«Magnificat!»: tel père, tel fils

La mayonnaise prend indubitablement avec le chef d’orchestre Jonathan Cohen.
Photo: Les Violons du Roy La mayonnaise prend indubitablement avec le chef d’orchestre Jonathan Cohen.

Le concert Magnificat ! des Violons du Roy fait partie de ces précieux projets, à la fois intellectuellement stimulants lorsqu’on en compose le programme et musicalement édifiants lorsqu’on écoute le concert. Juxtaposer la mise en musique du Magnificat par Jean-Sébastien Bach et deux de ses fils, qui plus est les deux plus opposés sur le plan stylistique, ouvre la porte à une soirée musicalement nourrissante alors qu’il aurait pu s’agir, simplement, d’une « expérience intéressante ».

Un hommage appuyé

L’arche qui tend la soirée est la juxtaposition édifiante entre Jean-Sébastien, qui ouvre le concert, et Carl Philipp Emanuel, qui occupe la seconde partie. Entre les deux, Johann Christian, qui composa de la musique religieuse dans sa jeunesse, en Italie, auprès du Padre Martini. Johann Christian, qui fait une place plus importante au choeur, est moins exalté par le sujet et paraît certes agréable d’écoute, mais plus décoratif.

Le concert met donc le doigt sur l’énorme influence du patriarche Bach sur son second fils musicien, Carl Philipp Emanuel, dans la manière de structurer le Magnificat. Les compositions sont distantes de 26 ans (1723 et 1749), mais elles sont voisines. Dans la tonalité de (Bach père a opté pour celle-ci lors de sa révision de 1733 et Carl Philipp Emanuel lui a emboîté le pas), la configuration instrumentale (le fils ajoutant deux cors) et surtout l’agencement, avec un choeur d’entrée repris à la fin sur des paroles de la doxologie avant une fugue, ce dispositif enchâssant des solos.

Ce qui change, c’est la présence plus constante du choeur chez Jean-Sébastien. Chez Carl Philipp Emanuel, l’idée d’expressivité et de sensibilité, qui est encore assez embryonnaire à ce stade, est confiée plutôt aux solistes (virulence de la toute puissance dans « Quia fecit mihi magna ») avec un plus grand développement musical des solos, qui insistent donc davantage sur les textes pour entraîner l’adhésion de l’auditeur. Mais le choeur d’entrée montre bien l’hommage que Carl Philipp veut ici, aussi, rendre à son père.

Un choix douteux

Ce projet artistique a été superbement servi par La Chapelle de Québec en grande forme, fournissant trois excellentes solistes dans le « Suscepit Israel » du Magnificat de Jean-Sébastien, et par les Violons du Roy. La mayonnaise prend indubitablement avec Jonathan Cohen, même si on a le souvenir d’avoir entendu interprétations plus véhémentes avec Bernard Labadie.

Rien à redire dans le choix des solistes (quel luxe d’avoir eu Anthony Roth Costanzo et Christian Immler), sauf un problème fort inquiétant sur le fond : la présence du ténor Thomas Walker.

Comme nous l’avions écrit en novembre 2018, ce chanteur plombe le CD avec ses problèmes vocaux, notamment le placement de voix bougeant fréquemment sur les voyelles (« a » étant la pire de toutes). Or ce CD a été enregistré en 2015. Et des cinq solistes de ce disque (quatre flamboyants, un mauvais) le seul que Jonathan Cohen fait venir de Grande-Bretagne, c’est le mauvais !

Certes, le disque est encore pire que sa prestation de samedi (très moyen « Deposuit » de Jean-Sébastien, caricatural « Quia fecit » de Carl Philipp Emanuel), mais M. Walker n’est assurément pas un produit vocal d’importation au Québec. Voici des frais bien inutilement engagés pour un bilan musical et carbone désastreux et surtout des questions graves qui se posent sur la lucidité du nouveau directeur musical des Violons du Roy quant à ses goûts et critères vocaux.

Magnificat !

Oeuvres de Jean-Sébastien Bach, Johann Christian Bach et Carl Philipp Emanuel Bach. Hélène Guilmette, Myriam Leblanc, Anthony Roth Costanzo, Thomas Walker, Christian Immler, La Chapelle de Québec, Les Violons du Roy, Jonathan Cohen. Maison symphonique de Montréal, samedi 28 septembre 2019.