Les deux faces aux antipodes des Cowboys Fringants

Les Cowboys Fringants ont déjà prévu une trentaine de dates de spectacle au Québec d’ici le mois de mars, avant de partir en Europe, où ils ont encore un public fidèle et grandissant, surtout en France, en Belgique et en Suisse.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les Cowboys Fringants ont déjà prévu une trentaine de dates de spectacle au Québec d’ici le mois de mars, avant de partir en Europe, où ils ont encore un public fidèle et grandissant, surtout en France, en Belgique et en Suisse.

Un peu comme notre monde divisé et parfois bipolaire, dans lequel se côtoient sur le même fil d’actualités le comique et le dramatique, Les Cowboys Fringants proposent vendredi un dixième disque où s’entremêlent des constats sombres et des chansons de party. Le titre était tout indiqué : Les antipodes.

« C’est des nouvelles chansons, mais il n’y a pas de fil conducteur. Même qu’on trouve que c’est une face A et une face B, et on a essayé de les mixer ensemble dans un disque », résume la violoniste Marie-Annick Lépine.

Le désir d’un tout cohérent, harmonieux, voire conceptuel, n’est plus aussi nécessaire qu’avant, estime-t-elle, alors que « la musique ne se consomme plus comme avant. »

L’auteur et compositeur des Cowboys Fringants, Jean-François Pauzé, y voit « une collection de chansons » très équilibrée, qui oscillent entre les morceaux à personnages — qu’il affectionne particulièrement — et les portraits de société un peu déprimants.

L'album «Les antipodes»

Le chanteur Karl Tremblay fait le parallèle entre ce que nous offrent les réseaux sociaux à presque chaque visite.

« Quand on parle des antipodes, sur un fil Twitter, c’est vrai que tu peux voir quelqu’un qui va faire de magnifiques photos, ou un court métrage avec son cellulaire et juste à côté quelqu’un qui partage des fausses nouvelles sans se renseigner. T’as le clash ultime ».

Pas de fake news sur Les antipodes, mais peut-être davantage de vidéos de chat que d’habitude. Il y a le souvenir un peu nostalgique de Suzie Prudhomme, l’ode au trou perdu sur Saint-Profond, le portrait du col bleu un peu alcoolo Mononc’ André ou celui du raté cokéJohnny Pou.

Et en contrepoint, Pauzé a aussi livré des morceaux plus denses, dont trois ont une certaine filiation : L’Amérique pleure, Les maisons toutes pareilles et D’une tristesse. « Tu réalises que tu vis dans un monde où la croissance économique est sans fin, mais chacun de nous sait qu’on s’en va dans un mur climatique, environnemental. À l’intérieur de nous et aussi dans les grands enjeux planétaires, on a tous ces paradoxes-là », résume-t-il.

Nouvelle dynamique

Le premier extrait L’Amérique pleure, qui ouvre d’ailleurs Les antipodes, crée rapidement un effet de surprise chez l’auditeur. On y reconnaît certes la signature des Cowboys, mais il y a du frais, notamment dans les rythmiques et dans les voix. C’est aussi vrai sur plusieurs morceaux, comme Ici-bas.

C’est en partie le résultat d’un travail serré avec Gus Van Go et Werner F, qui ont réalisé le disque.

« On a travaillé avec eux pour [le précédent disque] Octobre aussi, mais quand ils étaient embarqués dans le processus, on avait déjà avancé la production, travaillé les arrangements, on s’était déjà posé les questions sur les rythmiques, explique Marie-Annik Lépine. Là ils sont arrivés dès le début du processus. Dès que J-F a fini les maquettes, ils sont entrés avec nous en préproduction, c’est une tout autre dynamique. »

Tu réalises que tu vis dans un monde où la croissance économique est sans fin, mais chacun de nous sait qu’on s’en va dans un mur climatique, environnemental. À l’intérieur de nous et aussi dans les grands enjeux planétaires, on a tous ces paradoxes-là.

Pour toutes les harmonies vocales, par exemple, les deux réalisateurs ont poussé le groupe dans ses retranchements. Alors que Les Cowboys Fringants ont souvent proposé une deuxième voix qui alternait entre l’unisson et l’harmonie, Gus Van Go et Werner F ont été implacables : « Avec eux, t’as juste pas le droit à l’unisson ! dit Karl en rigolant. Il faut que ce soit une harmonie de A à Z. C’est des détails, mais ça fait la différence. »

Les arrangements sont aussi moins pensés dans une approche rock, et davantage poussés en profondeur, estime Lépine. « Tu vois, là je me pose la question sur ce que je vais jouer en show. Il y a plus d’arrangements de corde, alors mon apport est plus difficile à jouer à un seul violon », illustre-t-elle.

Sur la route

Les Cowboys Fringants ont bien hâte de repartir sur la route avec cette nouvelle carte de visite. C’est sur les planches que la vraie histoire se vit, assure Karl, qui croit que les morceaux des Antipodes feront lever le party, notamment la nouvelle chanson à boire La traversée (de l’Atlantique en 1774), qui fait penser à Marine marchande dans son approche très irlandaise.

« Oui il y a des chansons sombres, mais les gens savent que s’ils viennent voir un de nos concerts, ça va être une montagne russe qui va finir en apothéose, souligne le chanteur. On va avoir pris des demandes spéciales, on va avoir fait des covers épais. On ne fake pas notre plaisir d’être sur scène, même après 20 ans. »

Ce qui change un brin, pour la tournée, c’est la réalité familiale du groupe, vu que chaque membre du quatuor a maintenant des enfants. « Il y a des samedis où on ne tournera pas, par exemple, note Lépine, qui a deux filles avec le chanteur Karl. Et si on est à moins de deux heures de route de Montréal, on revient coucher à la maison pour être plus en forme le lendemain matin avec les enfants. »

Une trentaine de dates sont déjà prévues au Québec d’ici le mois de mars, avant que le groupe ne parte en Europe, où ils ont encore un public fidèle et grandissant, surtout en France, en Belgique et en Suisse.

« On a plus de public là-bas qu’il y en avait, souligne la violoniste. Avant, on faisait des Zénith avec 3000 personnes, mais là on peut attirer 6000 ou 7000 dans les mêmes salles. »

Et au Québec ? « Ici c’est le renouvellement, précise Karl, presque surpris. Là on est rendu avec beaucoup de la jeunesse, des jeunes cégépiens qui viennent d’avoir l’âge de boire et qui viennent prendre une bière au Shack à Hector. Et ils connaissent nos vieilles tounes. Leurs parents ont 45 ans et ils leur ont fait écouter nos vieux disques. Écoute, on a existé toute leur vie… on est comme les Pokémon ! »

Les antipodes

Les Cowboys Fringants, La Tribu. Disponible dès ce vendredi.