Pourchasser Caroline Savoie et la trouver au Lion d’Or

Caroline Savoie raconte une désopilante histoire de tournée avant «Le blues de la Transcanadienne», ça produit l'effet souhaité. Pleine exposition. Promesse tenue : guitare-voix, il n'y a plus qu'elle et nous.
Photo: Festival d'été de Québec Caroline Savoie raconte une désopilante histoire de tournée avant «Le blues de la Transcanadienne», ça produit l'effet souhaité. Pleine exposition. Promesse tenue : guitare-voix, il n'y a plus qu'elle et nous.

À me relire, c’est l’évidence: à Granby quand elle a gagné, au Club Soda quand je l’ai revue, chaque fois j’ai pensé et dit le plus grand bien de Caroline Savoie. Elle a toujours eu tout bon: propos, prosodie, mélodies, perfos, du bel artisanat chansonnier, toujours. Deux albums plus que valables. Et pourtant, je dois bien avouer, à quelques minutes de son entrée sur scène jeudi soir au Lion d’Or pour la première montréalaise du spectacle de l’album Pourchasser l’aube, que je ne me souviens peu ou pas d’elle. Bonnes impressions, assurément, mais pas gravées.

La voilà, tiens. La première chanson, intitulée 150 mg, est brillamment tournée et très sentie. Aux alentours n’est pas moins réussie. Elle a de l’énergie, la chanteuse acadienne, du chien, de la tendresse, elle chante vrai. Elle est drôle quand elle évoque, hilare et excitée, ses nombreuses « cuites » au Lion d’Or. Le public est aussi enjoué qu’elle, tout baigne pour Caroline Savoie.

Jeu de cache-cache

Et pourtant, pourtant. Est-ce l’éclairage par en dessous? Elle ne « prend » pas la lumière, comme on dit dans le jargon du métier. Qui plus est, quand elle chante, ses trois musiciens et sa propre guitare noient un peu sa belle voix, au point où pas mal de ses rimes riches peinent à émerger.

Lors de la fort belle Sans amour et sans remords, les éclairages la révèlent et l’escamotent, on dirait un jeu de cache-cache. Dommage. Quand on fait de la chanson qui se place quelque part entre Lisa LeBlanc et Safia Nolin, on a avantage à occuper l’espace.

Sa présentation de la chanson Les princes charmants est un vrai numéro de stand-up, canalisant au mieux sa nature irrépressible: peut-être n’est-ce pas un hasard si la lumière l’éclaire en plein. Et que les mots de la chanson s’entendent plus distinctement.

Dans le rouge, dans le noir

Mais ça ne dure pas. Elle s’efface à nouveau pour La solitude. Ça s’accorde avec le thème, mais c’est en même temps une façon de nous échapper. Pour Chanson de nuit, elle est nimbée de rouge. Ambiance appropriée, mais à son détriment, encore. Pour bien rendre cet album qui ne s’intitule pas pour rien Pourchasser l’aube, il faudrait un projecteur de poursuite braqué sur elle.

« Y a plein de shit dans le monde », note-t-elle, fournissant la liste de ce qui va mal sur la planète. « La seule espèce qui est pas en danger d’extinction, c’est le trou de cul… » Efficace intro pour une chanson irritée: Le jeu. On entend sa rage, on voudrait bien la voir aussi, mais non, c’est pour ainsi dire dans un fondu au noir qu’elle l’exprime. Sa reprise de Heart of Glass, de Blondie, est une merveille. Est-ce exprès qu’on la voit si bien, tout à coup? C’est la fin de la première partie, ça laisse espérer une suite éblouissante.

Promesse tenue

Elle raconte une désopilante histoire de tournée avant Le blues de la Transcanadienne, ça produit l’effet souhaité. Pleine exposition. Promesse tenue: guitare-voix, il n’y a plus qu’elle et nous. Quand ses musiciens reviennent pour The Sailor, ça va, la scène lui appartient encore. Les mots, le visage, la voix puissante, toute Caroline Savoie existe très fort. Le spectacle lève et demeure à la hauteur souhaitée: Le jeu partie II, la magnifique Y’en aura, Est-ce qu’on en revient? et Mille et un maintiennent, voire augmentent le degré d’intensité.

Les éclairages ne suivent pas toujours, mais la lumière qui vient du dedans de Caroline Savoie fait en masse le travail. On la voit, on ressent ce qu’elle ressent. Et on se souviendra d’elle. De la fois où elle a eu fini de se pourchasser pour enfin se trouver. Au beau milieu de son feu. Ardent.