«Berlioz en Italie»: Yannick Nézet-Séguin à son meilleur

Yannick Nézet-Séguin
Photo: François Goupil Orchestre Métropolitain Yannick Nézet-Séguin

Le concert d’ouverture de la saison 2019-2020 de l’Orchestre Métropolitain nous a présenté le chef au sommet de son art. Très rarement avons-nous assisté à des interprétations dans lesquelles la plus-value de la vision du chef québécois, par rapport à ce que l’on entend habituellement, est aussi déterminante.

Cette remarque vise à la fois Les fontaines de Rome, de Respighi, et Harold en Italie, de Berlioz. Dès le début du Carnaval romain, lorsqu’une clarinette se fond dans un écho de cor, ou à la fin, lorsque les flûtes et le piccolo restent toujours audibles, il est évident que le chef se délecte des originalités de l’orchestration berliozienne. Plus qu’une double obédience française et anglaise, nous entendons dans le Poème (1939) de la Montréalaise Violet Archer (1913-2000) un décalque des eaux calmes de Frederick Delius teintées des harmonies de Hindemith. L’idée d’imbriquer Archer et Respighi était excellente et fonctionnait parfaitement.

Les fontaines de Rome de Yannick Nézet-Séguin sont avant tout narratives : les instruments deviennent des personnages. Chaque phrase chante dans un continuum, alors que tant d’interprétations semblent saucissonnées par sections. Éclat du soleil du matin de La Fontaine du Triton, légèreté impalpable de la brise matinale qui balaie des reflets scintillants du soleil sur l’eau. Vers la fin du mouvement, on note l’admirable légèreté de l’intervention des trompettes. Quant au coucher de soleil à la Villa Médicis, il est paisible, avec des nuances infinitésimales. Yannick Nézet-Séguin a bien raison de dire qu’il s’agit du chef-d’oeuvre de Respighi.

La Fontaine de Trevi nous fait songer que la présence du grandiose orgue Pierre-Béique n’a, hélas, pas infléchi la programmation de l’utilisateur principal de la salle. Où sont les Manfred, Zarathoustra, VariationsEnigma, Fontaines de Rome et autres oeuvres, voire concertos, avec orgue qui s’imposeraient davantage depuis son inauguration ?

De Harold en Italie, Yannick Nézet-Séguin peut faire une « pièce signature » comme on le dit dans le métier. Il le réussit encore mieux que le légendaire Charles Munch, car non seulement il trouve la bonne pulsation du mouvement initial (comme Munch ou Minkowski), mais en plus il réussit l’ultime « Orgie des brigands » mieux que tout autre. À cela s’ajoutent des idées pertinentes sur la position de l’alto solo sur scène, puisqu’il place le « voyageur » entre cors et harpe au début puis en avant-scène avant un ultime saisissant hors scène dans le Finale. Depuis 1976 et un concert de Leonard Bernstein au Théâtre des Champs-Élysées, nous n’avons pas entendu mieux dans cette oeuvre exaltante.

Quant à Marina Thibeault, nous réitérons qu’il s’agit d’un très beau talent dont il serait fort hasardeux de faire une vedette mondiale en puissance. Marina Thibeault n’est pas une Kerson Leong, Blake Pouliot ou Timothy Chooi de l’alto : un premier volet en dessous du voltage du chef, un son un peu fade et quelques flottements ne seraient pas exportables en l’état si chef et orchestre choisissaient judicieusement d’emmener Harold lors de leur seconde tournée européenne.

Berlioz en Italie

Berlioz : Le carnaval romain. Archer : Poème pour orchestre. Respighi : Les fontaines de Rome. Berlioz : Harold en Italie. Marina Thibeault (alto), Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Maison symphonique de Montréal, dimanche 29 septembre 2019.