Vingt ans à jazzer dans les marges

Le pianiste Andrés Vial
Photo: Off Festival de jazz Le pianiste Andrés Vial

Lorsqu’on pose le microscope sur la programmation de la 20e édition de l’Off Festival de jazz, on observe et on retient des sensibilités évidemment musicales qui ont pour noms propres, et dans l’ordre d’apparition sur scène, les suivants : Andrés Vial, pianiste, Sam Kirmayer, guitariste, Élisabeth Kontomanou, chanteuse, Jean-Michel Pilc, pianiste, Kevin Dean, trompettiste, et Jean-Nicolas Trottier, tromboniste, compositeur, chef d’orchestre, bref, touche-à-tout talentueux. Allons-y.

Cela paraîtra étrange, voire scabreux, mais on connaît très peu le pianiste Vial. Par contre, on connaît fort bien le reste du trio qui sera avec lui à Québec, soit le contrebassiste Dezron Douglas et le batteur Eric McPherson, car ils ont accompagné et accompagnent toujours les poids lourds du jazz, Charles Lloyd, Louis Hayes, etc. Mais encore ? Ces deux messieurs ont participé à l’enregistrement du disque de Vial, Gang of Three, qui sera lancé lors de leur spectacle du 4 octobre à l’Upstairs, à 19 h et à 21 h 45.

De lui, il est dit dans la pochette de presse confectionnée par l’Off qu’il a été influencé par Bud Powell, Thelonious Monk, Duke Ellington et Alice Coltrane ainsi que par les folklores sud-américains. De ceci, on devrait s’attendre à cela : des clins d’oeil au style musclé de Powell qui distinguait, par exemple, le style plein d’élégance d’un John Lewis, le tout augmenté d’une inclination pour les saillies de la déstabilisation chères à Alice Coltrane.

Le 5 octobre au Dièse Onze, on proposera au fond un classique du genre. Lequel ? Celui concocté par les organistes Jimmy Smith, Shirley Scott, Lonnie Smith, Jack McDuff et consorts, soit plus exactement celui de l’organiste accompagné d’un guitariste, d’un batteur, sans bassiste. Bon. Le Montréalais Sam Kirmayer et sa six-cordes vont décliner avec l’organiste new-yorkais Ben Paterson et le maître Dave Laing à la batterie les pièces qui ont fait l’objet d’un disque publié plus tôt cette année par l’excellente étiquette de Vancouver Cellar Live : High and Low.

Ensuite, le 10 octobre, le Ministère, situé sur le boulevard Saint-Laurent, présentera ce qui constitue la soirée des gros canons : le pianiste Jean-Michel Pilc, le trompettiste Kevin Dean, le saxophoniste Rémi Bolduc et une formation rythmique vont accompagner la chanteuse française Élisabeth Kontomanou. Le lendemain, cette dernière dispensera une classe de maître à l’édifice Strathcona de la Schulich School of Music de McGill.

Enfin, le 12 octobre à L’Astral, le compositeur et excellent tromboniste Jean-Nicolas Trottier présentera à nouveau sa suite intitulée The Mystic Mind à la tête de l’Orchestre national de jazz. Le saxophoniste Yannick Rieu, le pianiste Rafael Zaldivar et le guitariste Sylvain Provost seront les solistes invités. Pour le reste de la programmation de cette édition qui se tiendra du 3 au 12 octobre, on vous suggère évidemment de fouiner du côté du site : lofffestivaldejazz.com.

Cela étant, pour ce qui est maintenant de la géographie de l’événement, on notera qu’elle est plus éclatée que jamais : sept lieux situés loin les uns des autres. Il y a le Café Résonance, Le Ministère, L’Astral, l’Upstairs, le Dièse Onze, l’Ausgang Plaza, Le Gèsu.

Cet événement ayant désormais 20 ans, donc l’âge adulte, on est en droit de se demander si cette dispersion n’est pas propre à amputer l’identité de cette fête musicale, altérant jusqu’à son ADN. Pour mémoire, on se rappellera qu’à ses débuts, l’Off était concentré dans divers lieux de la rue Ontario, donc proches les uns des autres. C’était alors véritablement un Off puisqu’il se tenait comme tous les « Off » du monde entier simultanément aux festivals « honnis » auxquels ils s’opposent.