Suivez le guide

En entrevue, Émile Bilodeau porte le couvre-chef de Robin des bois, un clin d’oeil à sa chanson sur le personnage.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir En entrevue, Émile Bilodeau porte le couvre-chef de Robin des bois, un clin d’oeil à sa chanson sur le personnage.

Rassembleur, candide et débordant d’énergie, Émile Bilodeau vit depuis le lancement de son premier disque, Rites de passage, en 2016, une aventure musicale rocambolesque, fulgurante et enrichissante. Et avec son nouveau disque, Grandeur mature, le jeune homme de 23 ans compte bien profiter de son « petit fame », comme il le chante, pour parler de ses préoccupations et pour tendre la main aux Québécois.

Vêtu d’un t-shirt à l’effigie de Pierre Falardeau, Émile Bilodeau avait invité les journalistes dans une boutique médiévale, un clin d’œil à sa nouvelle pièce Robin des bois — personnage dont il portait le couvre-chef en entrevue — et au titre Grandeur mature, qui détourne (avec une blague sur le fait de mûrir) l’expression « grandeur nature », ce jeu de rôles extérieur à grand déploiement.

« Je suis un gars qui aime beaucoup l’impro et les trips de gang, et je compare un peu mon métier à cette folie-là », explique Émile Bilodeau, assis sur une espèce de trône en tissu aux motifs chevaleresques, entouré de robes de velours et d’armures. Et plus que jamais, explique-t-il, ce métier qu’il a embrassé à plein depuis trois ans lui servira à mieux se décrire, mais aussi à interpeller, voire à accompagner son public, à coups d’anecdotes personnelles mais aussi avec des opinions sociales ou politiques.

« Je suis quelqu’un de très authentique, mes chansons sont très collées à moi, même si dans ce disque il y a beaucoup de personnages fictifs », explique l’auteur de Ça va et de J’en ai plein mon cass.

À ses yeux, chaque chanson qu’il crée est une façon de donner « un peu plus d’informations sur qui [il est] ou encore ce qu’[il] pense ». « Je suis beaucoup comme dans [la pièce] Candy. Moi, j’ai pas vraiment de diplôme supérieur, je ne connais pas grand-chose dans la vie, mais je vais quand même vous parler de ce que je connais. »

Dans Robin des bois, par exemple, il rappelle l’importance de faire ce qui nous plaît le plus dans la vie. Bilodeau évoque l’écoanxiété sur Yoga, l’identité québécoise sur Ton nom,et offre une ode à la différence sur Freddie Mercury, en duo avec Klô Pelgag — « La vie, c’est aussi sexy / que les dents d’en avant / De Freddie Mercury / Sont pas toutes drettes, pis c’est correct / Parce que ça serait plate en maudit, / si on était tous pareils / Si on croyait tous au même soleil ».
 

Un guide, Émile Bilodeau ? « Ouais, peut-être une sorte de mage ? lance-t-il en rigolant tout en scrutant la boutique. Mais j’ai cette envie-là de continuer à être actif par rapport à la société. Pour vrai, j’embrasse cette idée d’être un porte-parole d’idées plus de gauche, d’être rassembleur, d’être quelqu’un qui n’a pas peur de se prononcer. Et aussi de montrer ce que j’ai appris. »
 

Plus d’ampleur


Le chanteur né à Longueuil mais enraciné au Lac-Saint-Jean a travaillé une nouvelle fois avec le réalisateur Philippe B. Les discussions sur les arrangements ont été fructueuses, dit Bilodeau, tout comme celles sur les textes.
 

« Pour les paroles, oh mon Dieu… laisse-t-il tomber. Il a été un grand acolyte. Il me challengeait : “T’es capable d’écrire mieux !” Il me connaît, il me donnait un peu des devoirs. Ce gars-là, il y a plein de ses tounes que j’aurais aimé écrire. Alors [je voulais] lui prouver que je maîtrise ça, que j’aime faire ça, que j’aime être en contrôle de mon univers. »
 

Ensemble, ils ont aussi enrobé les textes de musiques moins guitare-voix, aux textures plus amples et aux styles plus variés. « Dans la musicalité, on a atteint une coche, croit Bilodeau. Pour la première fois dans mon album il y a une guitare électrique et il y a du ukulélé, une chanson qui commence au piano. On est dans une plus grande diversité musicale. »
 

Le jeune auteur-compositeur-interprète s’est aussi détaché de ses références primaires, très évidentes sur Rites de passage — bonjour à Jean Leloup et à Bernard Adamus. « Ouais, vraiment. J’ai vu la France, c’est très Brassens. Avec le ukulélé, on n’est pas loin des sœurs Boulay, il y a de quoi de très axé sur les mélodies. Avec Moona, on n’est pas loin de Galaxie, puis Épuisé, c’est très NOBRO, le groupe punk de ma batteuse Sarah [Dion]. En plus, dans mon band, mon bassiste fait de l’électro et mon pianiste fait de l’indie-progressif. J’ai saisi la vibe pendant ces trois dernières années, j’avais envie de piger partout. »
 

L’outil de la radio


Déjà, sa pièce Candy a beaucoup tourné sur les ondes des radios grand public, comme plusieurs titres de Rites de passage. Et Bilodeau, tout en faisant la musique qu’il avait envie de faire, n’a eu aucun remords à jouer avec les codes de ce qui est commercial, à les détourner, en quelque sorte. « Le processus, c’était : O.K., prenons la formule radio et mettons-y plein de mes influences », explique-t-il. Des références musicales à Dédé Fortin, à Félix Leclerc, mais aussi des idées, sur le pétrole ou la francophonie canadienne, tiens.
 

« Je suis vraiment fier, parce que c’est concret. Ça joue dans le char du monde et ils écoutent ça. »
 

On revient au rôle de guide, quoi. « Et en tant qu’être humain, je veux que le monde aille mieux. Si tu me donnes la radio, si je peux me servir des plateformes qu’on m’offre pour parler d’égalité ou de respect de l’autre, je vais le faire. »