Quatuor Debussy, qui a quelques années d’expérience de plus que celui-ci, avait fait une tout autre impression lors de son concert en janvier dernier à la salle Bourgie. C’est lui qu’on souhaite réentendre ici.

Répétons-le : le niveau du Quatuor Hermès est excellent, ce qui justifiait pour l’heure encore sa réinvitation au Ladies' Morning. Cela dit, la surprise en matière de couleurs et d’équilibres était tout de même assez grande pour qui, comme nous, ne connaissait ce quatuor qu’à travers ses enregistrements, notamment les derniers en date, sur étiquette La Dolce Volta (quintette de Brahms avec Geoffroy Couteau, quatuors de Debussy, Ravel et Dutilleux).

En pratique, la formation qui s’est présentée à Montréal n’était pas l’habituelle, sans aucune mention, ni excuse. Le violoncelliste Anthony Kondo était remplacé par la Coréenne Christine Lee, finaliste du Concours Reine-Elisabeth de Belgique en 2017. Il semble que tel sera le cas cette année.

L’équilibre des disques ne s’est pas traduit sur scène, le son généreux mais parfois caverneux (3e mouvement de Hahn) de la violoncelliste fait que quelque chose « ne collait pas tout à fait ». On écoutera en comparaison la superbe sobriété de l’enregistrement du Quatuor Parisii dans les mouvements n° 2 à 4 de Reynaldo Hahn, des hommages au passé.

Le 1er violon prenait partout une place prépondérante sans grand partage ou dialogue. Ces paramètres étaient déjà en place dans un Opus 18 N° 4 de Beethoven qui mettait parfaitement la table pour le reste du concert. Nous regrettons beaucoup de n’avoir pas, hors des enregistrements, largement supérieurs à ce que nous avons entendu dimanche, connu la formation originale du Quatuor Hermès pour jauger si l’absence du violoncelliste a eu un impact si important sur la perception de l’équilibre général.

Peut-être les prochains disques nous diront-ils si, en fait, ce sont les micros qui font des miracles.

Ladies' Morning Musical Club

Beethoven : Quatuor à cordes opus 18 N° 4. Hahn : Quatuor à cordes n° 1. Dvorak : Quatuor à cordes op. 96, « Américain ». Quatuor Hermès. Salle Pollack, dimanche 6 octobre 2019.