Les deux faces de Weyes Blood

Natalie Mering, alias Weyes Blood, est de passage vendredi au Théâtre Rialto pour y jouer notamment les chansons de son nouvel album «Titanic Raising».
Photo: Kathryn Vetter Miller Natalie Mering, alias Weyes Blood, est de passage vendredi au Théâtre Rialto pour y jouer notamment les chansons de son nouvel album «Titanic Raising».

« Ouais, j’admets que ce serait chouette de pouvoir partir en tournée avec un quatuor à cordes, mais si tu savais toute la logistique que ça impliquerait, sans compter l’argent nécessaire… »

On discerne l’espoir — et un brin de fatigue — dans la voix de Natalie Mering, jointe en Caroline du Nord où elle poursuit sa tournée, ouvrant les salles en Amérique pour Kacey Musgraves. À elle le haut de l’affiche ce soir au théâtre Rialto pour nous présenter les exquises chansons de son nouvel album, Titanic Raising, lancé le printemps dernier, le plus luxuriant et le plus coloré de sa discographie.

POP Montréal nous gâte cette année en invitant deux des auteures-compositrices-interprètes de l’heure en chanson rock -folk -pop : d’abord Weyes Blood ce soir, puis la Néo-Zélandaise Aldous Harding, dont le troisième album studio, Designer, paru en avril dernier chez 4AD et réalisé par le complice de PJ Harvey John Parish, est une des perles de l’année. Elle aussi sera au Rialto, tout comme Mavis Staples en clôture dimanche, solide triplé féminin pour cette 18e édition du festival.

Ce sera pour la prochaine fois, les violons : Natalie Mering s’accompagnera de quatre musiciens, le synthé et le guitariste « qui joue beaucoup avec le ebow » fera office de section de cordes, spécifie-t-elle. « Le concert ramène les chansons à leur essence », mais on ne perdra rien des belles envolées harmoniques qui traversent ce Titanic Rising.

 
L'album «Titanic Rising»

Un disque qui s’écoute en deux temps. Face A, on trouve les chansons plus pop, ces mélodies radieuses et encore typiquement californiennes qu’on a beaucoup comparées à celles du défunt Harry Nilsson — dont on découvrira un album inédit le 22 novembre intitulé Losst and Founnd. La face B est beaucoup plus intime et douloureuse. Ou, comme le dit la musicienne, « une première face plus radio et l’autre plus « outer-space » et introspective ».

Que du bon sur le plus varié de ses albums, « le mieux réalisé », boulot accompli par Mering et Jonathan Rado de Foxygen. « Il y a une place spéciale dans mon coeur pour des enregistrements tels que Front Row Seat to Earth [son précédent, 2016], pour The Outside Room [son premier, autoproduit, 2011] et pour le EP Cardamom Times [2015], pour leurs éléments très discrets [« low key »] et magiques. [Titanic Rising] est vraiment comme un film pour moi, très cinématographique. Le genre de musique qui m’inspire beaucoup », dit-elle. Elle ajoute qu’elle écoute beaucoup de musique classique. « Je me fais des compilations sur cassettes, Olivier Messiaen, Wagner, Prokofiev ! La représentation ultime du drame de l’expérience humaine ! Je me nourris beaucoup de cette musique en cherchant assidûment comment la transposer dans un contexte de chanson pop sans que ça sonne trop dramatique ou trop prétentieux. »

Il s’agit aussi de son premier album à paraître sous étiquette Sub Pop : « Franchement, ça ne change pas grand-chose au bout du compte de passer d’un petit label underground à une grosse étiquette, dit-elle. Je pense surtout que j’arrive chez Sub Pop au bon moment, artistiquement parlant, après avoir compris plusieurs choses à propos de ma démarche. Tu sais, j’ai l’impression qu’à chaque album je découvre quelque mystère ésotérique à propos de la musique, à propos de mon songwriting aussi — c’est un peu comme être une chercheuse d’or : lorsque tu en trouves, plus tu creuses au même endroit, plus tu en déterres. J’imagine que c’est ça, avoir de l’expérience. »

Ne vous laissez pas berner par les envolées pop de la première face : les textes qui accompagnent ces belles chansons, A Lot’s Gonna Change, la superbe Andromeda, Something to Believe, sont presque aussi graves que les suivantes, particulièrement Picture Me Better, une chanson qu’elle imaginait très personnelle jusqu’à ce qu’elle apprenne le suicide d’un ami, en pleine session d’enregistrement. « J’ai réécrit les couplets juste avant de l’enregistrer… »

« Tu sais, je vais te dire la vérité, my life is not a cup of tea. Mais bon, je ne connais personne qui se la coule douce, poursuit Natalie Mering. Je me sens quand même privilégiée de pouvoir exprimer tout ce qui m’arrive pour en faire [des chansons] belles et qui font du sens. Alors, ouais, il y a des moments plus difficiles. Pour tout dire, ma vie paraît encore plus difficile parce que je suis très bonne pour en parler ! » dit-elle en laissant échapper un rire.

Weyes Blood + Helena Deland + Markus Floats

Présenté dans le cadre de Pop Montréal, le 27 septembre à 20h au Théâtre Rialto.